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Actualités - Chronologie

Une phase de développement inédite ou un signal du déclin pour l'UE

L’Union européenne s’est aventurée ce week-end dans une autre dimension et sur un autre continent sans avoir de vision claire de son avenir et sans disposer des instruments qui lui éviteraient de se perdre. Le sommet européen d’Helsinki restera dans les annales de la construction européenne pour avoir décidé d’ouvrir des négociations d’adhésion avec six pays de plus, portant le total à 12, et pour avoir accordé un statut de candidat à la Turquie. Mais Helsinki marquera-t-il le début d’une nouvelle phase de développement d’un idéal européen désormais étendu à tout un continent, et même au-delà, ou le signal de son déclin? Les Quinze n’ont en tout cas pas multiplié les précautions avant de mettre un pied en Asie avec la Turquie, dont moins de 10 % du territoire est situé sur le Vieux continent. Le Premier ministre luxembourgeoisc, Jean-Claude Juncker, a admis que le sommet ne s’était pas posé la question des frontières de l’Europe lorsqu’il s’est prononcé sur la Turquie. «J’avais voulu qu’on ait ce débat avant de se lancer vers d’autres cieux, mais on n’a pas voulu», a-t-il dit en émettant l’espoir que l’on cesse de «poser des gestes irréfléchis». L’Europe des 25 en 2004 ? Le président de la Commission européenne, Romano Prodi, a lui aussi estimé qu’il fallait sur ce dossier un «grand débat». Mais le saut a été fait avec la Turquie et il sera très difficile d’expliquer demain à l’Ukraine et après-demain à la Russie qu’il leur est impossible de devenir membres de l’UE. Le Premier ministre turc Bülent Ecevit a d’ailleurs des idées plutôt «décoiffantes» sur le sujet. «Inévitablement, les frontières de l’Europe vont s’étendre plus à l’Est, vers le Caucase, l’Azerbaïdjan, finalement vers l’Asie centrale et vers le reste de l’Asie», a-t-il déclaré samedi lors d’une conférence de presse à Helsinki. La nouvelle dimension du problème ne semble pas non plus avoir été totalement prise en compte lorsque les Quinze ont décidé de doubler, à 12, le nombre de pays qui mèneront avec l’Union européenne des négociations concrètes d’adhésion. Or, ils ont promis d’être prêts à accueillir dès 2004 les premiers pays qui auront achevé les négociations d’adhésion. À ceux qui s’inquiètent d’une échéance aussi rapprochée, ils répondent que chacun adhérera selon ses mérites, au cas par cas, et qu’il ne s’agit pas d’une date fixe pour l’adhésion. Il est cependant permis d’en douter. Aucun des six pays de la «première vague» des négociations – Pologne, Hongrie, République tchèque, Slovénie, Estonie et Chypre –, qui ont déjà «tiqué» en entendant parler de 2004 alors qu’ils visaient 2002 ou 2003, n’a l’intention de rater le train. Pour la Pologne, qui pose le plus de problèmes de par sa taille, il est impensable politiquement d’être laissé à quai. Comme la Slovaquie et Malte sont économiquement bien gérées et que la Lettonie et la Lituanie n’entendent pas laisser la seule Estonie représenter les pays baltes au sein de l’UE, on risque donc d’assister à l’adhésion de dix pays en 2004. Un tel bond exige des réformes institutionnelles radicales pour éviter la paralysie de l’UE et sa transformation en une simple zone de libre-échange accessoirement dotée de l’euro. Les Quinze divisés L’Union européenne «n’est pas une zone de libre-commerce, mais une union politique vraie», a plaidé Romano Prodi. Or, les Quinze sont divisés sur cette réforme. Une majorité de pays, dont l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni, veulent que la Conférence intergouvernementale (CIG) qui débutera ses travaux l’an prochain se contente de traiter les dossiers qui n’ont pas pu trouver d’accord à Amsterdam afin d’achever l’exercice à la fin de l’an 2000. Il s’agit de la taille et de la composition de la Commission, de la pondération des voix au sein du Conseil des ministres et de l’extension du vote à la majorité qualifiée. Mais il est douteux que le «rafistolage de la plomberie communautaire» permette de faire fonctionner une union à 25. En privé, les responsables français, qui veulent avant tout boucler un accord pendant leur présidence de l’UE (second semestre 2002), estiment qu’il devra y avoir une nouvelle CIG avant le nouvel élargissement afin de procéder aux réformes. Mais la Commission, les pays du Benelux, le Portugal et l’Autriche pensent que la pression de l’élargissement sera trop forte et que la CIG de l’an prochain sera la dernière occasion pour renégocier à Quinze le fonctionnement de l’UE. Ils proposent surtout de créer des mécanismes qui permettront de mener des «coopérations renforcées» entre certains pays soucieux d’aller de l’avant sans attendre les retardataires ou les États membres récalcitrants. «Sans cette possibilité, le projet d’une Union politique ambitieuse, qui ne se limite pas à l’économie, sera gelé pour deux ou trois décennies par l’élargissement, peut-être enterré pour toujours», ont écrit dans Le Monde du 9 décembre Karl Lamers et Wolfgang Schäuble, les deux dirigeants chrétiens-démocrates les plus importants. À Helsinki, ces pays ont tout juste obtenu que l’on ne ferme pas la porte à l’examen de ces réformes : les dirigeants européens décideront lors de leur sommet de Porto, en juin 2001, s’il convient de se montrer plus ambitieux.
L’Union européenne s’est aventurée ce week-end dans une autre dimension et sur un autre continent sans avoir de vision claire de son avenir et sans disposer des instruments qui lui éviteraient de se perdre. Le sommet européen d’Helsinki restera dans les annales de la construction européenne pour avoir décidé d’ouvrir des négociations d’adhésion avec six pays de plus, portant le total à 12, et pour avoir accordé un statut de candidat à la Turquie. Mais Helsinki marquera-t-il le début d’une nouvelle phase de développement d’un idéal européen désormais étendu à tout un continent, et même au-delà, ou le signal de son déclin? Les Quinze n’ont en tout cas pas multiplié les précautions avant de mettre un pied en Asie avec la Turquie, dont moins de 10 % du territoire est situé sur le Vieux continent. Le...