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Actualités - Chronologie

Sabeh dénonce " I'ère du chuchotement politique"

L’ ancien ministre et député de Baabda Bassem Sabeh, proche de l’ex-Premier ministre Rafic Hariri, s’est livré dans son intervention à un véritable réquisitoire contre le gouvernement, dénonçant le «marasme politique» et le jugeant encore plus grave que le marasme économique. Se présentant en défenseur de la démocratie, M. Sabeh s’est efforcé tout au long de son discours de brosser un tableau extrêmement sombre de la vie politique depuis le changement de régime. Mettant l’accent sur les atteintes aux libertés, reproche qu’il a cherché à étendre à certaines enquêtes judiciaires, il a qualifié l’époque d’«ère du chuchotement politique» et évoqué «la démocratie de la peur» pratiquée selon lui par «tout le monde, y compris les ministres». «Aussitôt après le changement de mandat et de gouvernement, le massacre politique a commencé. Les coups de couteau se sont succédé, sans distincton entre les justes et les injustes, entre ceux qui se tuent à la tâche au service de l’État et ceux qui tuent l’État au service de leur propre gloire», a-t-il dit. Accusant implicitement le gouvernement de «trahison à l’égard de la ligne politique issue du consensus national», M. Sabeh a relevé, dans une évidente allusion au ministre de l’Intérieur Michel Murr, que «ceux qui se sont portés volontaires pour distribuer les sanctions politiques sont des spécialistes qui ont acquis l’expérience de ces méthodes en traversant les régimes et les gouvernements». Pour lui, «le marasme politique est au cœur du problème». «Il est l’illustration d’une réalité nouvellement introduite dans le pays, dans laquelle le recours à des pratiques étrangères à notre vie nationale fait que le gouvernement constitutionnel n’est plus que la façade d’un gouvernement secret». Sous ce système, a-t-il poursuivi, les proches du gouvernement «ne sont plus qu’une troupe de “Zajal” de troisième catégorie, l’opposition, un groupe pourchassé et figurant sur les listes des mandats d’amener, et le Parlement un club où sont forgées les notes d’informations à la justice». «L’information, elle, devient le moyen par lequel sont annoncés les verdicts judiciaires préconçus. Quant aux ministères, ils sont transformés en bureaux à partir desquels Ali Baba répartit les cellules de prison entre les anciens ministres et députés», a-t-il ajouté. S’agissant plus précisément de l’information, le député de Baabda a noté que «jamais dans l’histoire du Liban on n’a connu un tel abus dans l’usage du terme “sources”, que celles-ci soient politiques, ministérielles ou judiciaires». Il a également accusé les autorités de pratiquer «toutes les formes de censure» sur les médias. «De l’époque de la dactylo, nous sommes parvenus aujourd’hui à celle du fax, un fax politique qui ne cesse pas sa désinformation pernicieuse», a-t-il dit. Il a aussi affirmé qu’aucun homme politique du pays «n’échappe aux écoutes téléphoniques». À ce propos, le chef du Parlement Nabih Berry devait par la suite annoncer son intention de créer une commission d’enquête sur les écoutes et inviter M. Sabeh à transmettre à cette commission «toutes les informations en (sa) possession». Le député a ensuite invité le président de la Chambre à convoquer au terme du débat budgétaire une réunion qui sera consacrée à l’explication des articles constitutionnels relatifs à l’immunité parlementaire. «De nombreux Libanais ont actuellement le sentiment que le gouvernement se sert de la Constitution comme instrument d’attaque politique», a-t-il déclaré. La même demande a été plus tard formulée par M. Farid Makari qui a mis l’accent sur la nécessité de «mettre la justice à l’abri des tiraillements politiques». Il a déploré le fait que «nous sommes arrivés au point où le citoyen ordinaire peut deviner qui sera arrêté dans une semaine». Abordant le volet budgétaire à la fin de son intervention, le député de Baabda a ouvert le feu sur le ministre des Finances Georges Corm. Se basant sur un terme utilisé la veille devant les députés par M. Corm, qui a notamment affirmé que le Liban se trouvait à un «tournant», M. Sabeh a prêté au ministre l’intention, entre autres, de «mettre un terme à la politique de croissance économique et de reconstruction». B. Hariri: Le dialogue gelé Sur un ton à peine moins virulent, Mme Bahia Hariri, député de Saïda, devait pour sa part déplorer «le gel du dialogue» entre les divers courants politiques dans le pays et dénoncer «les restrictions sur la liberté d’expression et les autre libertés publiques». Mme Hariri a accusé le gouvernement de chercher à «détruire le processus d’édification des fondements de l’État poursuivi au cours des six dernières années». Pour elle, en effet, «en prétendant que tout ce qui a été réalisé par les gouvernements précédents était erroné, le Cabinet actuel répand le désespoir chez les gens». Elle a aussi dénoncé «l’ouverture sélective de dossiers judiciaires et le recours à la justice à des fins politiques». Sur cette même question, elle a reproché aux autorités de favoriser, «par le biais des procès politiques, un climat dans lequel les hauts fonctionnaires se retrouvent prisonniers de la crainte de commettre une erreur, ce qui est de nature à paralyser l’administration». «L’État ne saurait être géré par la peur et les restrictions aux libertés. L’inquiétude ne pourrait jamais être le ciment de l’unité nationale ni le fondement de l’État de droit», a-t-elle dit, en s’interrogeant sur le point de savoir «s’il suffit d’annoncer que le régime ne sera pas militarisé pour que les gens croient effectivement qu’il ne le sera pas». Elle a en outre indiqué qu’à la suite de l’assassinat des magistrats à Saïda, le 8 juin dernier, elle aurait souhaité que soit élaboré un plan de sécurité «dissuasif à l’égard de tous ceux qui voudraient porter atteinte à la sécurité du pays». Au lieu de cela, «la réaction officielle est venue contrecarrer davantage les citoyens dans leurs mouvements et leurs activités économiques». Farid Makari, député du Koura et autre proche de M. Hariri, a estimé de son côté qu’«avec le gouvernement actuel, le slogan de réforme administrative s’est transformé en un règlement de comptes politique». Bahaeddine Itani (Beyrouth) a, quant à lui, axé son intervention sur le budget, soulignant qu’après «les promesses fleuries du gouvernement, qui nous annonçait un budget révolutionnaire, nous nous retrouvons devant un projet de loi parfaitement ordinaire, un projet qui est en deçà de ce qui est souhaitable et qui ne contribuera ni à assainir la crise financière ni à relancer l’activité économique». Enfin, Antoine Andraos (Aley), ancien président de la Caisse des personnes déplacées, a critiqué les modifications apportées par le gouvernement actuel sur ce dossier. Il a notamment reproché au gouvernement son approche «technique» du problème, se demandant comment il serait possible d’assurer le retour des familles déplacées «sans coordination politique et coopération avec les forces politiques locales».
L’ ancien ministre et député de Baabda Bassem Sabeh, proche de l’ex-Premier ministre Rafic Hariri, s’est livré dans son intervention à un véritable réquisitoire contre le gouvernement, dénonçant le «marasme politique» et le jugeant encore plus grave que le marasme économique. Se présentant en défenseur de la démocratie, M. Sabeh s’est efforcé tout au long de son discours de brosser un tableau extrêmement sombre de la vie politique depuis le changement de régime. Mettant l’accent sur les atteintes aux libertés, reproche qu’il a cherché à étendre à certaines enquêtes judiciaires, il a qualifié l’époque d’«ère du chuchotement politique» et évoqué «la démocratie de la peur» pratiquée selon lui par «tout le monde, y compris les ministres». «Aussitôt après le changement de mandat et de...