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Actualités - Chronologie

L'argent au noir, grand ordonnateur des Législatives

Officiellement, les dépenses sont comptées, les biens répertoriés, et les règles financières des élections législatives qui se déroulent le 19 décembre beaucoup plus strictes que lors des précédents scrutins. Officiellement. Car on n’hésite pas pour un des 450 sièges de la Douma, à faire appel à d’autres comptes que celui enregistré auprès de la commission électorale, et qui autorise des dépenses maximales de 41 millions de roubles (1,6 million de dollars). Certes, il ne suffit pas d’imprimer des affiches, de voyager en province, d’organiser des rassemblements électoraux, voire de verser jusqu’à 58 500 dollars pour une minute de spot publicitaire durant la très populaire émission d’ORT, Le Champ des miracles. La presse parle de pots-de-vin, venant des «oligarques», le nom donné aux hommes d’affaires proches de Boris Eltsine, pour retourner les adversaires du Kremlin. De journalistes «salariés» pour orienter favorablement leur programme d’informations sur de grandes chaînes télévisées. De dons discrets à des autorités régionales écoutées par leurs ouailles ou à des journaux locaux bénéficiant d’une large audience. Les élections, considérées par les principaux acteurs politiques comme un test pour la présidentielle de juin, font donc toujours bon ménage avec l’argent. D’abord pour le Kremlin, pour qui ces élections s’annoncent difficiles, mais qui a derrière lui de puissants financiers, un réseau de sociétés publiques, et de grosses compagnies privées fidèles au pouvoir. Mais les grandes entreprises ne mettent pas tous leurs œufs dans le même panier, soulignent les analystes. Et la plupart des grands mouvements ont aussi de fidèles amis. Iouri Loujkov, cochef de la liste OVR (centriste, principal concurrent du Kremlin) avec l’ex-Premier ministre Evgueni Primakov, est le maire de Moscou, de loin la plus riche région de Russie. Il peut compter sur de nombreuses entreprises moscovites, dirigées par des amis. D’aucuns sont d’ailleurs sur sa liste, comme Vladimir Evtouchenko, directeur de Sistema (holding qui comprend la société de téléphonie mobile MTS, le géant de l’assurance Rosno, le grand magasin Detski Mir, etc.). Certaines affiliations sont de notoriété publique, comme les liens qui unissent Gazprom à l’ex-Premier ministre Viktor Tchernomyrdine, chef de file de NDR (centriste). D’autres candidats jouent la transparence, comme l’ultranationaliste Vladimir Jirinovski, qui déclare ouvertement se financer directement auprès des structures criminelles du pays. Et inscrit sur sa liste des magnats de l’aluminium, soupçonnés de blanchiment d’argent. Le Parti communiste a lui perdu sa manne : «Le milliardaire rouge», Vladimir Semago, a quitté le PC. Mais d’autres ont pris la relève, selon le journal Vedomosti : les grandes structures agricoles et de travaux publics, comme Rosagropromstroï, ou d’importants combinats locaux. La force du PC est qu’il est l’un des mieux implantés dans les provinces russes. Il y jouit de nombreux appuis. Et «l’argent arrive de combinats installés dans les régions de Briansk, Volgograd, Stavropol, Krasnodar, Kemerovo, Toula ou Riazan», résume Vedomosti. Les réformateurs de droite (UFD) comptent dans leurs rangs de nombreux entrepreneurs. Et ont une carte maîtresse, Anatoli Tchoubaïs, qui avait dirigé la campagne présidentielle de Boris Eltsine en 1996, parvenant à mobiliser des fortunes pour faire remonter la cote de popularité du chef de l’État. Il y a aussi les candidats individuels, qui postulent pour la moitié des sièges de la Douma, la Chambre basse du Parlement, pourvus au scrutin majoritaire à un tour. Ils doivent séduire des électeurs qui n’ont souvent jamais entendu parler d’eux. Roman Abramovitch débarque ainsi en Tchoukotka, à l’extrême nord-est de la Sibérie, une presqu’île très pauvre, prise des mois dans les glaces et entourée de toundra. Proche du Kremlin, il contrôle plus de la moitié des actifs du groupe pétrolier Sibneft. La bataille sera peut-être plus facile pour lui que pour beaucoup d’anonymes.
Officiellement, les dépenses sont comptées, les biens répertoriés, et les règles financières des élections législatives qui se déroulent le 19 décembre beaucoup plus strictes que lors des précédents scrutins. Officiellement. Car on n’hésite pas pour un des 450 sièges de la Douma, à faire appel à d’autres comptes que celui enregistré auprès de la commission électorale, et qui autorise des dépenses maximales de 41 millions de roubles (1,6 million de dollars). Certes, il ne suffit pas d’imprimer des affiches, de voyager en province, d’organiser des rassemblements électoraux, voire de verser jusqu’à 58 500 dollars pour une minute de spot publicitaire durant la très populaire émission d’ORT, Le Champ des miracles. La presse parle de pots-de-vin, venant des «oligarques», le nom donné aux hommes...