«Il y a cent ans, au XXe siècle, l’Irak était gouverné par Saddam Hussein». À califourchon sur un chameau, le narrateur raconte «l’épopée» du président irakien. Cette scène figure dans un film documentaire relatant la vie du chef d’État irakien réalisé par le cinéaste le plus en vue en Irak, Mohammed Choukri Jamil. Dans ce film, dont le tournage doit s’achever dans deux semaines, le réalisateur affirme vouloir apporter une réponse à la question de savoir «qui est Saddam Hussein», cet homme qui gouverne l’Irak depuis plus de 30 ans. Il y une dizaine d’années, la chaîne de télévision américaine CNN avait posé cette question lors d’une interview avec Saddam Hussein. Mohammed Jamil en reproduit l’extrait dans son film pour y répondre. Le documentaire pourrait être considéré par l’Occident comme de la pure propagande mais le réalisateur, qui a lui-même préparé les scripts en arabe et en anglais, espère que son film sera un succès grâce à sa renommée. «Le nouveau film est une réponse directe à la vaste campagne de dénigrement menée contre la direction de l’Irak», déclare le directeur général du département irakien du cinéma et du théâtre, Farouk Salloum. «Il sera diffusé par les télévisions du monde entier en réponse à la campagne hostile» à l’Irak, ajoute-t-il. Le film, intitulé Compte à rebours, compte ascendant, s’ouvre dans l’obscurité au son de marteau de forgeron s’abattant sur une enclume. Il est parsemé de scènes des guerre des époques ottomane, britannique et contemporaine, filmées sur les lieux où les batailles se sont déroulées en Irak. Sous Saddam Hussein, l’Irak est entré en guerre contre l’Iran de 1980 à 1988, a envahi le Koweït et perdu la guerre du Golfe, qu’il a surnommée «la mère de toutes les batailles». Depuis août 1990, le pays croule sous un régime de sanctions d’une sévérité sans précédent. Qui est alors ce Saddam Hussein, le pauvre enfant adoptif de la ville de Takrit qui a dominé le siècle avec des figures comme Mao et Castro? Est-ce un grand dirigeant ou ... ? «Qu’on l’aime ou pas, pour l’histoire il sera un grand dirigeant», dit M. Jamil. La place de Saddam Hussein dans l’histoire est d’ailleurs un thème souvent évoqué dans la propagande officielle qui va jusqu’à le comparer au roi de Babylone Nabuchodonosor, qui prit Jérusalem en 587 avant Jésus-Christ. «Ce qui s’est passé dans les années 90 n’était pas un jeu mais une troisième guerre mondiale. C’est un désastre, comme un holocauste», estime M. Jamil, se gardant de donner son opinion personnelle sur le président, qu’il n’a jamais rencontré. Dans le film, un élégant irakien et des proches de Saddam Hussein incarnent les rôles de Saddam Hussein dans sa jeunesse, mais l’homme mûr est montré dans des extraits d’images documentaires. Le film n’offre aucun éclairage sur le véritable caractère de Saddam Hussein, qui se tient ces dernières années à l’écart de la population, se réfugiant derrière un culte de la personnalité qui a atteint des sommets. Le réalisateur reconnaît qu’il n’est pas facile de produire un film en Irak. «Il faut frapper sur beaucoup de portes», dit-il. «Je suis très connu ici. Je n’appartiens pas à un parti, je n’ai pas amassé une fortune. Je suis un vrai Irakien», souligne M. Jamil. «J’aime mon pays et je veux faire quelque chose de bien pour mon pays. Si vous faites cela, tout le monde vous aime et vous respecte», ajoute-t-il. Et la fin du film ? «La vie continue, après tout ce qui s’est passé, la vie continue», dit-il.
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