Si quelqu’un a son mot à dire dans le système de retraite, c’est bien les salariés, d’une part, et les patrons, de l’autre (qui payent des sommes importantes en indemnités). Interrogé par L’Orient-Le Jour, le président de la Confédération générale des travailleurs du Liban (CGTL), Élias Abou Rizk, a déclaré «ne pas connaître le contenu de l’étude sur la retraite présentée à la CNSS bien que nous l’ayons demandée au ministre du Travail». «Je ne peux donc pas commenter un texte que je n’ai pas lu, poursuit-il. Je peux seulement dire qu’à la CGTL, nous préfèrerions qu’on laisse à l’employé le choix entre la pension de retraite et les indemnités parce qu’il connaît son intérêt mieux que quiconque». En ce qui concerne les salariés, leurs avis restent partagés. Un cadre supérieur interrogé, et qui a requis l’anonymat, déclare que son opinion dépendra de la modalité de la pension de retraite elle-même. «Si le montant de la pension est proportionnel au dernier salaire, cette option est avantageuse dit-il. On ne peut demander à quelqu’un qui a un certain niveau de vie et dont les indemnités sont importantes de s’habituer à vivre avec une somme dérisoire en choisissant la pension». Il poursuit : «On a toujours peur que l’État ne soit en train de lancer des propositions en l’air. On n’a pas vraiment confiance dans ce qu’il fait. De plus, le multiple du Smig peut être un piège parce qu’il peut pousser l’État à bloquer son augmentation pour ne pas avoir à payer davantage». Il ajoute qu’au stade actuel, les indemnités présentent l’avantage de permettre au salarié d’avoir une bouffée d’oxygène. «Les indemnités ne sont peut-être pas une garantie pour la retraite, mais elles sont préférables à une pension si celle-ci est médiocre», conclut-il. Un autre employé présente un point de vue différent. «Il est évident que je préfère l’idée de la pension parce qu’elle est plus durable que les indemnités, dit-il. Déjà, en 1986, j’ai encaissé pour la première fois mes indemnités, en pleine période de dévaluation de la monnaie. La somme que j’ai eue équivalait à 32 mille livres, soit rien du tout !» «Pour moi, l’acquisition la plus précieuse serait l’assurance maladie», poursuit-il. «Qui peut payer les frais d’hospitalisation de nos jours ?» Mais, dans le principe, il serait favorable à ce qu’on laisse le choix à l’employé. «Il y a des personnes qui trouvent qu’encaisser une fois pour toutes les indemnités leur convient mieux», fait-il remarquer. Réévaluer le Smig Si les avis restent partagés parmi les employés, les patrons, eux, ne tergiversent pas. L’un d’entre eux nous explique pourquoi le système de pension est devenu une nécessité. «Tout d’abord, il faudrait voir comment les indemnités sont calculées», explique M. Sélim Zeeni, industriel. «J’ai des employés chez moi depuis 1965. Ils encaissaient des salaires de 150 livres à l’époque. Aujourd’hui, quand ils prennent leur retraite, la CNSS calcule leurs indemnités selon leur salaire de base, c’est-à-dire 150 livres, et moi je paye la différence de salaire pour 34 ans ! Si ça continue comme cela, aucun patron ne pourra plus supporter de tels frais». Il poursuit : «Chaque année, on voit que la CNSS fait des bénéfices énormes alors que la dévaluation de la monnaie et les taux d’intérêt ne sont pas pris en considération. Des mesures auraient dû être prévues pour faire face à la dévaluation et à l’inflation dans ce secteur entièrement étatique, sans faire supporter au patron seul les conséquences». Quel serait l’avantage d’un système de pension ? «Au moins, avec un tel système, nous savons combien nous cotisons et ce que nous obtenons à la fin. Alors qu’avec le système actuel, nous ne savons pas combien nous finirons par payer», dit M. Zeeni. Et si la pension est dérisoire par rapport au salaire encaissé à l’origine ? «À mon avis, il faudrait privatiser ce secteur, souligne-t-il. «L’État doit assurer le minimum et si le retraité veut une pension plus substantielle, il doit cotiser dans des fonds privés comme cela se passe dans tous les pays du monde. D’ailleurs, ces caisses font toujours de grands bénéfices et l’employé ne sera pas perdant». «Par ailleurs, ajoute-t-il, il est juste que l’employé paye durant sa vie active pour préparer sa retraite. En Europe, les salariés payent jusqu’à 35 à 40 % de leur salaire en taxes et cotisations. Ici, même si le patron décide de donner des avantages à l’employé, il doit le déclarer à la Sécurité sociale. Il est taxé sur ce qu’il donne gratis, alors il donne moins !» À propos de l’adoption du Smig comme base, M. Zeeni déclare : «Ce système poussera les sociétés à la transparence parce qu’elles n’auront plus à déclarer les salaires. Pour moi, la transparence est la clé. Mais il faut que le Smig soit réévalué sinon tout le système ne pourra pas marcher».
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