À mille lieues de l’euphorie du printemps, la téléphonie mobile de 3e génération (UMTS) suscite désormais le doute et les opérateurs de télécommunications européens devront cravacher bien au-delà de 2001 pour rentabiliser une technologie encore au stade de la promesse. La communauté financière est divisée devant les sommes astronomiques investies dans les licences et les infrastructures de réseaux UMTS. Les banques centrales française et britannique viennent d’appeler à la vigilance face aux risques liés à l’endettement des opérateurs. Les agences de notation Standard and Poor’s et Moody’s jugent en revanche «injustifié» tout mouvement de «panique». Depuis l’été dernier, l’inquiétude ambiante a provoqué un vaste mouvement de correction boursière des valeurs technologiques. «La défiance à l’égard des opérateurs télécoms est toujours d’actualité», relève une étude de la Société générale (SG), qui continue «à recommander de rester à l’écart du secteur». Pour David Baverez, analyste au fond d’investissement américain Fidelity, «les marchés ne croient pas à l’UMTS», avec laquelle les opérateurs «ne pourront pas gagner d’argent», en raison d’un trop faible retour sur investissements «pour un modèle dont on ne sait pas ce qu’il va donner». Selon les consultants Yankee Group et Arthur Andersen, la téléphonie mobile multimédia ne générera que 50 à 60 milliards d’euros de revenus en 2005, pour des coûts d’équipements et de licences cinq à six fois plus élevés. «Il y a au maximum 50 acteurs bancaires capables de répondre à ces financements (...) Ça ne peut pas passer et ça va déraper», s’inquiète un banquier. De la folie à la braderie Le revirement remonte à l’été. Le montant inattendu (38,5 milliards d’euros) dégagé des enchères pour les licences britanniques d’avril n’avait pas affecté des marchés alors dopés par l’«UMTS-mania». Mais tout le monde a pris peur en août avec le record des enchères allemandes (environ 50 milliards d’euros). L’emballement de la machine a douché les enthousiasmes. La mise en l’encan de fréquences en Italie, en Autriche ou en Suisse a viré depuis à la braderie. La multiplication, presque partout depuis l’été, des recours en justice pour contester les attributions de licences a ajouté une sensation de pagaille. Le flop du WAP n’a de surcroît rien arrangé : inadaptés à l’actuelle norme GSM, ces premiers portables dotés d’un accès Internet à être vendus en Europe ont déçu les consommateurs par leurs performances médiocres. Dernier grand pays à n’avoir pas encore octroyé ses fréquences UMTS, la France n’est pas épargnée par les doutes. Paris doit attribuer sur dossier en juin 2001 quatre licences à un prix unitaire de 4,95 milliards d’euros. Le gouvernement, d’abord critiqué pour la faiblesse du tarif à l’aune des enchères britanniques, est pressé de le revoir à la baisse, depuis le séisme allemand. D’un côté, les opérateurs critiquent la lourdeur de la charge, «préemptive sur une richesse qui reste à créer». De l’autre, les consommateurs s’inquiètent d’avoir à payer par la suite une partie de la note. Les zélateurs de l’UMTS s’appuient sur le succès de l’«i-mode», pionnier de l’Internet mobile commercialisé au Japon par NTT DoCoMo. Ils promettent monts et merveilles de ces «téléphones du futur», censés proposer jeux, vidéo, informations pratiques, e-mails, e-commerce, etc. Le tout sur un portable. Mais les opérateurs auront besoin de longues années pour rentabiliser leurs dépenses colossales. Numéros un et deux du mobile en Europe, le britannique Vodafone et France Télécom tablent sur quatre à sept ans.
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