Le marché des changes de Beyrouth a repris ses activités hier, au lendemain du long chômage pascal, dans un climat toujours assombri par les querelles politiques. En effet, l’offre du dollar continuait à se contracter alors que sa demande tendait à se développer. Pourtant l’action de la Banque du Liban (BDL) a été plus déterminante dans cette évolution. En maintenant ainsi ses deux taux d’intervention à l’achat et à la vente entre 1 502,00 et 1 514,00 LL, celle-ci est parvenue à le faire clôturer au taux moyen indicatif de 1 508,00 LL, comme depuis la mi-décembre. Mais il n’en demeure pas moins que la rareté de l’offre du billet vert a amené les établissements de crédit à le négocier pratiquement au point supérieur d’intervention de la BDL, tantôt entre 1 513,00 et 1 515,00 LL et tantôt entre 1 513,50 et 1 514,50 LL, avec toujours un point d’ancrage à 1 514,00 LL, ont indiqué les cambistes de la place. Selon ces mêmes milieux, le volume d’affaires de la journée d’hier aurait dépassé 12 millions de dollars entièrement vendus par la BDL à 1 514,00 LL. Accès de faiblesse du sterling et du dollar À l’étranger, le principal événement de la journée d’hier a été la chute du sterling à son plus bas niveau face au dollar sur les marchés des changes internationaux depuis octobre 1996, en perspective d’une baisse des taux d’intérêt britanniques, à l’issue de la réunion demain du Comité de politique monétaire de la Banque d’Angleterre. Le mouvement à la baisse du sterling a été, en outre, soutenu par une combinaison de facteurs économiques et particulièrement par le contraste entre les économies britannique et américaine. À cet égard, la majorité des analystes, s’appuyant sur les fondamentaux de l’économie britannique, tablent d’ores et déjà sur une baisse d’un quart de point du taux de prise en pension de la Banque d’Angleterre fixé actuellement à 5,50 %, alors que les derniers chiffres économiques américains, notamment ceux parus hier sur les principaux indicateurs de l’économie (le leading indicator) et vendredi dernier sur l’emploi aux États-Unis, soutiennent le sentiment que les taux d’intérêt servis sur les fonds fédéraux (Fed funds) pourraient être remontés, ce qui favorise le dollar face au sterling. Toutefois, le dollar s’est par ailleurs replié face à l’euro et au yen, après avoir sensiblement progressé la veille, alors que les marchés européens étaient fermés pour le lundi de Pâques. Ainsi, la monnaie unique européenne est parvenue à s’apprécier face au dollar, surtout après l’annonce hier en début de soirée d’un «cessez-le-feu» unilatéral au Kosovo par le gouvernement yougoslave. Mais l’effet de cette nouvelle sur l’euro ne devrait pas être soutenu, surtout après le rejet de cette initiative par les pays de l’Otan. De plus, les opérateurs devraient continuer à faire preuve de prudence vis-à-vis de l’euro, à la veille de la réunion après-demain du conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE). Beaucoup d’analystes tablent déjà sur un léger relâchement de la politique monétaire européenne bien que le gouverneur de la Banque de France, Jean-Claude Trichet, ait estimé, hier, qu’il n’y avait aucun changement de ton dans le discours des responsables de la BCE depuis la révision à la baisse des prévisions de croissance de la zone euro. Le yen s’est quant à lui légèrement ressaisi face au billet vert sous l’impulsion de la dernière enquête trimestrielle de conjoncture de la Banque du Japon qui a montré une amélioration de l’indice de confiance dans la grande industrie nippone. Pourtant, il est demeuré sous pression après la mise en garde lancée la veille par le vice-ministre japonais des Finances, Eisuke Sakakibara, contre les spéculateurs à la hausse du yen. Compte tenu de toutes ces considérations, le dollar s’est négocié hier, à New York, sur un ton faible sauf face au sterling, comme suit : – 1,0850 pour un euro contre 1,0708, la veille. – 1,5925 pour un sterling contre 1,6000. – 1,8025 DM contre 1,8265. – 6,0460 FF contre 6,1275. – 1,4725 FS contre 1,4895. – 1 784,75 lires contre 1808,30. – 120,75 yens contre 121,85. Bourse de Beyrouth : quasiment stable Sur les marchés des valeurs mobilières, la Bourse de Beyrouth a entamé la semaine hier, au lendemain du long chômage pascal, sur un ton quasiment stable, la hausse des actions «B» de Solidere de 7 3/4 à 8,00 dollars ayant été compensée par la baisse de celles de la catégorie «A» de la même société de 7 5/8 à 7 3/8 dollars, dans un marché stationnaire sur le restant de la cote. En effet, l’indice général Lispi de toutes les valeurs libanaises cotées s’est maintenu à 79,99 points ainsi que l’indice partiel LIBX des valeurs bancaires à 189,98 points, comme jeudi dernier. Cette évolution s’est produite, hier, dans un volume d’affaires médiocre, ne dépassant pas 42 873 actions d’une valeur globale de 326 444 dollars. Wall Street : prises de bénéfices Quant à Wall Street, elle a éprouvé beaucoup de difficultés, hier, à préserver ses gains de la veille, affectée par des prises de bénéfices. Ce mouvement a été renforcé par l’avertissement lancé par le leader mondial des produits de rasage, Gillette, sur son résultat au premier trimestre 1999 qui sera inférieur aux prévisions. Bien que la Bourse américaine ait connu ensuite un léger sursaut après l’annonce par la Yougoslavie qu’elle allait déclarer un cessez-le-feu unilatéral au Kosovo, l’indice Dow Jones des 30 vedettes industrielles n’a pas pu recouvrer ses pertes de la journée. Il est parvenu pourtant à réduire ses dégâts, le rejet de ce cessez-le-feu par Washington et Londres ayant fait retomber cet indice en cours de séance. Cela d’autant que l’annonce d’une maigre hausse de 0,2 % de l’indice composite des principaux indicateurs de l’économie américaine en février ne devait avoir aucun impact sur le marché. C’est ainsi que cet indice est retombé d’un plus haut à 10 030,37 points à un plus bas à 9 937,96 points, avant d’afficher en préclôture 9 952,11 points, en baisse de 55,22 points sur la veille. Fermeté des Bourses européennes en clôture Les hésitations de Wall Street en matinée ont quelque peu refroidi les ardeurs des places boursières européennes, mais celles-ci sont parvenues dans l’ensemble à maintenir leurs gains initiaux grâce à un espoir de trêve au Kosovo. La journée a débuté dans l’enthousiasme, les intervenants étant encouragés par la clôture de Wall Street, lundi, au-dessus des 10 000 points pour la seconde fois de son histoire. Madrid gagnait alors près de 2 %. Paris, Milan, Amsterdam et Athènes affichaient également de belles performances. Puis le mouvement s’est affaibli et les gains ont été plus limités. Mais l’annonce en fin de journée d’une trêve unilatérale au Kosovo, décrétée par Belgrade pour les Pâques orthodoxes, a permis aux marchés de terminer sur une note très ferme. Les marchés ont bruissé tout au long de la journée de rumeurs de prochaines baisses des taux en Grande-Bretagne et dans la zone euro, un geste que les marchés considèrent comme positif. À Londres, l’indice FTSE s’est adjugé 1,35 % à 6 415,3 points après un pic à 6 443,9 grâce notamment aux rumeurs de fusion entre Telewest avec Cable & Wireless. Telewest a gagné 6,9 %. Le titre Monument Oil & Gas a fait un bond en avant de 12,3 % sur des rumeurs d’OPA de Lasmo et Enterprise. La Bourse de Paris a de son côté terminé en forte hausse, propulsée en fin de séance par des informations faisant état d’un cessez-le-feu unilatéral annoncé par la Serbie au Kosovo, la fermeté de Wall Street lundi lorsque les marchés européens étaient fermés et l’espoir d’une baisse des taux de la Banque centrale européenne jeudi. Le CAC 40 a pour la première fois depuis le 1er février dernier fini au-dessus du seuil des 4 300 points à 4 304,48 points après avoir atteint un plus haut de 4 328,92. Espoir de baisse des taux Les espoirs de baisse des taux dans la zone euro résultent du ralentissement économique en Europe, du départ d’Oskar Lafontaine du ministère allemand des Finances et de la résolution de la crise bruxelloise avec la nomination de Romano Prodi. Des intervenants notent néanmoins que la faiblesse de l’euro contre dollar limite la marge de manœuvre de la BCE. Même tendance à Francfort où l’espoir d’une trêve au Kosovo a permis au Xetra-Dax des transactions électroniques de gagner 2,46 % à 5 022,27 points et au Dax à la criée de progresser de 1,03 % à 4 965,29. Mannesmann a brillé avec une hausse de 4,7 % après le rachat par sa filiale Arcor de son concurrent Otelo Communications GmBH pour 2,25 milliards de marks. Veba et RWE, très activement traités, ont gagné respectivement 3,9 et 3,1 %. À Madrid, où l’Ibex-35 a terminé en hausse de 2,78 %, Telefonica s’est distingué avec une progression de 5,62 % à 41,5 euros. Les intervenants soulignent que le titre était surévalué par rapport à ses homologues européens.
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