Dix-huit ans après, le massacre des camps de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila, à Beyrouth, entache toujours l’image de l’ex-ministre israélien de la Défense israélien Ariel Sharon. Pour nombre d’Israéliens, pour l’opinion internationale et le monde arabe, Ariel Sharon reste associé, malgré ses dénégations, à ce crime perpétré en septembre 1982 par des miliciens chrétiens libanais alliés à Israël. Cela n’empêche pas M. Sharon d’être considéré comme le grand favori pour l’élection du 6 février, alors qu’il n’a jamais montré le moindre regret pour sa responsabilité dans ces tueries. Le Premier ministre sortant Ehud Barak, lui-même, s’abstient d’évoquer ce sombre chapitre du passé de son rival. Il reproche surtout à M. Sharon d’avoir engagé Israël en juin 1982 dans la désastreuse équipée libanaise en lançant l’opération Paix en Galilée, censée s’arrêter à 40 km au nord de la frontière avec le Liban. Beaucoup d’Israéliens ignorent, oublient ou veulent oublier que M. Sharon avait été forcé à démissionner en février 1983 du poste de ministre de la Défense pour sa «responsabilité personnelle» dans les tueries. La commission d’enquête officielle israélienne, présidée par le juge Kahane, lui avait reproché à l’époque de n’avoir pas prévu ou empêché le massacre perpétré par les Forces libanaises (FL). C’est en vain que Sharon avait soutenu devant elle – et le soutient encore – qu’il ne pouvait être tenu pour responsable «d’une tuerie perpétrée par des Arabes chrétiens contre des Arabes musulmans» et qu’il était victime d’une campagne de diffamation. Pour la commission, il avait une «responsabilité indirecte» dans les massacres. Mais elle ne l’a pas accusé d’en être l’instigateur, ni dans la partie officielle du rapport ni dans la partie secrète, ont précisé des experts qui ont pu consulter celle-ci. Les chercheurs s’accordent sur un point : à l’arrière-plan des tueries, il y a la volonté commune d’Israël et des FL de mettre fin à tout prix à la présence armée des Palestiniens au Liban. Il y a aussi une déshumanisation de l’adversaire et une totale insensibilité au sort des civils. «Je ne crois pas qu’il y ait eu une décision de faire commettre un massacre par les miliciens chrétiens et un accord explicite à ce sujet avec eux», affirme le chercheur israélien Abraham Sela. «De toute façon, ces choses n’ont pas besoin d’être dites et encore moins notées pour la postérité», souligne cet ancien officier, spécialiste du Liban. Il note qu’Ariel Sharon s’était donné un objectif beaucoup plus ambitieux que ce qui avait été annoncé. Il s’agissait pour lui d’aller jusqu’à Beyrouth, afin de chasser l’OLP du «sanctuaire» libanais et de placer un allié d’Israël à la tête du pays du cèdre. Cette stratégie semble sur le point d’aboutir avec l’élection le 23 août 1982 à la présidence du Liban de Bachir Gemayel, le chef des Forces libanaises, grâce aux pressions d’Israël. Mais le 14 septembre 1982, il est tué dans un attentat à la bombe perpétré par un activiste prosyrien. Le 15 septembre, sur décision d’Ariel Sharon, l’armée israélienne investit Beyrouth-Ouest pour «empêcher des effusions de sang et des actes de vengeance» et combattre «2 000 terroristes» qui y seraient embusqués. Le 16 septembre au soir, des miliciens chrétiens entrent dans les camps de réfugiés, encerclés par l’armée israélienne qui tire des fusées éclairantes. Pendant deux jours, ils vont se livrer à un massacre sans que Tsahal ne lève le petit doigt pour les en empêcher. La Croix-Rouge libanaise dénombrera 460 corps, dont 15 femmes et 20 enfants. Mais selon le CICR, il y a eu deux fois plus de victimes, compte tenu du nombre de disparus. L’OLP chiffrera le nombre des tués à 1 500.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Dix-huit ans après, le massacre des camps de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila, à Beyrouth, entache toujours l’image de l’ex-ministre israélien de la Défense israélien Ariel Sharon. Pour nombre d’Israéliens, pour l’opinion internationale et le monde arabe, Ariel Sharon reste associé, malgré ses dénégations, à ce crime perpétré en septembre 1982 par des miliciens chrétiens libanais alliés à Israël. Cela n’empêche pas M. Sharon d’être considéré comme le grand favori pour l’élection du 6 février, alors qu’il n’a jamais montré le moindre regret pour sa responsabilité dans ces tueries. Le Premier ministre sortant Ehud Barak, lui-même, s’abstient d’évoquer ce sombre chapitre du passé de son rival. Il reproche surtout à M. Sharon d’avoir engagé Israël en juin 1982 dans la...