Une exposition qui tombe à pic durant cette période-chaleur qui sévit partout : celle retraçant l’histoire de l’air conditionné et qui se tient, jusqu’à janvier prochain, au National Building Museum, à Washington. En période estivale, il est normal pour presque tout un chacun de vivre dans la fraîcheur artificielle sans se demander comment les choses se passeraient sans ce développement technologique et sans non plus réaliser comment on vivait avant l’ère de l’air conditionné. Autant de questions auxquelles répond l’exposition, montée d’une manière spectaculaire par Michael Bierut et James Biber. Pour commencer, chaque fois que les visiteurs entrent dans une section et en ressortent, ils passent à travers un système de ventilation produit par de grands pans de feuilles métalliques. Puis, c’est la randonnée parmi un impressionnant équipement montré sous tous ses angles, des panneaux mureaux et d’immenses photographies illustrant l’emploi, à travers les ans, de la température sur commande, des consoles interactives où chacun peut faire ses recherches à loisir et toute la panoplie de pubs vantant les bienfaits de cette invention depuis l’origine jusqu’au aujourd’hui. Tout cela pour dire combien l’air conditionné a modifié non seulement la manière de vivre des individus mais aussi toute la technologie de pointe. Il en est ainsi de la fabrication des chips, des ordinateurs et des CD qui doit se dérouler dans un environnement dénué de toute poussière ou «chambre propre», nécessitant un degré de température et d’humidité précis et un filtrage contrôlé. Cela vaut aussi, bien sûr, pour toute la high-tech, des blocs opératoires jusqu’au matériel spatial supersophistiqué. Bien avant cela, en 1888, les fabricants de divers produits tels que le tabac, les pâtes, les textiles, le chocolat, avaient déjà expérimenté, avec des experts, des mécanismes de refroidissement. Car avant l’air conditionné, les fils de coton se rompaient, les machines à cigarettes grippaient, le pain se ramollissait, les films attiraient la poussière. Les pâtes perdaient leur forme et le chocolat tournait au gris avec les fluctuations de température et d’humidité. C’est Willis Carrier qui a mis au point la première machine d’air conditionné pour combattre l’humidité dans une imprimerie. Gratte-ciel en verre et urbanisme du désert Avec l’avènement de l’air conditionné, s’est développé le concept de gratte-ciel avec murs de verre, comme le palais de Verre des Nations unies construit en 1952. Auparavant (dès 1911), les théâtres des grandes villes américaines avaient adopté ce système, puis les salles de cinéma ont suivi. Ce qui avait attiré le public qui venait découvrir autant cette nouvelle manière de n’avoir pas chaud que le spectacle. La Maison-Blanche a été climatisée en 1930, après la Chambre des représentants (en 1928) et le Sénat (1929). Ce n’est qu’après la Seconde Guerre mondiale que l’air conditionné a fait son entrée dans les foyers. Les slogans publicitaires mettaient l’accent sur ses énormes bienfaits : un meilleur sommeil, un meilleur appétit, des intérieurs propres préservés de la poussière et du pollen, sans compter la vue imprenable qu’on pouvait avoir sur son jardin, à travers une porte en verre. Le style de construction en a été influencé. Plus besoin de murs épais, de hauts plafonds, d’orientation donnée et place aux matériaux allégés, aux formes rectangulaires et aux larges baies vitrées. Dans ce contexte, on est arrivé à dompter le climat des espaces désertiques pour en faire des villes florissantes : Phoenix, Houston, Las Vegas et Miami. Il y a, certes, ceux qui déplorent qu’en contrôlant ainsi la nature, on en vienne à ne plus savoir où le soleil se lève et se couche de même que l’on occulte tout le bien que l’on peut tirer d’une véranda aérée. Sans compter qu’avec la possibilité de bâtir n’importe où on nuit à l’environnement.
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