Les bombardements de l’Otan en Serbie bloquent toute issue à la crise chez les Serbes de Bosnie, et aident les nationalistes à faire un «traître» du meilleur allié de la communauté internationale, Milorad Dodik. Quand le Premier ministre a tenté la semaine dernière de prendre la parole lors d’une réunion publique, il en a été empêché, pas seulement par les injures des extrémistes, mais par les sifflets de presque toute la foule. Le «bon ami des Occidentaux», comme le qualifie la TV de Belgrade, n’a cessé de perdre du terrain au fur et à mesure que l’hostilité à l’égard des étrangers nourrit le courant ultranationaliste en Republika Srpska (RS). Pendant ce temps, retranché dans Banski Dvor, l’immeuble de la présidence à Banja Luka, un mois après son limogeage par la communauté internationale, le président nationaliste Nikola Poplasen ne donne aucun signe de vouloir partir au beau milieu de la crise du Kosovo. M. Poplasen, assure un analyste, avait envisagé de se soumettre à condition qu’une nouvelle majorité se forme autour d’un nouveau Premier ministre, Mladen Ivanic, et que M. Dodik quitte les affaires. Les raids de l’Otan, souligne la même source, ont fait capoter ce projet, un retrait de M. Poplasen équivalant à un suicide politique aux yeux des Serbes de Bosnie alors que leurs frères de Serbie sont sous les bombes. Les institutions restent donc paralysées, avec un président que ne reconnaît plus la communauté internationale, et un Premier ministre qui n’en finit plus d’être sortant depuis septembre, et largement discrédité. La coalition Sloga, sur laquelle s’appuyait le Haut représentant civil Carlos Westendorp pour garder la RS sur le cap modéré, est fissurée, depuis que le Parti socialiste (SP RS) a lâché M. Dodik. À l’Assemblée nationale, l’atmosphère a changé depuis les bombardements de l’Otan, note le même analyste. À l’acceptation tacite qu’un gouvernement devait être assuré du soutien de la communauté internationale, a fait place la volonté de former un gouvernement uniquement conforme au choix des partis, qu’il plaise ou non à M. Westendorp et à ses commanditaires occidentaux. Sur fond de haine des étrangers et de mise à sac des locaux de leurs organisations, les exigences des députés ultranationalistes se font de plus en plus insistantes. Le Parti démocratique serbe (SDS), l’ancienne formation de Radovan Karadzic que recherche la justice internationale pour crimes pendant la guerre de Bosnie, veut désormais non seulement entrer au gouvernement mais ne pas s’y contenter de portefeuilles de second plan. Faute de cette assurance, le SDS a refusé lundi, lors d’une réunion des chefs de partis, de participer à une éventuelle session d’urgence du Parlement. Quant au Premier ministre désigné, M. Ivanic, un économiste indépendant et respecté, il attend en silence que se calme le fracas des armes et des divisions politiques.
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