Leila Rustom aura marqué l’aventure de la télévision libanaise. Qui le nierait ? Avec cette attitude toute faite d’un authentique professionnalisme, agrémenté d’une bonne dose d’humour et d’un zeste de causticité. Elle a quitté notre petit écran depuis longtemps, trop longtemps, pour rejoindre une autre forme d’expression : la presse écrite. Retrouvailles... Le regard est demeuré le même, scrutateur. La mémoire est vive. Leila Rustom Takchi se raconte, elle nous conte la télévision, deux histoires indissociables, avec cette même intonation chantante, presque dépaysante. Elle a abandonné la télévision comme on abandonne une patrie aimée, comme elle a déserté le Liban, «un pays où je me sens bien, nous confie-t-elle, que je n’ai jamais vraiment quitté et que je ne quitterai jamais...», avec, pour tout bagage, une profonde nostalgie. Celle des beaux jours d’«avant-la-guerre». «J’ai débuté à la télévision égyptienne, nous rappelle-t-elle, mais la télévision libanaise m’a “repêché” vers la fin des années». Ainsi débutera une longue carrière, jalonnée d’émissions différentes, de rencontres, d’émotions. «J’ai donc commencé au Canal 11, avec la reprise d’une émission que j’avais faite en Égypte, “Noujoum aala al-ard”, (des étoiles sur terre), des entrevues avec des réalisateurs et des vedettes du cinéma et de la chanson. Un an plus tard, la Compagnie libanaise de télévision m’engage, et je démarre au Canal 7, avec une émission intitulée “Sahra maa’ al-madi” (Soirée avec le passé). Un véritable coup de cœur, une union doublée d’un mariage avec Mounir Takchi, alors directeur responsable de la publicité à la CLT. Cette soirée d’une heure et demie «avec le passé», aura duré presque deux ans, le temps de quelque 55 émissions. Avec des invités du monde intellectuel et politique. «Toutes les personnalités importantes y sont passées, écrivains, hommes de lettres, hommes de pensée, anciens présidents et politiciens, qui étaient de vraies vedettes ! Ils comblaient le vide du cinéma ! Nous avions une semaine pour préparer 60 à 90 minutes, fouiller dans l’histoire, dans les archives, étudier et saisir la personnalité del’invité, rentrer au fond d’elle-même pour faire apparaître ce qu’elle est vraiment». En un mot, établir un dialogue, filmé en direct. «Dans le direct, la vérité apparaît, les erreurs sont comptées, reconnaît-elle. Il y a plus de spontanéité, plus d’enthousiasme». Plus de risques, également. Au cours d’une émission diffusée en direct, l’invitée Alia Solh relate une anecdote concernant le Parlement de l’époque. Scandale ! Leila Rustom sera mise à l’écart, «mise au coin comme une mauvaise élève !», et donc interdite d’émission et de télévision. On ne la reverra plus jamais sur nos écrans... Les années 70 Difficile pourtant de faire taire une passion, un métier dont elle n’a pas encore épuisé toutes les possibilités. «J’ai alors préparé un programme pour le monde arabe, tourné au Canal 7. Des documentaires historiques, sur les grandes conquêtes arabes, à travers le regard de différents historiens. “Baina al-hakikati oual-khayal”, (entre le mythe et la réalité) fut pour moi un véritable défi, un travail de recherches et d’analyses. Nous avons finalement tourné 60 émissions en trois ans !» Et le monde arabe en redemande ! 1972 sera un nouveau challenge avec un nouveau concept, une nouvelle émission, car «il ne faut pas se laisser emporter par une émission et son succès». Cette fois-ci, il s’agira de «Mouhakamat adabia», (les tribunaux de l’histoire), un personnage de l’histoire mis en scène pendant 90 minutes. Un régal pour Leila qui veille à tous les détails, ne laissant rien au hasard, notant tout sur des scripts retenus par cœur, la mis en scène, les dialogues et même sa tenue vestimentaire, sa coiffure et les bijoux qu’elle portait ! Suivront ainsi deux ans de succès... Mais nous sommes en 1975 et la guerre guette. Très vite, elle s’impose, entraînant son lot de malheurs. Mounir Takchi disparaît brutalement en 1978, Leila se rend en Égypte avec sa fille Lamia, née en 1975. Autre pays, autre vie Petit à petit, elle s’installe et continue à venir au Liban, pour de courtes retrouvailles, «immanquablement, comme une âme qui cherche ses souvenirs». Changement de pays, de cap, de métier. Elle choisit d’évoluer ailleurs, dans le monde de la presse, qui la demande. Depuis les années 80, elle collabore avec l’International Herald Tribune, représentant le journal en Égypte. «La presse écrite et la télévision sont deux médias très différents, mais qui atteignent également les gens. Et je les aime autant... Je crois que j’aurais pu donner beaucoup plus à la télévision. Le talent, ça se paie. C’est une personnalité, des connaissances, un jugement qui n’ont pas de prix. Savoir et pouvoir faire sortir ce qu’il y a de mieux, ou de pire, chez son interlocuteur !». Un talent qui continue à animer Leila Rustom Takchi et à la faire parler, ou plutôt écrire...
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Leila Rustom aura marqué l’aventure de la télévision libanaise. Qui le nierait ? Avec cette attitude toute faite d’un authentique professionnalisme, agrémenté d’une bonne dose d’humour et d’un zeste de causticité. Elle a quitté notre petit écran depuis longtemps, trop longtemps, pour rejoindre une autre forme d’expression : la presse écrite. Retrouvailles... Le regard est demeuré le même, scrutateur. La mémoire est vive. Leila Rustom Takchi se raconte, elle nous conte la télévision, deux histoires indissociables, avec cette même intonation chantante, presque dépaysante. Elle a abandonné la télévision comme on abandonne une patrie aimée, comme elle a déserté le Liban, «un pays où je me sens bien, nous confie-t-elle, que je n’ai jamais vraiment quitté et que je ne quitterai jamais...», avec, pour...