L’Église catholique allemande a finalement cédé à l’injonction du pape Jean-Paul II en décidant de cesser de délivrer des certificats permettant aux femmes d’avorter, ce qui risque de signifier la fermeture de ses centres de conseil au profit des laïcs. À l’issue d’une réunion de deux jours à Würzburg (sud), les évêques ont convenu de cesser de délivrer dans le courant de l’année prochaine, à l’issue d’une période de transition, ces certificats dans les quelque 270 centres de conseil (sur 1 690) animés par l’Église catholique dans le pays. Ils ont également décidé d’examiner dans quelle mesure il leur était possible de rester malgré tout dans le système de conseil. La ministre de la Santé Christine Bergmann a cependant immédiatement averti que cette décision signifiait pour l’Église «la sortie du système de conseil à l’avortement». «Je regrette profondément la décision des évêques. Ils ont déçu la confiance des femmes proches de l’Église catholique», a-t-elle ajouté dans un communiqué. La porte-parole des Verts pour les questions religieuses, Christa Nickels, a dénoncé une «politique indigne menée sur le dos des femmes». Le président de la conférence épiscopale, Karl Lehmann, qui avait tenté par tous les moyens ces derniers mois de trouver un modus vivendi empêchant la désertion par l’Église des centres de conseil, a lui aussi dit sa déception. «Nous avons combattu et nous avons perdu», a-t-il déclaré. À l’opposé, la figure de proue des opposants aux certificats, l’évêque de Fulda Johannes Dyba, a qualifié la décision de «bon pas dans la bonne direction». «Maintenant commence l’année sainte, maintenant nous aurons de tout autres soucis et joies», a-t-il ajouté, rayonnant. Réitérée depuis des mois, la demande du pape revenait à exiger des évêques qu’ils résolvent la quadrature du cercle, puisqu’il leur enjoignait de ne plus délivrer de certificats tout en restant dans les centres, alors que ceux-ci ont précisément pour mission de délivrer les certificats. Jean-Paul II avait redemandé jeudi à l’Église d’Allemagne de «rendre avec unanimité et clarté son témoignage en faveur de l’Évangile de la vie», lors d’une audience à un groupe d’évêques de ce pays venus au Vatican. Des pourparlers doivent à présent avoir lieu avec les autorités des différentes régions sur une période de transition, le système de conseil étant organisé différemment selon les Länder (États régionaux), ont ajouté les évêques. Il semblait que la poursuite du conseil catholique dans les centres pourrait avoir lieu par le biais des laïcs. Le responsable du Bureau catholique de Bonn, Paul Bocklet, a ainsi souligné que les évêques comptaient examiner l’an prochain si et comment l’activité de conseil peut être remise entre les mains des catholiques n’appartenant pas au clergé. L’avortement, dépénalisé au cours des douze premières semaines de grossesse à condition que les femmes obtiennent au préalable un certificat de consultation auprès d’un centre de conseil, est un thème délicat en Allemagne comme l’illustre aussi le chaotique lancement de la pilule abortive.
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