Plusieurs des grandes griffes du luxe, couturiers, joailliers, parfumeurs, recherchent leurs anciennes créations avec assiduité. Tantôt pour leur propre «conservatoire» (attention on n’emploie plus le terme «musée» qui fait vieillot et poussiéreux), tantôt pour en créer des variétés conformes au goût du jour. Guerlain, Caron, Hermès, Vuitton font partie de ces entreprises qui ont très bien compris que la notoriété n’est jamais sans passé. Pas de grands arbres sans racines, prétend un vieux dicton. Et voilà qu’à tour de rôle, l’une après l’autre, ces chapelles du luxe fouillent les malles à la recherche des reliques de leur patrimoine. On raconte volontiers que quand la maison Lancôme a voulu célébrer en 1985 ses cinquante ans d’existence avec faste et fanfare, rien, absolument rien de son prestigieux passé n’a pu être retrouvé. Pas le moindre petit flacon, nul document, pas de témoignages écrits ou imprimés racontant l’histoire du temple. Il semble que c’est à partir de ce moment là que les prestigieuses maisons se mirent à glaner objets, souvenirs et informations auprès de leurs anciens employés, familiers du passé de la maison. La tâche ne fut pas de tout repos. La Seconde Guerre mondiale avait beaucoup contribué, dans une très grande partie de l’Europe comme ailleurs, à l’anéantissement et à la dispersion des patrimoines. Une page a été tournée, lorsque tout revint normal. Comme si on souhaitait annuler, oublier le passé en bloc, on se détourna de ses souvenirs. Au point où un nouveau métier a vu le jour à la fin des années 60: celui du «découpeur de journaux». Il s’agissait d’individus qui récupéraient des anciens journaux et magazines à la tonne et revendaient aux entreprises, à prix d’or, les coupures qui les concernaient y compris leurs propres annonces publicitaires. Aujourd’hui, ce sont les ventes aux enchères qui alimentent les «conservatoires» des grandes entreprises. Si la pièce proposée est reconnaissable, son prix est très élevé et monte encore plus haut durant les enchères. La chasse aux souvenirs se fait donc dans le domaine privé. Une annonce publiée dans la presse suscite des réponses et des réactions inattendues. Des objets jamais vus sur le marché de la brocante ou de l’art sont ainsi récupérés. Des bijoux de famille, que la descendance hésitait à proposer aux enchères, des robes griffées également sont ainsi revenus à la maison mère. Mais pour que l’entreprise s’intéresse à l’achat d’une de ses reliques, l’objet, ou le document, doit avoir marqué une étape dans la création de la maison, sur le plan esthétique ou technique, ou alors avoir appartenu à une personnalité saillante. Chez Chanel, on se souvient d’une petite jeune fille qui proposa trois robes du soir en dentelle, conservées intactes dans du papier de soie, dans leur boîte d’origine. Elle les avait héritées de sa grand-mère, femme de chambre autrefois auprès d’une noble dame, totalement ruinée, qui les lui avait offertes à la place de ses gages, se trouvant dans l’incapacité de régler autrement sa dette... Aujourd’hui, les trois robes revenues au bercail font partie des collections commémoratives de la maison.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Plusieurs des grandes griffes du luxe, couturiers, joailliers, parfumeurs, recherchent leurs anciennes créations avec assiduité. Tantôt pour leur propre «conservatoire» (attention on n’emploie plus le terme «musée» qui fait vieillot et poussiéreux), tantôt pour en créer des variétés conformes au goût du jour. Guerlain, Caron, Hermès, Vuitton font partie de ces entreprises qui ont très bien compris que la notoriété n’est jamais sans passé. Pas de grands arbres sans racines, prétend un vieux dicton. Et voilà qu’à tour de rôle, l’une après l’autre, ces chapelles du luxe fouillent les malles à la recherche des reliques de leur patrimoine. On raconte volontiers que quand la maison Lancôme a voulu célébrer en 1985 ses cinquante ans d’existence avec faste et fanfare, rien, absolument rien de son...