Les champions ne meurent jamais, ils se fiancent. Dans le plus parfait mélo tennistique qu’aucun scénariste n’aurait osé imaginer, Andre Agassi et Steffi Graf l’ont prouvé cette année. L’un, surgi de nulle part, s’est hissé au premier rang mondial grâce à une démonstration de force qui lui a valu deux sacres, à Roland-Garros et à l’US Open. L’autre, revenant de blessure et de désillusions, a mis un point d’honneur à enlever son 22e tournoi du Grand Chelem sur la terre battue d’Auteuil avant d’annoncer ses adieux le 13 août, un mois après avoir fêté son trentième anniversaire. Pour comprendre le caractère presque miraculeux de cette renaissance, il faut remonter à l’année 1997. Agassi a sombré dans les profondeurs du classement ATP, sous la 100e place. Graf, minée par les blessures, a chuté dans une moindre mesure, à la 28e place. En 1998, tous deux reviennent à bonne allure pour terminer l’année l’un à la sixième place, l’autre à la neuvième. Mais aucun triomphe n’est venu ponctuer ce retour. Les Internationaux de Melbourne, en janvier 1999, confirment l’emprise de la Suissesse Martina Hingis sur le tennis féminin, face à la révélation française Amélie Mauresmo. Ils relancent aussi la carrière d’Evgueni Kafelnikov, pour la deuxième fois sacré dans un tournoi du Grand Chelem après Roland-Garros en 1996. Il faut attendre l’étape parisienne pour assister au miracle. Pour Agassi, qui n’a remporté jusque-là que le tournoi de Hong Kong, le court central de la Porte d’Auteuil est le lieu des occasions perdues, deux finales en 1990 et 1991. Mais cette troisième finale, face à un autre revenant, Andreï Medvedev, sera la bonne. Bien que mené deux sets à zéro, le Kid de Las Vegas réussit une remontée époustouflante. «Je crois qu’il est le seul gars capable de revenir de nulle part», résumera après coup son entraîneur Brad Gilbert. Le public a joué une belle part dans ce succès, applaudissant bruyamment chacun de ses coups gagnants. Il s’était échauffé la veille dans une finale féminine tout aussi mémorable entre Hingis et Graf. L’Allemande, également menée un set à rien, annule l’avantage en serrant les dents puis déstabilise sa cadette de onze ans avant de la déborder. Hingis ira cacher ses larmes dans les vestiaires après avoir craqué sur le court. La révélation Hewitt À Wimbledon, Steffi s’inclinera en finale face à Lindsay Davenport, discrètement efficace tout au long de la saison. Un mois plus tard, elle annonce ses adieux définitifs. Les gazettes annonceront ensuite l’idylle qu’elle entretient avec Agassi. Sur le gazon du All England Club, ce dernier affronte celui à qui il a volé la vedette, Pete Sampras, numéro un mondial depuis six années handicapé par un dos douloureux. Sampras s’impose en patron. Agassi se vengera en décrochant l’US Open pour la deuxième fois de sa carrière aux dépens de Todd Martin. Il enchaînera avec une victoire à l’Open de Bercy puis une finale au Masters de Francfort avec, de nouveau, une défaite face à Sampras. Le duel somptueux entre les deux hommes fait oublier un problème inhérent au tennis américain : le manque de relève. Les jeunes talents ont éclos ailleurs : le Slovaque Dominik Hrbaty par exemple mais surtout Lleyton Hewitt, un Australien redoutable qui rappelle par sa ténacité et son revers à deux mains le Jimmy Connors de la grande époque. Hewitt, 19 ans, s’est signalé au printemps sur ses terres en remportant le tournoi de Delray Beach. Il s’illustre en demi-finale de la Coupe Davis en battant Kafelnikov puis joue la finale face à la France. Ce Saladier d’argent, le 27e de leur histoire, les Australiens le doivent à Mark Philippoussis, un homme à suivre en 2000 avec le Suédois Thomas Enqvist, vainqueur à Stuttgart et Stockholm, finaliste à Melbourne. Si les Tricolores se sont bien battus, le capitaine John Newcombe ne cache pas qu’il lui tarde désormais d’affronter en 2000 des États-Unis emmenés par John McEnroe et forts d’une équipe où Agassi et Sampras ont promis de figurer. Chez les filles, les États-Unis n’ont en revanche pas de craintes à avoir quant à l’avenir. La Dream Team, composée de Davenport, Monica Seles et des sœurs Williams, l’a démontré en remportant haut la main la Fed Cup face à la Russie. Venus et Serena Williams, respectivement troisième et quatrième mondiales en fin de saison, ont confirmé les espoirs placés en elles. Serena a remporté l’US Open et la Coupe du Grand Chelem, Venus attend toujours une victoire en Grand Chelem mais elle promet de corriger cela l’an prochain. Avec Hingis, Davenport sur leur chemin, mais aussi la France, deuxième nation du Top 10 derrière les Américaines grâce à une saison d’exception – sept victoires en tournoi –, les deux Californiennes permettent au tennis féminin d’envisager l’avenir avec optimisme. Le tennis masculin, lui, a tablé sur une refonte totale - une sorte de «championnat du monde» par saison – pour reconquérir son public. Car l’histoire d’Andre et Steffi ne se reproduira pas de sitôt. Sampras et Agassi rejoueront la Coupe Davis D’autre part, Pete Sampras et Andre Agassi défendront à nouveau les couleurs américaines en Coupe Davis de tennis en 2000, a annoncé hier à White Plains (New York) le nouveau capitaine de l’équipe des États-Unis, John McEnroe, au cours d’une conférence de presse. Sampras, n° 3 mondial, et Agassi, n° 1 mondial, joueront avec les États-Unis dès le premier tour contre le Zimbabwe, du 4 au 6 février à Harare, aux côtés de Todd Martin et Alex O’Brien. «L’une de mes priorités sera de faire jouer Pete et Andre», avait déclaré l’ancien champion lors de sa nomination en septembre. Début octobre, John McEnroe n’était pas persuadé de pouvoir convaincre ses deux vedettes dès le premier tour pour le long périple en Afrique australe. La rencontre se déroulera en effet peu après l’Open d’Australie, premier tournoi du Grand Chelem de l’année, et juste avant le début de la campagne américaine en salle. Sampras, 28 ans, et Agassi, 29 ans, seront réunis pour un match de Coupe Davis pour la première fois depuis quatre ans et une demi-finale contre la Suède, gagnée 4 à 1 fin septembre 1995 à Las Vegas. «Pete avait déjà émis le désir de revenir, a déclaré McEnroe au sujet de l’ancien n° 1 mondial. Il a exprimé un vif intérêt pour jouer les simples et le double». « Un de mes objectifs » «C’est un de mes objectifs et une expérience unique, a affirmé de son côté Sampras. Une expérience d’autant plus intéressante que j’aurai à mes côtés Andre, Todd, Alex, et John comme capitaine». Pete Sampras, après une blessure au dos l’ayant éloigné des courts pendant plus de deux mois, a bien terminé sa saison en remportant le Masters. Il a brandi dans sa carrière deux fois le Saladier d’argent en 1992 et 1995, mais n’avait plus participé à l’épreuve depuis la finale 1997 perdue contre la Suède, prétextant un manque d’intérêt du public américain et un emploi du temps trop chargé, avant un timide retour en demi-finale cette année contre l’Australie en double. L’année dernière, Agassi, 29 ans, avait indiqué ne plus jamais vouloir jouer en Coupe Davis pour protester contre le choix de Milwaukee comme ville d’accueil de la demi-finale contre l’Italie. Il aurait souhaité que cette rencontre se joue à Las Vegas, sa ville natale. En Coupe Davis, Agassi compte 26 victoires et seulement 5 défaites. Todd Martin, 29 ans également, termine l’année à la 7e place mondiale, grâce notamment à une finale à l’US Open. Alex O’Brien a remporté le 21 novembre le Masters de double, associé au Canadien Sébastien Lareau. «Je ne crois pas qu’ils puissent nous battre, mais nous devons jouer cette rencontre en altitude, un paramètre à ne pas négliger», a déclaré «Big Mac». Contre les États-Unis, le Zimbabwe sera emmené par les frères Wayne et Byron Black.
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