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Actualités - Chronologie

Derrière les manifestants , le ras-le-bol d'une jeunesse brimée

«Je ne peux pas voyager seule parce qu’en Iran les femmes seules ne sont pas admises dans les hôtels. Et si je voyage avec mon petit ami c’est pareil, car les couples non mariés ne sont pas acceptés». Vahideh, 25 ans, juste sortie d’une faculté des lettres de Téhéran, n’a plus qu’un seul recours pour voyager dans son propre pays sans enfreindre les règles islamiques : descendre chez des amis ou des parents de province. Alors que le régime fait une intense promotion pour attirer les touristes étrangers, elle, iranienne, n’a pas encore réussi à visiter la grande cité historique d’Ispahan parce qu’elle ne connaît personne qui puisse l’y loger... Au-delà du soutien aux réformes démocratiques, les jeunes Iraniens qui manifestent depuis six jours expriment un ras-le-bol fait de tracas quotidiens et d’inquiétudes pour l’avenir. Dans les dortoirs de la cité universitaire du quartier d’Amirabad à Téhéran, ravagés par les assauts de la police, les affiches collées sur les murs traduisent le besoin de vivre comme les jeunes du monde entier. On y trouve avant tout des posters des stars du football iranien – qui ont battu les États-Unis l’an dernier en Coupe du monde – Ali Daei, Karim Bagheri, Mehdi Mahdavikia. «L’absurde, raconte avec humour Hassan, un jeune d’Amirabad, c’est que les filles ne peuvent pas assister aux matches dans le stade parce que des hommes en short sont sur la pelouse, mais elles peuvent regarder à la télévision les gros plans sur les jambes des joueurs». De nombreuses affiches montrent également le président Mohammad Khatami, véritable idole de la jeunesse iranienne dont il cristallise, avec des allures de père tranquille, les aspirations de réformes démocratiques et de détente culturelle. La moitié de la population iranienne, l’une des plus jeunes du monde, a moins de vingt ans et ce chiffre constitue la clé de l’Iran d’aujourd’hui. Pas encore nés ou encore au berceau au moment de la Révolution de 1979, ces jeunes n’ont connu les journées révolutionnaires que par les récits de leurs parents et la propagande du régime. Ces jeunes du «baby boom» post-révolutionnaire constituent aujourd’hui le plus grand défi au régime islamique verrouillé par la génération précédente, issue du renversement du régime impérial. L’Iran devrait créer 900 000 emplois par an pour donner du travail à tous les jeunes qui arrivent sur le marché de l’emploi, une performance hors de portée pour une économie en panne. Les règles morales islamiques adaptées à un conservatisme rural ont de plus en plus de mal à s’adapter à une population désormais majoritairement urbaine. Même certains parmi le clergé s’inquiètent de l’impossibilité pour un nombre croissant de jeunes gens de ne pouvoir réunir la dot suffisante pour pouvoir épouser une jeune fille, se voyant ainsi contraints au célibat. La consommation de drogue chez les jeunes est elle aussi un problème croissant en Iran, voisin de pays gros producteurs d’opium comme l’Afghanistan et le Pakistan. Le journal gouvernemental Iran Daily de mardi reconnaissait que «l’Iran de demain appartient à sa jeunesse, en particulier aux jeunes des universités». Mais le quotidien n’avait rien d’autre à leur proposer que «l’unité, le respect de la loi et l’allégeance aux principes de la révolution comme conditions pour des lendemains brillants».
«Je ne peux pas voyager seule parce qu’en Iran les femmes seules ne sont pas admises dans les hôtels. Et si je voyage avec mon petit ami c’est pareil, car les couples non mariés ne sont pas acceptés». Vahideh, 25 ans, juste sortie d’une faculté des lettres de Téhéran, n’a plus qu’un seul recours pour voyager dans son propre pays sans enfreindre les règles islamiques : descendre chez des amis ou des parents de province. Alors que le régime fait une intense promotion pour attirer les touristes étrangers, elle, iranienne, n’a pas encore réussi à visiter la grande cité historique d’Ispahan parce qu’elle ne connaît personne qui puisse l’y loger... Au-delà du soutien aux réformes démocratiques, les jeunes Iraniens qui manifestent depuis six jours expriment un ras-le-bol fait de tracas quotidiens et...