La tragédie des réfugiés du Kosovo a provoqué un réflexe de sympathie parmi les réfugiés palestiniens, mais les bombardements de l’Otan sont, dans le même temps, vus comme l’expression d’un «complot» américain ou chrétien contre les musulmans. «Nous constatons que les mêmes choses se reproduisent à cinquante ans de distance. Qui peut les aider (les réfugiés kosovars) ? Dieu seul le peut», affirme Jabbar Ijwalis, qui vend des falafels dans le camp de réfugiés de Shouafat à Jérusalem-est. Des centaines de milliers de Palestiniens ont perdu leur foyer durant la première guerre israélo-arabe en 1948, au moment de la création de l’État d’Israël. Un demi-siècle plus tard, leurs descendants continuent à vivre dans la misère dans 27 camps de réfugiés installés dans les territoires palestiniens, tandis que plusieurs centaines de milliers d’autres vivent dans les pays arabes voisins. M. Ijwalis ne cache pas sa colère vis-à-vis du manque de soutien des États arabes aux réfugiés du Kosovo, qui sont pour la plupart des musulmans, alors qu’Israël a envoyé six avions chargés d’aide à destination des réfugiés. Jusqu’à présent, seuls les Émirats arabes unis ont annoncé qu’ils allaient envoyer une aide. «Qu’ont fait les dirigeants arabes ? Rien. Ils laissent tomber les Albanais, comme ils nous ont laissés tomber», déclare M. Ijwalis. Les Palestiniens sont nombreux à penser que les États arabes ne les ont pas aidés suffisamment, que ce soit en 1948 ou en 1967, lorsque l’État hébreu a conquis la Cisjordanie et la bande de Gaza. Hassan Shweikeh, propriétaire d’un magasin de chaussures dans le même camp de Shouafat, sympathise avec la tragédie des Kosovars. «C’est barbare. Peu importe qu’ils soient musulmans ou chrétiens. Ces massacres sont barbares», affirme-t-il. Lui aussi souligne que «la même chose nous est arrivée». Mais parmi une population qui considère les États-Unis, en premier lieu, comme les parrains de l’oppresseur israélien, l’intervention de l’Otan au Kosovo est considérée avec méfiance, voire avec hostilité, bien qu’elle soit supposée aider les Kosovars. «Si les Américains le voulaient, ils pourraient régler le problème en deux jours. Ils disposent de la technologie, des avions, des missiles», affirme Abou Mahmoud, 55 ans, patron d’un petit café dans le camp de réfugiés de Qalandia en Cisjordanie, au nord de Jérusalem. «Mais ils (les Américains) ne le veulent pas. Là où il y a des musulmans, ils agissent contre eux. Ce sont des croisés», déclare Abou Mahmoud. Il ressent de la compassion pour les Kosovars, mais il attend de savoir s’ils seront autorisés à revenir dans leurs foyers. «Il y a des réfugiés partout dans le monde. La question est de savoir si leur droit au retour est reconnu. Pour nous autres les Palestiniens, ce n’est pas le cas», dit-il. Le scepticisme est de mise quant aux motivations des États-Unis et de leurs alliés de l’Otan au Kosovo. «Lorsque les musulmans se conduisent comme des moutons, ils (les Américains) les protègent. Ils veulent les faire plier et ramper», crie un passant, visiblement en colère, dans le camp de Shouafat. «Ils veulent que les musulmans se convertissent au christianisme», ajoute-t-il. Pour beaucoup de Palestiniens, les frappes de l’Otan contre la Serbie expriment une politique du «deux poids, deux mesures», Israël étant épargné bien qu’il soit accusé de ne pas appliquer les résolutions internationales. «Le gouvernement israélien a certains traits en commun avec (le président yougoslave Slobodan) Milosevic qui défie le droit international», a affirmé le secrétaire du gouvernement autonome palestinien, Ahmed Abderrahman. «Le gouvernement israélien devrait étudier soigneusement la situation (en Yougoslavie) pour prendre des leçons et ne pas mettre son peuple dans la situation dans laquelle Milosevic a placé le sien», ajoute M. Abderrahman.
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