Lorsque le «docteur» comme l’appelle son personnel, est là, toute l’atmosphère semble survoltée. Osman Aïdi, PDG de la chaîne des hôtels Cham ne passe que les week-ends en Syrie, mais pour tous ses employés, ce sont des journées-marathons au cours desquelles ils dépensent plus d’énergie que durant tout le reste de la semaine. Élégant et alerte dans son complet-cravate, ce bourreau de travail ne s’arrête jamais, donnant ses instructions, surveillant leur exécution, restant en contact avec ses hôtels en France et dans le monde et assumant pleinement ses responsabilités à la tête de l’Organisation du tourisme euroméditerranéen et de l’Association internationale des hôtels et restaurants. À presque 70 ans, il constitue un véritable phénomène en Syrie, où il a été le premier à introduire le secteur privé dans le domaine touristique, dans une économie entièrement contrôlée par l’État. Il a ainsi fondé une société mixte à hauteur de 75 % du capital. Mais cela ne lui a pas toujours attiré les honneurs. Même s’il n’en parle pas, Aïdi a fait à trois reprises de la prison en Syrie, tout en conservant de bonnes relations avec le régime. Un peu visionnaire, beaucoup homme d’affaires, il croit ferme au grand avenir touristique de son pays natal, mais aussi du Liban qu’il connaît à la perfection et qui lui a donné la nationalité sous le mandat du président Sleimane Frangié, en 1976. D’ailleurs au Liban, il a surtout investi dans la presse puisqu’il a été PDG des Éditions orientales (qui publient les hebdomadaires Magazine et Ousbou el-Arabi) en 1970, jusqu’à ce qu’une loi libanaise interdise aux étrangers de posséder des médias dans le pays. Il parle ainsi avec beaucoup de nostalgie de son bureau au seizième étage de l’immeuble Saint-Charles à Minet el-Hosn qu’il a conservé jusqu’à «la bataille des hôtels» en 1976. Aujourd’hui encore, il fait de fréquents séjours à Beyrouth, mais s’il s’intéresse toujours à la presse, il n’a plus envie d’y investir, ni au Liban, ni en Syrie. Affable mais pas commode, l’homme a des formules lapidaires et un débit rapide, comme s’il craignait de perdre un temps précieux en étant trop bavard. Il mène ses interviews comme une partie de ping pong, conservant toujours une balle d’avance sur son interlocuteur et l’entraînant souvent avec lui dans les couloirs de service de son hôtel pour ne jamais perdre de vue ses collaborateurs. «J’ai créé l’infrastructure hôtelière de la Syrie» se plaît à dire cet ingénieur polytechnicien qui a également effectué de grands travaux dans son pays dont la construction de barrages. «En 1972, j’ai construit le premier hôtel Méridien à Damas». À l’instar du Sheraton, celui-ci est géré par une chaîne internationale, mais il appartient à l’État. «J’ai bâti un hôtel près de chaque site touristique important du pays», poursuit-il persuadé que le risque pris en vaut la chandelle. Selon lui, la région, englobant la Syrie, la Jordanie et le Liban, «sans la moindre connotation politique» tient-il à préciser, est la plus riche du monde, du point de vue touristique car elle recèle des trésors archéologiques. Mais cela ne l’empêche pas d’investir aussi dans d’autres coins de la planète, notamment en France – où il possède deux hôtels à Paris, ainsi que le centre de thalassothérapie Louison Bobet – et aux États-Unis où il possède le Plaza de Houston. Fondateur de la Banque de la Méditerranée à Beyrouth puis à Paris, en 1974 et 1982, il l’a revendue à l’ancien président du Conseil Rafic Hariri. Aïdi sourit lorsqu’on lui demande lequel des deux hommes est plus riche. «Je ne suis qu’un prolétaire, lance-t-il avec humour, mais je suis riche de convictions». Entre les affaires et les convictions, Aïdi a un emploi du temps si chargé qu’il n’a jamais trouvé un moment pour se marier. «Les femmes ont eu assez de goût pour me refuser», lance-t-il avec humour. Un humour qui masque un profond sentiment de solitude ? Aïdi se lève précipitamment, comme s’il craignait d’en avoir trop dit. L’homme conserve ses secrets et ne se livre qu’à travers ses hôtels qu’il chérit comme des bijoux.
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