L’Otan, accusée par Belgrade d’avoir provoqué mercredi la mort de plusieurs dizaines de civils qui tentaient de fuir le Kosovo, a reconnu jeudi avoir bombardé par erreur des véhicules civils qui se trouvaient dans un convoi, sans pouvoir préciser le nombre de victimes. C’est la quatrième fois que les alliés reconnaissent avoir tué des civils, depuis le début des frappes sur la Yougoslavie le 24 mars. Dans un premier temps, l’Alliance avait affirmé, sur la foi des déclarations de ses pilotes, que seuls des véhicules militaires avaient été bombardés dans la région de l’incident, dans le sud-ouest du Kosovo. Mais, après enquête préliminaire, l’Otan a reconnu jeudi que des véhicules civils avaient été bombardés par erreur et «regretté profondément» la perte de vies civiles. L’Alliance a expliqué que ces véhicules civils circulaient au sein d’un convoi dans lequel, ou à proximité duquel, se trouvaient des véhicules de l’armée ou de la police serbe. «L’Otan n’a pas les moyens de connaître le nombre de victimes», a ajouté un communiqué, dans lequel les alliés ont rejeté «l’entière responsabilité» de l’incident sur «le président yougoslave Slobodan Milosevic et sa politique». Washington et Bonn ont également «déploré» cet incident qui, a précisé le porte-parole de l’Otan, Jamie Shea, ne changera rien à la détermination des alliés à poursuivre leur campagne en Yougoslavie. Le secrétaire américain à la Défense, William Cohen, a lui aussi affirmé que les frappes de L’Otan allaient être intensifiées. Selon le ministère yougoslave des Affaires étrangères, au moins 75 personnes ont été tuées et 25 grièvement blessées mercredi dans l’ouest du Kosovo par des frappes de l’Otan sur deux colonnes de réfugiés. Un journaliste a compté sur place vingt morts et quatre blessés. Huit tracteurs qui transportaient des réfugiés ont été pulvérisés et des maisons détruites. Des corps de femmes, d’hommes et d’une fillette étaient déchiquetés ou calcinés sur la route. Certains étaient décapités. Viktor Tchernomyrdine, le nouveau représentant spécial du président russe pour la Yougoslavie, a déclaré que ces attaques étaient «une tragédie et un crime», montrant «la nécessité d’une rapide solution politique». Le chef de l’Église orthodoxe russe, le patriarche Alexis II, doit se rendre en Yougoslavie mardi prochain pour une «mission de paix». À la veille des Pâques orthodoxes, Alexis II avait appelé les Russes à prier «pour leurs frères serbes», en qualifiant les frappes de l’Otan de «sacrilèges». Les Occidentaux, après trois semaines de frappes, tentent de relancer la recherche d’une solution diplomatique en associant la Russie. Mercredi, les chefs d’État et de gouvernement de l’Union européenne avaient apporté leur soutien à une initiative du secrétaire général de l’Onu, Kofi Annan, prévoyant la cessation immédiate de tous les actes de violence, le retrait du Kosovo de toutes les forces serbes, le déploiement d’une force internationale militaire ainsi que le retour des réfugiés. Bonn a de son côté élaboré un plan de paix impliquant le G-8 et les Nations unies, destiné à permettre un retour des réfugiés et prévoyant notamment la possibilité d’un arrêt des frappes pendant 24 heures. Ce plan a reçu jeudi le soutien de Viktor Tchernomyrdine, de la Bulgarie et de la Grèce. Mais le chef de la diplomatie britannique, Robin Cook, a estimé qu’il serait «totalement erroné» de le considérer comme «une proposition de trêve» faite à Slobodan Milosevic. Parallèlement, l’Otan a continué à intensifier ses bombardements, frappant notamment une caserne de l’armée yougoslave à Rakovica, à la périphérie sud-ouest de Belgrade, selon des sources serbes. À Pristina, le chef-lieu du Kosovo, trois fortes explosions ont été entendues hier matin. Onze autres explosions avaient été entendues dans la nuit. Un pont sur la route reliant Nis (220 km au sud de Belgrade) à Pristina a été rendu impraticable et un deuxième pont a été détruit près de Krusevac (110 km au sud de Belgrade), selon l’agence yougoslave Tanjug. Pendant ce temps, l’exode des Albanais du Kosovo se poursuivait vers les frontières de la province. Selon le Haut commissariat de l’Onu pour les réfugiés (HCR), quelque 116 000 personnes sont entrées en Macédoine en plus de trois semaines, dont environ 50 000 se trouvaient jeudi dans des camps, et une nouvelle grande vague de réfugiés était attendue dans ce pays.
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