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Actualités - Opinion

Tribune Bresson, un écrivain de lumière(photo)

Fady Stephan, qui a bien connu Robert Bresson, nous envoie le témoignage suivant: C’est un grand déchirement que de voir partir ce grand poète du silence, Robert Bresson. Un vœu exprimé devant le sarcophage d’Ahiram à une dame qui, à ma surprise, se révéla être sa plus vieille amie (ils s’étaient connus à l’école d’un peintre «Nabi»), m’amena à le rencontrer et à le connaître ; et c’était bien l’alphabet phénicien qui avait permis que s’enchaîne pour moi l’encre de lumière à l’écriture graphique. De l’alphabet gravé dans la pierre de Byblos à l’oméga de l’œil de la caméra, je retrouvai Bresson à Paris, comme à l’autre bout de la chaîne. Il me demanda un jour de lui lire le début de La Genèse en hébreu, en syriaque et en arabe, car il pensait en faire le sujet de son dernier film. Ne venais-je pas du pays qui avait inventé ou diffusé l’alphabet, et lui de celui qui avait trouvé le cinéma art et langage ? N’en est-il pas un des créateurs les plus décisifs ? Pour Truffaut, Bresson est l’inventeur de l’un des deux genres possibles au cinéma : celui de Hitchcock et celui de Bresson. J’eus l’occasion de le voir souvent, dès 1977, à Paris où je poursuivais mes études. C’est en sa compagnie que je vis la première projection privée de Lancelot du Lac et de Le Diable Probablement (où jouais le fils de Michel Deguy, venu dernièrement à Beyrouth dans le cadre du colloque sur G. Schéhadé). Je retiens ses lettres merveilleuses, réconfortantes, comme des bribes de phrases, demi-réponses à mes questions : «Le cinéma, c’est quoi ? – Le cinéma est une écriture, répond-il... Ou encore, si terriblement humble : dans au Hasard Baltazar, que symbolisent les yeux de l’âne ?» La caméra ? «L’âne c’est moi !», dit-il encore. Jamais son affection ne s’est démentie, et aux dernières nouvelles, comme je leur demandai (lui et sa femme Mylène Van Der Mersh sa collaboratrice dans quelques-uns de ses plus beaux films) s’ils se trouvaient bien dans leur maison de campagne près de la forêt de Rambouillet, leur «Brocéliande», «ce mois de septembre (98) est délicieux, répondirent-ils. Il fait bon et beau et des chevreuils ont élu domicile chez nous. Matins et soirs nous sommes ravis de les voir sortir du bois pour manger nos pommes». N’étions-nous pas toujours autour de la table ronde, et lui, déjà parti, n’est-ce pas à la poursuite de son Graal ? Ce poète de l’écran qui n’a pas démérité de la poésie primitive d’un Chrétien de Troyes et grâce au pouvoir de persuasion de qui, un jour, sera bannie l’odieuse chaise électrique ? Car un condamné à la vie d’aujourd’hui, s’est échappé...
Fady Stephan, qui a bien connu Robert Bresson, nous envoie le témoignage suivant: C’est un grand déchirement que de voir partir ce grand poète du silence, Robert Bresson. Un vœu exprimé devant le sarcophage d’Ahiram à une dame qui, à ma surprise, se révéla être sa plus vieille amie (ils s’étaient connus à l’école d’un peintre «Nabi»), m’amena à le rencontrer et à le connaître ; et c’était bien l’alphabet phénicien qui avait permis que s’enchaîne pour moi l’encre de lumière à l’écriture graphique. De l’alphabet gravé dans la pierre de Byblos à l’oméga de l’œil de la caméra, je retrouvai Bresson à Paris, comme à l’autre bout de la chaîne. Il me demanda un jour de lui lire le début de La Genèse en hébreu, en syriaque et en arabe, car il pensait en faire le sujet de son...