Du respect de leurs frontières au retour des réfugiés, les pays des Balkans ont pris lors du sommet de Sarajevo une série d’engagements qui, s’ils sont tenus, signifient pour certains un changement substantiel de leur politique. Ces pays, dont l’histoire s’écrivait tout récemment encore au travers de la guerre, profondément marqués encore pour certains par l’idéologie communiste et dont les économies affaiblies suivent toujours un lent processus de transition vers l’économie de marché, ont désormais la possibilité d’œuvrer pour la stabilité dans la région en vue d’intégrer les structures européennes. Ce message a été réaffirmé hier à Sarajevo, lors du sommet qualifié «d’ouverture sur le nouveau millénaire», et qui a été une occasion rare pour les plus hauts dirigeants d’Albanie, de Bosnie-Herzégovine, Bulgarie, Croatie, Hongrie, Macédoine, Roumanie, Slovénie et Turquie de s’asseoir à la même table que les dirigeants des plus grandes puissances. Mais la communauté internationale, tout en ouvrant les portes du «rêve européen» à ces pays, demeure ferme et attend toujours d’eux le respect des droits de l’homme, des souverainetés nationales et des institutions démocratiques. En adoptant une déclaration commune sur le pacte, ces pays se sont engagés à œuvrer pour sa mise en œuvre et à soutenir l’accord de paix en Bosnie de Dayton ainsi que le processus de paix au Kosovo. Cette déclaration englobe également leur engagement à poursuivre leurs efforts de démocratisation et de coopération mutuelle, et de leurs efforts pour intégrer les structures euro-atlantiques, en garantissant le droit au retour des réfugiés et le développement économique. Pour le président finlandais Martti Ahtisaari, le pacte, dont la Yougoslavie reste exclue tant que le président Slobodan Milosevic est au pouvoir, devrait constituer «un tournant» pour les pays des Balkans. Mais au cœur des Balkans, où la mentalité rurale et patriarcale demeure dominante, constituant ainsi un corps électoral idéal pour les leaders nationalistes, les chances de réalisation du pacte, qui n’a pas la valeur d’un traité international et donc pas de force contraignante, demeurent une inconnue. «L’histoire des Balkans n’est pas écrite dans la pierre. Les Balkans peuvent changer leur avenir, mais leur histoire peut-elle changer en une journée ?», s’interrogeait vendredi le quotidien indépendant bosniaque Oslobodenje. «Cela va faire plus de 150 ans que les grandes puissances, d’une manière ou d’une autre, créent un ordre dans les Balkans. Les royaumes, les monarchies, les régimes fascistes, le communisme, la guerre et la paix s’y sont succédé, mais aucune solution n’a résisté au temps», écrit Oslobodenje dans son éditorial. Au-delà des interrogations sur les chances de réussite du pacte, celui-ci offre un cadre important pour la normalisation des relations entre pays voisins, comme l’a démontré la signature d’un accord en marge du sommet à Sarajevo entre la Croatie et la Bosnie-Herzégovine sur le tracé de leurs frontières. Cet accord règle l’un des principaux contentieux entre les deux pays, qui normalisent difficilement leurs relations depuis la fin du conflit croato-musulman en Bosnie (1993-1994).
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