L’ambassade de Suisse à Beyrouth, en collaboration avec l’AUB, a présenté un concert avec la violoniste suisse Laurence Kayaleh accompagnée au piano par Ingrid Hoogendorp. Au menu, des œuvres de Smetana, Brahms, Paganini et Ravel. Kayaleh a impressionné Oïstrakh, enchanté Raphael Kubelik, et Alexis Weigssenberg a dit d’elle «qu’elle joue comme un rêve». Lauréate du concours suisse des jeunes solistes et du concours international Stresa (Italie), Laurence Kayaleh a obtenu le Nyon City Artistic Award. Débuts prometteurs au Châtelet, concerts à Gaveau et Pleyel, à Paris. Plus tard, ses performances ont été applaudies aux théâtres du Bolchoi et Tchaïkovski de Moscou ainsi qu’au Lied Center (États-Unis) et au Suntory Hall de Tokyo. Pour sa part, la pianiste Ingrid Hoogendorp a entamé sa carrière de soliste avec l’orchestre symphonique de Rotterdam. Elle a joué à Paris, Amsterdam, Zurich, Bruxelles, Tokyo, Bâle, Genève Responsable du département de piano à l’École supérieure de musique de Genève, elle a été lauréate du concours international Scriabine. Ces musiciennes ont croisé de fougueux coups d’archet au violon (Guarnerius 1742!) et chromatismes perlés au clavier. Une complicité de scène qui faisait aussi plaisir à voir qu’à entendre. Accords Premières mesures avec l’«Aus der Heimat» de Bédrich Smetana. Avec la douceur bohême du père de la «Moldau», une œuvre imprégnée d’un folklore joyeux dont les motifs, simples et toujours diatoniques, sont parfois modifiés rythmiquement. Un style spontané, plein de fraîcheur, parfois même d’une certaine rudesse, vivant et sans artifice. Place ensuite à la sonate en ré min n3 de J. Brahms où dialoguent en phrases feutrées coups d’archet et riches accords de piano. Œuvre de jeunesse bâtie sur des motifs simples, parfois même d’allure populaire, cette narration subtile et à l’élégance discrète est solidement construite et bien développée avec ses trois refrains issus de la même idée, conciliation du classicisme le plus sévère et du romantisme lyrique aux effets mesurés. Après l’entracte, la salle a retenti des accents fiévreusement passionnés et véhéments de N. Paganini, le virtuose. «Variations pour la corde de sol» est inspirée d’un air de «Moïse» de Rossini. Mélodie suave remise au goût du maître incontesté du violon. Magique, envoûtante, placée sous le signe du mystère et de la fascination, cette écriture fait du violon et de ses ressources un instrument d’une rare puissance d’émotion et d’évocation. Pizzicati et arpèges menés à un train d’enfer que l’archet de ces cordes si dextrement fouettées en était littéralement fumant. Rythme endiablé Pour prendre le relais quel meilleur morceau de bravoure autre que le déchirant et tourmenté «Tzigane» de Ravel? Œuvre brillante écrite selon la forme de «czardas» en deux parties, la première lente ou lassam et la seconde rapide ou «frisca». Elle accumule des difficultés techniques aussi grandes que dans les plus difficiles partitions de Paganini (doubles cordes, harmoniques aigus, pizzicati de la main gauche, etc.) mais sans jamais leur sacrifier le souci d’une belle sonorité. Le violon joue d’abord «à découvert» puis le piano dialogue avec la soliste sur un rythme endiablé et dans le style concertant. Déconcertant de virtuosité et de vélocité! Deux vibrants rappels dont «la danse espagnole» de M. de Falla et le public (salle comble) en voulait encore...
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