La restitution du canal de Panama à ce pays le 31 décembre a été officialisée hier avec la signature de l’acte de rétrocession par les États-Unis, représentés par l’ex-président Jimmy Carter, et la présidente du Panama Mireya Moscoso. Une cérémonie célébrant cet événement historique pour la République du Panama a eu lieu sur le site de l’écluse Miraflorès qui précède la sortie des bateaux dans l’océan Pacifique après une traversée de 80 kilomètres dans l’isthme panaméen. Le roi Juan Carlos d’Espagne et six chefs d’État d’Amérique latine – Mexique, Colombie, Costa Rica, Équateur, Bolivie, Honduras – ont répondu à l’invitation des autorités panaméennes adressée aux pays utilisateurs du canal et à l’ensemble des pays du continent américain, à l’exception de Cuba. Le gouvernement français était représenté par la secrétaire d’État au Tourisme, Michelle Demessine. En l’absence du président Bill Clinton et de la secrétaire d’État Madeleine Albright, la délégation américaine était conduite par Jimmy Carter. En 1977, malgré une virulente campagne de l’opposition, le président Carter avait signé avec le général Omar Torrijos un traité fixant au 31 décembre 1999 la restitution du canal et d’une zone de 94 000 hectares, qui coupait en deux ce pays sans armée de 2,8 millions d’habitants, où plus de 135 banques internationales sont installées, et qui est réputé pour les avantages qu’il concède aux entreprises en matière de fiscalité. L’activité du canal constitue la première ressource du pays. Détenteurs de ce territoire à la faveur d’un traité signé en 1903, les États-Unis, dont une grande partie des échanges avec l’Asie transite par le canal, abandonneront ainsi définitivement leur autorité sur la gestion de l’ouvrage (au cours de l’année fiscale 1999, les droits de passage se sont élevés à 568,9 millions de dollars) et quitteront à la fin de l’année un emplacement hautement stratégique sur un plan militaire. Après l’échec du projet français mené par Ferdinand de Lesseps entre 1882 et 1890, le canal qui relie les océans Atlantique et Pacifique a été construit au début du siècle par les Américains et inauguré le 15 août 1914. Les États-Unis ont compté jusqu’à 60 000 militaires dans cette zone durant la Seconde Guerre mondiale et plusieurs dizaines de milliers pendant la période de la guerre froide. Le 19 décembre 1989, 26 000 soldats ont été engagés dans l’opération «Juste cause» qui a fait plusieurs centaines de morts dans la capitale panaméenne. L’intervention avait pris fin 16 jours plus tard avec l’arrestation du général au pouvoir, Manuel Antonio Noriega, condamné par la suite à 30 ans de prison aux États-Unis pour trafic de drogue. Depuis dix ans, les bases installées au Panama qui avaient abrité un temps le commandement des forces armées américaines de la zone Sud, étaient utilisées pour lutter contre le trafic de drogue organisé à partir des pays producteurs de cocaïne et par des unités spécialisées dans le renseignement. Malgré de multiples négociations, le Panama a refusé jusqu’à présent d’autoriser après le 31 décembre, une présence tant militaire que policière aux Américains qui souhaitaient poursuivre leur action contre les cartels colombiens depuis Panama. Dans un même temps, les autorités panaméennes ont ouvert de nouveaux espaces aux investisseurs asiatiques – Chine, Japon, Taïwan, Corée du Sud – attribuant notamment pour 25 ans le contrôle des deux ports les plus importants, l’un sur l’Atlantique et l’autre sur la Pacifique, à la compagnie Hutchinson Whampoa Ltd dirigée par un Chinois Li Kaching.
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