Depuis plus de cinquante ans, une organisation et des individus veillent sur l’être et le bien-être des hommes, se battant avec des lois, sur le papier, des actes, en pratique, pour construire un idéal de vie et de société, défendre les droits de l’humanité et le respect de chacun. L’Unicef travaille sur le terrain, les terrains minés où guerres et désastres ont laissé, durant cette fin de siècle, des dégâts considérables. Le 11 décembre 1946 naissait le «United Nations International Children’s Emergency Fund», en réponse à l’urgence engendrée par la Seconde Guerre mondiale. Trois ans plus tard, l’organisation intégrait de manière permanente les Nations unies. Présente dans 161 pays, avec 125 bureaux dans le monde, elle ne cesse de brandir ses objectifs clairs, invariables, faire respecter les droits de l’enfant, futur bâtisseur d’une société nouvelle, car «nous sommes tous nés avec des droits», droits à la dignité, surtout. La Convention des droits de l’enfant fut ratifiée en novembre 1989 par tous les participants, à l’exception de deux pays, devenant ainsi le document porte-parole des droits de l’homme, universellement accepté et approuvé avec, pour objectif, d’assurer aux enfants, sans discrimination aucune, santé, éducation, droits civils et sociaux, et de les protéger contre les guerres, abus ou exploitations en tout genres. «L’enfant est là, il va continuer à naître … C’est pour lui que nous œuvrons», pour que «chaque enfant ait la même espérance de vie». M. Ekrem Birerdinc représente bien, avec sa fougue, sa détermination et son espoir concret d’un monde meilleur, l’organisation qu’il a rejointe «depuis de longues années». Il a travaillé dans tous les «points chauds» du globe, parcouru les continents, vécu les changements importants du paysage politique mondial. «J’ai ouvert plusieurs bureaux de l’Unicef dans des pays qui venaient d’acquérir leur indépendance, notamment ceux qui se sont séparés de la Russie. J’ai surtout travaillé les dossiers brûlants des Nations unies, c’est peut-être pour cela que je suis ici, aujourd’hui». M. Birerdinc est en «mission» au Liban depuis quelques mois, avec la ferme décision de faire bouger les choses, «n’en déplaise à beaucoup. Je ne suis pas un ambassadeur», dit-il en frappant sur la table. Douce poigne de fer de cet homme au regard et aux perspectives bien définis. «Le Liban, de par sa structure et son contexte actuel, l’arrêt des conflits, de par les degrés de développement, social et économique qu’il a atteint, est devenu pour nous une nouvelle plate - forme de travail. Le travail de coopération technique et de développement que l’Unicef doit formuler nécessite une nouvelle approche, nouvelle systémique et comptabilisation des faits et donc l’utilisation d’outils différents pour répondre aux besoins différents. C’est un grand défi à relever». Un défi parmi tant d’autres, à relever avec ou contre des chiffres accablants. «L’homme, en cette fin de siècle, a sans doute souffert, plus que jamais…». Ces dernières années ont, en effet, enregistré 2 millions d’enfants victimes des guerres «des grands», 6 millions d’enfants blessés, 12 millions de sans-abri et plus d’un million d’orphelins ou d’enfants séparés de leurs familles. La survie de cet être dans un monde rongé par les conflits armés, mais aussi les maladies et les famines, est un combat difficile, important. Et qui peut, dans ce monde qui change, se transformer en victoire… L’Unicef au seuil de l’an 2000 «Il faut se rendre compte, d’une façon très concrète, poursuit M. Birerdinc, avec la même fougue, que le monde est en train de changer très vite; le monde de l’Onu également. Nous sommes forcés de suivre l’évolution de ce monde, au même titre qu’il ne peut plus, aujourd’hui, nous malmener! Certains éléments de changement sont positifs, et nous les utilisons à bon escient. Le XXe siècle a été celui de l’information, de la technologie, avec l’émergence de l’informatique et des différents moyens de communication qui ont fait du monde un endroit plus petit. L’accès à cette information n’est plus restreint à un groupe d’âge ou de profession. Les gens sont plus mobiles, les voyages possibles, pour tous. Finalement, ce qui se passe dans le monde est devenu l’affaire de tous. L’homme a, il est vrai, négligé de nombreux éléments indispensables pour sa survie, dont l’environnement, mais il a commencé à réfléchir, parler, expérimenter des choses fondamentales, comme la démocratie. Elle commence dans la tête et finit là». L’Unicef a su profiter des moyens performants mis à sa disposition, pour augmenter son efficacité. «En utilisant les nouvelles sciences et technologies, nous avons réussi à lutter contre de nombreuses maladies, être présents partout et sauver un plus grand nombre de vies humaines». Son action est menée à travers les gouvernements, les ONG, mais aussi les écoles, les familles et les enfants eux-mêmes. La meilleure illustration de cette communication positive demeure les cartes de Noël, qui représentent aujourd’hui 5 à 6 % du budget de l’Unicef. «En 1948, une petite Tchèque a eu l’idée de dessiner une carte de Noël, pour remercier l’organisation, à sa façon. La carte fut imprimée et vendue». Depuis, la tradition se poursuit. De nombreux artistes célèbres et des grands musées ont fait des donations, et des artistes en herbe, sélectionnés par un comité, signent chaque année leurs premières œuvres. «Les problèmes de l’enfance, conclut Ekrem Birerdinc, ne seront jamais définitivement réglés. Ce combat pour leur survie ne s’achèvera jamais…». Les dessins de Noël viennent, à leur façon, rappeler à chacun que beaucoup reste à faire. Petit grain de sable dans les sables mouvants de la folie des hommes, d’où s’échappent toutes les couleurs du monde, versant sur le désarroi de tous ces enfants malmenés un sourire plein d’espoir.
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