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Actualités - Reportages

Un marché encombré et un été trop long(photos)

On l’aura suffisamment dit, l’économie libanaise est en crise et rares sont les secteurs d’activité qui en réchappent. Le commerce du collant ne fait pas exception et les professionnels se trouvent confrontés à des difficultés non seulement commerciales, mais aussi atmosphériques. Un champ de bataille où les combattants se font de plus en plus nombreux. Devant l’accroissement du nombre de marques dans le pays, on pourrait penser que le commerce du collant va à merveille. Sans pour autant être dans une situation dramatique, le marché souffre cependant de cet encombrement, d’autant que d’autres contraintes compliquent encore la situation. «En quarante ans, notre population est restée à 3 millions d’habitants, alors que le nombre de points de vente et de marques augmente», observe Assaf Dib, d’al-Madina Sport. «Il y a plus de 20 marques importées sur le marché», précise Abdallah Skaff, des Éts Michel Sabbagh & Cie. Pourtant, cette hausse des concurrents sur le marché n’inquiète pas outre mesure les professionnels installés depuis longtemps au Liban. «Depuis 30 ans, il y a Dim et Le Bourget implantés au Liban, explique Daniel Tchakedjian, directeur de National Distributing Company. Nous sommes suffisamment bien installés pour ne rien avoir à craindre. De plus, la clientèle reste généralement fidèle à une marque et la marque évolue avec elle». À l’inverse, cet argument n’inquiète pas nécessairement les nouveaux venus sur le marché. «Si le packaging sait attirer l’attention de la cliente, elle essaiera toujours une nouvelle marque, assure Diana Elmas, responsable de la publicité chez Diamony. La mode, le rapport qualité-prix, les nouveautés peuvent convaincre le public». Mais pour aller plus loin, Khalil Dagher, directeur de Linea Cosmotime, observe un travers dangereux lié à l’augmentation des marques : «Dans ce contexte économique difficile et avec le problème de liquidités, une nouvelle technique est mise en place par les distributeurs qui n’arrivent pas à s’introduire sur le marché : la vente en consignation. Le vendeur n’est pas forcé de payer immédiatement la marchandise, et il rend ses invendus à la fin de la saison ; ce n’est pas motivant pour le vendeur et cela perturbe le marché». Mode et climat à contre-courant Bien qu’il fasse la joie des amateurs de chaleur, le prolongement de la saison d’été ajoute un obstacle supplémentaire à la vente de collants. «Cela fait deux ans qu’au Liban les hivers sont très courts, regrette Khalil Dagher. Il y a à peine deux mois de froid, alors qu’avant nous vendions de septembre à début mai. Comme, en plus, les produits sont de meilleure qualité et s’abîment donc moins vite, il faut que producteurs et distributeurs trouvent de nouveaux arguments de vente». «Les collants sont devenus saisonniers, approuve Daniel Tchakedjian. Les collants opaques ne se vendent pas, il faut importer des collants fins. Nous avons d’ailleurs été les premiers à lancer des collants d’été, qui aèrent la jambe et lui donnent une couleur bronzée. Cela nous permet de vendre autant de collants en été qu’en hiver». En tant qu’accessoire, le collant est évidemment dépendant des tendances vestimentaires qui, depuis quelques années, ne lui font pas la part belle. «Nous sommes extrêmement dépendants de la mode, indique Daniel Tchakedjian. Cette année, ça tombe mal car elle est aux jupes longues et aux pantalons». «Il faut désormais s’intéresser à l’“active wear”, note Khalil Dagher. La femme travaille plus souvent, et s’habille différemment. Elle porte plus de pantalons, ce qui modifie la tendance vers les mi-bas qui augmentent de 20 à 25% chaque année dans notre groupe. La demande se modifie». Taux de douanes et production locale Avec des taux de douanes de 35%, les importateurs sont encore une fois confrontés au problème du prix de vente. «Les taux étaient de 23% il y a quelques mois, et ils ont haussé jusqu’à 35%, explique Abdallah Skaff. En fait, les frais totaux atteignent 50%. Nous avons été contraints de hausser nos prix quand l’article le supportait, et sinon, cela représentait un manque à gagner». D’autres professionnels revendiquent une manière différente d’aborder la question. «Les importateurs doivent proposer les prix les plus proches de ceux pratiqués en Europe, déclare Khalil Dagher. La clientèle sait que nous sommes déjà plus chers. Si l’objet de ces taux est de protéger la production locale, nous, les importateurs, demandons de plutôt réduire les taux à l’importation des matières premières. Les ministères ont tiré la tendance vers la hausse des prix, mieux vaut aller vers le bas en réduisant les frais du producteur sans pour autant hausser le coût de l’importation. Tous les collants seraient disponibles à moins cher». Les producteurs locaux peuvent rétorquer qu’eux aussi ont subi une hausse des taux de douane à l’importation des matières premières. «Le taux est passé de 2% à 4%, puis à 6%, observe Jean Tufenkji, des collants Volt. Cela a été une hausse de plus de 100%. Heureusement, il a enfin été réduit à 3%». Une fois de plus, producteurs locaux et importateurs se trouvent en porte à faux. «La production locale n’a, ni au Liban ni dans d’autres pays, le niveau de production mondial. Sinon, pourquoi ne se développe-t-elle pas plus vite ?, s’étonne Khalil Dagher. Et puis, je sais que certains producteurs locaux achètent à l’étranger et emballent au Liban. Ce n’est pas ce que j’appelle une production locale, et si c’est cela que les taux de douanes protègent, je n’en vois pas l’intérêt». Du point de vue des producteurs, la situation n’est pas simple non plus. «Il y a quelques années, nous ne sentions pas la présence des importateurs, regrette Jean Tufenkji. Mais aujourd’hui, ils nous créent une véritable concurrence, les Italiens en particulier dont les prix ont baissé. Mais nous avons cependant l’avantage d’être sur le marché et de pouvoir satisfaire immédiatement le client, car nous pouvons produire entre 800 et 1 000 douzaines par jour et nous pouvons adapter notre production. De plus, notre main-d’œuvre est meilleur marché». L’avenir dira donc si, en fin de compte, le marché finira par s’assainir de lui-même et permettra une cohabitation de tous les professionnels.
On l’aura suffisamment dit, l’économie libanaise est en crise et rares sont les secteurs d’activité qui en réchappent. Le commerce du collant ne fait pas exception et les professionnels se trouvent confrontés à des difficultés non seulement commerciales, mais aussi atmosphériques. Un champ de bataille où les combattants se font de plus en plus nombreux. Devant l’accroissement du nombre de marques dans le pays, on pourrait penser que le commerce du collant va à merveille. Sans pour autant être dans une situation dramatique, le marché souffre cependant de cet encombrement, d’autant que d’autres contraintes compliquent encore la situation. «En quarante ans, notre population est restée à 3 millions d’habitants, alors que le nombre de points de vente et de marques augmente», observe Assaf Dib, d’al-Madina...