Le Haut commissariat de l’Onu pour les réfugiés (HCR) a accusé mercredi le gouvernement du président Slobodan Milosevic de livrer le Kosovo à des «brutes» pour vider la province du plus grand nombre d’Albanais le plus vite possible loin de tout témoin. Une semaine après le début des frappes de l’Otan sur la Yougoslavie, des civils continuaient de fuir par milliers et sans répit le Kosovo vers ses voisins, a dit un porte-parole du HCR, Kris Janowski. «Nous nous attendons à un immense défi sur le plan humanitaire en Albanie, en Macédoine et au Monténégro. Mais notre préoccupation principale et la plus grave concerne le Kosovo», a-t-il dit . «Parce qu’il s’agit d’une situation où des civils sont fondamentalement livrés à des soldats et bandes de brutes revanchardes à la pire réputation» après que toutes les organisations humanitaires internationales et les observateurs étrangers sont partis, a ajouté M. Janowski. «Le gouvernement serbe se sert de troupes, de voyous et de tout pour tenter de vider le Kosovo d’autant d’Albanais que possible aussi vite que possible. Voilà ce qui se passe», a affirmé M. Janowski. Le HCR qui a quitté le Kosovo la semaine dernière n’a plus de délégué sur place mais, a dit le porte-parole, les témoignages des réfugiés et les récits recueillis par les journalistes convergent. Interrogé pour savoir s’il était possible de chasser toute la population d’origine albanaise, 90 % des deux millions d’habitants du Kosovo avant la guerre, il a répondu : «Espérons que ce ne soit pas possible mais ils s’y emploient». Les réfugiés viennent de toutes les régions du Kosovo et cette diversité ne confirme pas les théories selon lesquelles le président Milosevic chercherait à vider le Nord de sa population dans la perspective d’une partition, a-t-il dit. Le HCR s’inquiète aussi d’un prochain manque de vivres au Kosovo. «Toutes les chaînes traditionnelles de ravitaillement sont coupées, fondamentalement», a dit Kris Janowski. Le HCR, qui se refuse à prescrire l’envoi de soldats de l’Otan au sol, a renforcé ses équipes notamment en Albanie où, mercredi, plus de 100 000 réfugiés étaient arrivés depuis le début de l’intervention alliée le 24 mars. Dans la seule journée de mardi, 16 000 personnes ont traversé la frontière et, selon des témoignages, 20 000 autres étaient en route, a dit le porte-parole. En Macédoine, le HCR négociait avec les autorités une réouverture de la frontière fermée mardi. Une centaine de voitures étaient immobilisées sur la route du côté Kosovo, avec quelque 600 personnes à bord. «Ce n’est que la partie visible de l’iceberg», a dit le porte-parole. Quelque 6 500 personnes ont néanmoins réussi à se réfugier en Macédoine mardi en passant par la montagne à pied, a dit M. Janowski. Une femme a accouché sur la route, a-t-il ajouté. Quelque 14 000 personnes sont arrivées en Macédoine depuis le début des raids aériens et au moins 20 000 autres au Monténégro. Avec les 86 000 en Albanie, cela fait quelque 120 000 réfugiés en une semaine, selon le HCR. En comptant les réfugiés et déplacés avant l’intervention de l’Otan, plus du quart de la population civile du Kosovo a été chassée de chez elle.
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