Le fort excédent budgétaire américain, qui réduit les besoins d’emprunt du gouvernement, menace les obligations du Trésor qui pourraient disparaître d’ici à dix ans, selon des spécialistes. Les émissions d’obligations à 30 ans, qui servent de principale référence pour le marché obligataire américain, ont chuté de 27 % durant le troisième trimestre 2000, selon les dernières statistiques de l’Association du marché obligataire, qui représente les banques et les firmes de courtage. En même temps, l’excédent budgétaire pour l’année fiscale 2000, terminée le 30 septembre, a totalisé 237 milliards de dollars, le montant le plus élevé depuis 1948, précise l’association. Depuis trois ans, le montant de la dette publique a diminué de plus de 400 milliards de dollars et atteint actuellement 3 000 milliards de dollars. «Le Trésor va retirer les obligations à 30 ans l’année prochaine, quitte à les réintroduire en 2020 pour payer les retraites de la génération du baby-boom», estime Chris Wiegand, expert de la firme Salomon Smith Barney, précisant qu’il «s’agit plutôt d’un geste politique qu’économique». «Dans les faits, le gouvernement a déjà retiré du marché les obligations à 30 ans, car il n’en vend plus que pour 15 milliards de dollars par an», indique cet expert. «Par comparaison, les adjudications de bons à deux ans sont de l’ordre de 120 milliards de dollars», ajoute-t-il. «Les obligations du Trésor vont disparaître d’ici à dix ans», renchérit Stephen Gallagher, responsable de la Société Générale à New York, indiquant que la date de leur disparition dépendra de l’ampleur du plan de réduction d’impôts présenté au Congrès par le président George W. Bush. «Le Trésor nous a déjà donné des indications dans ce sens. Il va arrêter dès la semaine prochaine les adjudications de bons à un an et pourrait faire la même chose avec les obligations à 30 ans l’an prochain», observe Stephen Gallagher. Une telle éventualité inquiète l’Association du marché obligataire qui reconnaît dans un rapport récent que la dette publique sera remboursée d’ici à la fin de la décennie, mais demande au gouvernement de continuer les adjudications. «Les obligations à 30 ans ont une fonction publique importante et unique, qui comprend aussi le fait de jouer le rôle de refuge sur le plan mondial en cas de crise économique», écrit l’association. De plus, elles constituent le seul choix pour les investisseurs qui ne peuvent pas prendre de risques, tels que les fonds de retraite et les sociétés d’assurances. Mais la disparition des titres du Trésor obligera également les investisseurs à acheter les obligations des sociétés, qui auront ainsi un accès au crédit plus facile et bon marché, explique Stephen Gallagher. «On a déjà assisté à une explosion d’émissions d’obligations d’entreprises depuis trois ans. L’absence d’obligations du Trésor leur laisse plus de place», indique Chris Wiegand. Pour sa part, Mike Skinner, courtier en obligations chez Prudential Securities, est plus optimiste sur l’avenir des titres d’État américains. «Il y aura toujours des dépenses imprévues et le plan de réduction d’impôt (de George W. Bush) est plutôt vaste», affirme-t-il. «Les obligations du Trésor se porteront encore très bien dans dix ans», juge ce courtier. Les obligations du Trésor représentent actuellement 19,2 % de l’ensemble du marché obligataire américain, les obligations des entreprises 21,7 %, le marché monétaire (dépôts à terme, billets de trésorerie et acceptations bancaires) 16,5 % et les obligations assises sur les prêts hypothécaires 15,4 %, selon l’Association du marché obligataire. Le reste est essentiellement représenté par des obligations émises par les autorités locales et des agences fédérales.
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