Le discours glacial du chef de la diplomatie syrienne Farouk al-Chareh et son refus de serrer en public la main au Premier ministre israélien Ehud Barak, mercredi à Washington, ont refroidi les Israéliens, déjà sceptiques sur la possibilité de faire la paix avec Damas. «J’ai regardé la cérémonie à la télévision et ce discours m’a presque fait pleurer», a reconnu devant des journalistes le ministre travailliste de la Justice, Yossi Beilin. M. Chareh a jeté un froid à la Maison-Blanche en insistant d’emblée sur un retrait intégral du plateau du Golan, conquis par l’État hébreu lors de la guerre des Six-Jours de juin 1967, et en faisant porter à Israël la responsabilité de cette guerre. «L’agressivité de M. Chareh prouve que le président syrien Hafez el-Assad se préoccupe non pas de paix, mais de la survie de son régime», a estimé à la radio le ministre de l’Intérieur et chef du parti russophone Israël Be Aliya (4 députés), Nathan Chtcharansky. Pour le chef du Likoud (opposition de droite), Ariel Sharon, «ce discours, humiliant pour Barak, est révélateur des véritables intentions de la Syrie». «Tous deux se serreront la main lorsque le retrait d’Israël de l’ensemble des territoires aura été finalisé», a-t-il ajouté ironiquement. A mots couverts, le chef de la diplomatie David Lévy a reconnu avoir été surpris par son homologue syrien, «mais la glace a ensuite été brisée», a-t-il indiqué jeudi à la radio. «Froid ou pas, c’est sans importance. Ce qui compte, c’est le nouveau Proche-Orient qui se profile», a réagi le ministre de la Coopération régionale, Shimon Peres. Cependant les médias israéliens ont unanimement déchanté à ce sujet. «Les Syriens sont toujours les mêmes Syriens», titrait Nahum Barnéa, l’éditorialiste du quotidien Yédiot Aharonot. Il faisait référence à la phrase célèbre de l’ex-Premier ministre de droite Yitzhak Shamir, «la mer est toujours la même mer et les Arabes sont toujours les Arabes». «M. Chareh était aussi gris que le ciel de Washington. Son discours de 12 minutes, imprévu par le protocole tant pour sa durée que par son contenu, est un début boiteux sur le chemin de la paix», selon M. Barnéa. «Tous les débuts sont difficiles», a répliqué son collègue du Maariv, Hemi Shalev. Regrettant que M. Chareh ait «gâché la fête», il ajoute que cela risquait d’endurcir le coeur des Israéliens et qu’il serait plus difficile, voire impossible, de les convaincre d’accepter un compromis par référendum. Plusieurs formations de droite organisent à titre gracieux depuis des mois, à l’intention du grand public, des excursions dans le Golan pour souligner l’importance stratégique cruciale de ce plateau qui surplombe la Galilée. Le Yédiot a recruté un psychologue expert du langage gestuel, Gabriel Ram, pour analyser les comportements des trois protagonistes de la cérémonie de mercredi à la Maison-Blanche. Selon le journal, «M. Chareh incarnait le refus en s’accrochant à son discours écrit, alors que M. Barak a exprimé un désir d’ouverture en le dévisageant. Arbitre de la situation, Bill Clinton a entouré de son bras les épaules de M. Barak, tournant ainsi le dos au Syrien». «La bonne nouvelle dans le discours (de Chareh) est que peut-être Assad n’a reçu aucun engagement ferme ni de Barak, ni de Clinton sur un retrait jusqu’aux lignes du 4 juin 1967. La mauvaise nouvelle est que la Syrie d’Assad n’est pas encore prête à des contacts directs normaux (...)», ajoute-t-il. Délibérément dépassionné, le journal Haaretz se contentait de constater que les relations israélo-syriennes «ne sont pas une histoire d’amour».
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