Le «vieux» Dimitri Konychev, 33 ans, a profité dimanche à Saint-Gaudens de l’absence de son leader Marco Pantani pour remporter sa quatrième victoire d’étape dans le Tour de France. Le Russe, victorieux à Pau en 1990 et à Aix-les-Bains et Paris en 1991, a devancé au sprint l’Italien Gianni Faresin après une échappée de 190 kilomètres depuis Castres. L’Italien Massimiliano Lelli a pris la troisième place à quatre secondes tandis que le Français Jacky Durand, à l’origine de la seule escapade de la journée, s’est classé cinquième à 51 secondes. «Cette année, comme Pantani n’est pas là, on a plus la possibilité de remporter une victoire d’étape», a expliqué le coureur de Gorki, équipier modèle. «Aujourd’hui, je me suis porté devant parce que je savais que c’était la dernière occasion de remporter quelque chose». «Je voudrais dédier cette victoire à mon fils Alexandre qui aura un an le 25 juillet», a poursuivi le Russe. «Je suis vraiment heureux de cette victoire, car quand je gagne, c’est un peu le cyclisme russe qui gagne». Ce succès vient également comme un lot de consolation pour son équipe, la Mercatone Uno. La formation conduite par Pantani, leader l’an passé, vit un Tour 99 particulièrement discret en l’absence de l’Italien, exclu du Giro au début du mois de juin pour un hématocrite hors norme. Discrète a été également la journée de l’Américain Lance Armstrong qui, depuis la sortie des Alpes, se contente de terminer à un quart d’heure des échappés. Le Texan a enfilé dimanche son septième maillot jaune à l’occasion du 80e anniversaire de la célèbre tunique : elle fut portée pour la première fois en 1919 par le Français Eugène Christophe au départ de la 11e étape du Tour à Grenoble. Rester en Italie Premier Russe à avoir gagné une étape du Tour de France en 1990, Konychev, considéré comme un grand coureur de classique, s’évadait dès le neuvième kilomètre en compagnie d’un autre vétéran amateur des aventures solitaires, Jacky Durand. Les deux coureurs consolidaient rapidement leur avance, mais ils étaient repris au 62e kilomètre par quatre contre-attaquants. «Je n’avais pas peur de Durand, car je savais qu’il avait fait de nombreux efforts au début», a expliqué Konychev. «Je craignais beaucoup plus Massimiliano Lelli et Steffen Wesemann qui étaient plus frais». Rouleur puissant et expérimenté, Konychev, deuxième des championnats du monde à Chambéry en 1989, a connu une longue traversée du désert après des débuts prometteurs. «Au départ, quand je suis arrivé de Russie, je profitais plutôt de la vie. Ce n’est que plus tard que je me suis mis au cyclisme», a-t-il raconté. «Et puis j’ai eu souvent des ennuis de santé et je n’ai pas toujours trouvé la bonne équipe. Je crois que maintenant j’ai appris à gérer les choses». Même si son âme reste russe, Konychev n’envisage pas de rentrer dans sa ville natale de Gorki (amer en russe) où il n’est plus allé depuis 10 ans. «Ma femme et mon fils sont italiens, je n’ai plus d’attaches là-bas et plus d’amis. Il y a 99 % de chances que je reste en Italie». Dans ce pays d’adoption, Konychev rêve d’un ultime honneur : le titre de champion du monde à Vérone à l’automne. Lundi, le peloton se voit accorder une journée de repos à Saint-Gaudens avant les deux étapes pyrénéennes. Déclarations Dimitri Konychev (Rus, vainqueur de l’étape) : «Quand le groupe de quatre nous a rejoints (Konychev s’était échappé un peu plus tôt avec Jacky Durand), c’était difficile, car nous avions déjà dépensé beaucoup d’énergie. J’ai eu peur de connaître la même défaillance que la veille, quand j’avais été décroché du groupe de tête. Je dédie ce succès à mon fils Alexandre qui aura un an le 25 juillet. Je n’avais plus gagné une étape au Tour depuis 8 ans. Peut-être parce que, ces dernières années, je n’avais pas réussi à trouver la bonne équipe. Peut-être parce que je m’étais laissé un peu aller. J’ai beaucoup attaqué depuis les Alpes, car je savais que ces étapes de transition étaient les plus favorables pour des coureurs de mon genre. Je n’avais pas eu de chance jeudi à Saint-Étienne (deuxième), j’en ai eu plus cette fois. Gianni Faresin (Ita, deuxième): «Je voulais éviter le sprint et j’ai attaqué. J’ai eu seulement la malchance de me retrouver avec Konychev dans la roue. Cela m’a surpris de le voir aussi prompt, car, durant toute la journée, il avait donné l’impression d’être fatigué. Mais c’est un champion et aussi un coureur malin. Ma déception est atténuée par le fait que je fais une belle remontée au classement général (de la 34e à la 18e place)». Jacky Durand (Fra, cinquième) : «Moi et Konychev, on est partis très tôt. Au bout de 50-60 km, tout le monde était fatigué. Beaucoup de coureurs veulent gagner des étapes et ce n’est pas en restant dans le peloton qu’on gagne des étapes. Je ne pense pas que Konychev était forcément le plus fort quand on était échappés tous les deux. Il était à peu près à mon niveau, mais, bon, ils ont attaqué au bon moment. Une fois qu’ils avaient pris 15 secondes, c’était trop tard. J’aurais bien aimé oublier ma mauvaise place au général (avant-dernier) en remportant une étape. Toutes ces étapes me conviennent bien. J’avais gagné à Cahors, à Montauban. Je pensais pouvoir m’imposer à Saint-Gaudens. Jacky Durand, en général, ne s’arrête pas sur un échec. Donc, il va passer deux jours très difficiles dans les Pyrénées. Une fois passées ces étapes, si les jambes sont bonnes, on passera à l’attaque». Benoît Salmon (Fra) : «Mon rêve est de terminer dans les dix premiers et remporter une étape. Entre le dire et le faire, il faut avoir les moyens. Beaucoup de coureurs craignent la journée de repos, car elle peut casser le rythme. Pourtant, on est nombreux à être fatigués». Laurent Madouas (Fra) : «Tous les jours, il y a des Français devant. C’est un manque de chance et cela va peut-être sourire la troisième semaine. Ma meilleure place dans la montagne, c’est dans les Pyrénées. Dans les étapes intermédiaires, c’était difficile, car il y avait du monde sur le pont. Nous, on essaie de faire une bonne course d’équipe. On attaque chaque jour à tour de rôle».
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