En battant Cédric Pioline 6-3, 5-7, 6-1, 6-2, en 2 heures et 42 minutes, l’Australien Mark Philippoussis a donné le point de la victoire à l’Australie, qui a remporté sa première Coupe Davis sur le continent européen et la 27e de sa prestigieuse histoire, dimanche à Nice. Dans l’euphorie de la victoire australienne, Lleyton Hewitt laissait l’anecdotique ultime point au Français Sébastien Grosjean (4-6, 3-6) pour sceller le résultat de cette finale du centenaire à 3 à 2. Vendredi, Philippoussis avait anéanti Grosjean 6-4, 6-2, 6-4 avant que Pioline ne rétablisse l’équilibre au forceps face au jeune Hewitt, 7-6 (9/7), 7-6 (8/6), 7-5. Samedi en double, Todd Woodbridge et Mark Woodforde avaient redonné l’avantage à l’Australie en renversant magnifiquement une situtation qui paraissait très compromise contre Olivier Delaître et Fabrice Santoro, battus finalement 2-6, 7-5, 6-2, 6-2. Face à un Cédric Pioline qui avait beaucoup payé de sa personne aux tours précédents et était manifestement un peu émoussé par une longue saison, Philippoussis, qui avait bénéficié de sept semaines d’arrêt forcé en raison d’une blessure à un genou, a remarquablement bien servi et n’a pas cherché à abuser de son puissant coup droit pour dominer un adversaire qu’il avait déjà battu deux fois au cours de sa carrière. Newcombe admiratif «C’est le meilleur match qu’il ait jamais joué avec sa tête», a commenté, admiratif, son capitaine, John Newcombe. Pour Pioline, toujours un peu long à se mettre en train, cela commença bien mal. Perdant son service dès le premier jeu, il ne lui fut pas possible de refaire son handicap. De l’autre côté du filet, Philippoussis très appliqué passait en effet 67 % de ses premières balles de service et réussissait un ace par jeu. Le premier set se termina donc comme il avait commencé, Pioline, un peu tendu, concédant pour la deuxième fois un break sur une double faute. La satisfaction que lui procura ce gain amena le jeune géant australien à se relâcher un tantinet. Et à ne passer que deux premières balles sur dix dans le premier jeu de la manche suivante. Ce dont profita immédiatement l’avisé vétéran français pour obtenir sa première balle de break et la concrétiser. Avantage de courte durée, Philippoussis le défaisant dès le quatrième jeu d’un grand coup droit. Pioline à la dérive Travaillant savamment la balle, réussissant quelques services-volées pleins de décisions et faisant courir son adversaire chaque fois qu’il en avait l’occasion, Pioline rata deux possibilités d’obtenir un nouveau break au 9e jeu. Poussé dans ses retranchements, Philippoussis se sortit de ce mauvais pas à l’aide du dixième des quinze aces qu’il devait réussir en tout, puis en poussant en plein milieu du court la reprise d’une amortie sur laquelle Pioline s’était précipité avec bonheur. Dans le jeu suivant, ce fut au tour du n° 1 français d’être en difficulté. Mis en demeure de sauver une balle de 2 sets à rien à 30-40, il parvint ensuite à prendre le service de son opposant pour mener 6 à 5 en pilonnant son revers cinq ou six fois. À la fin, Philippoussis craqua et expédia un coup droit gigantesque en coulisse. Cette erreur de jeunesse, qui a tendance à le reprendre dès que les choses vont un peu mal, Philippoussis l’avait commise neuf fois, avec sa variante consistant à écraser la balle dans le filet, au cours du premier set et onze fois au cours du deuxième. Loin de se laisser démonter, il parvint à resserrer son jeu dans la troisième manche, au cours de laquelle, malchanceux, Pioline partit à la dérive. Il ne réussirait pas à redresser la barre, offrant à Newcombe, déjà quatre fois vainqueur en tant que joueur, sa première victoire comme capitaine et privant du même coup un Guy Forget assez mal inspiré du même bonheur. «C’est dur à digérer», a lâché Pioline après avoir séché ses pleurs. Henri Leconte dit « bravo » aux Français Henri Leconte, vainqueur de la Coupe Davis en 1991, a salué, dimanche à Londres, après avoir perdu en finale d’un tournoi du ATP Seniors Tour contre John McEnroe, la performance des Français dans l’édition 1999, malgré la défaite en finale contre l’Australie. «J’ai envie de leur dire bravo pour leur parcours fantastique cette année. Guy (Forget) a fait un boulot énorme, les joueurs ont confiance en lui, et c’est fantastique ce qu’il a fait cette année : il reprend le flambeau de Yann (Noah) et ils vont en finale, il n’y a rien à dire. Cédric (Pioline) a fait un match énorme pour revenir à 1-1, mais le double, c’était le point important, c’est là qu’on a perdu la finale. Avec Yann et Mansour (Bahrami) on était devant la télé comme des fous. Santoro et Delaître mènent 5-2 dans le deuxième, puis 5-4, et après c’est fini, le rideau tombe. Ils parlaient tout le temps entre les points, ce n’est pas une critique, c’est une constatation. Nous, quand on jouait avec Guy, on se disait coup droit ou revers, et puis c’était tout. Mais ce n’est pas facile d’assumer la pression d’une finale, surtout en France, et il ne faut pas se prendre la tête. Nous n’avions aucun joueur dans les 10 premiers mondiaux et on est quand même arrivés en finale, cela prouve que le mental français est bien meilleur qu’on ne le pense. Je leur souhaite de passer de bonnes fêtes, car après il va falloir recommencer, par une rencontre au Brésil, et ce ne sera pas facile». Déclarations Mark Philippoussis (Aus/vainqueur de Cédric Pioline et de la Coupe Davis) : «C’est le sommet de ma carrière. Le début d’une seconde carrière. Je n’avais jamais aussi bien joué. Toute l’équipe a travaillé très dur à l’entraînement cette semaine. Nous avons vécu comme une équipe. C’est une très grande équipe et je suis fier d’en faire partie. Je sentais bien ce match et je mérite ma victoire. Cette saison, tout n’a pas été rose. J’aurais pu gagner Wimbledon mais j’ai été blessé. Je n’échangerai pas cette victoire contre une victoire à Wimbledon. Grâce à la victoire en double de samedi, j’étais détendu. Je n’ai jamais été aussi concentré. Je n’entendais rien d’autre que le rebond de la balle, les jugements de ligne et le battement de mon coeur. Quand j’ai servi pour le match, j’ai commencé à trembler à 15-0. Je me suis alors dit qu’il ne restait plus que quelques points et qu’après, je ferais ce que je voudrais. Ce soir, on va sortir faire la fête». Cédric Pioline (battu par Mark Philippoussis 6-3, 5-7, 6-1, 6-2) : «Il a très bien joué, a tenté énormément de choses et a eu beaucoup de réussite dans les moments importants. Il a été très solide du début à la fin, très régulier du fond du court et a joué un très grand match. Il aurait fallu que je réussisse encore des meilleurs coups pour le pousser à la faute. J’ai essayé de ne pas le laisser s’installer dans son type de jeu. En lui mettant un peu plus la pression, je n’aurais peut-être pas gagné, mais je l’aurais bousculé un peu plus. Je rêvais d’apporter un point. C’est moi qui perds celui de la victoire. C’est dur à digérer !» John Newcombe (capitaine de l’équipe d’Australie victorieuse de la France en finale de la Coupe Davis) : «C’est l’épilogue d’une grande année pour l’Australie en Coupe Davis. Nous avons eu des blessés. Pas moins de sept joueurs ont été utilisés durant cette campagne. Quand on a appelé des gens, ils ont joué à un niveau fantastique. C’était la première Coupe Davis de Wayne Arthurs et de Lleyton Hewitt. Avant cette rencontre, j’avais dit que c’était notre destin de gagner. Cette appréciation découlait d’un jugement après avoir vu les entraînements. On avait l’impression que rien ne pouvait nous arrêter. Nous avons appelé Pat Rafter chaque jour. C’était son rêve de gagner une finale de Coupe Davis. Nous sommes très proches au sein de cette équipe. C’est une compétition incroyable. Quand on regarde la coupe, c’est un morceau d’histoire. Pour l’année prochaine, nous avons un beau tableau et il y a une possibilité de finale à Melbourne contre les Etats-Unis. Ce sera un beau défi. Nos supporteurs ont une part importante dans toutes nos victoires cette saison. Concernant le public français, au fur et à mesure que les jours passaient, on a transformé la pression en énergie positive. L’Australie est prête pour les 10 ou 15 prochaines années. Il y aura toujours de grands joueurs dans l’équipe d’Australie». Lleyton Hewitt (Aus/vainqueur de la Coupe Davis) : «Dans les vestiaires, j’étais nerveux. Mais Mark Philippoussis a tellement bien joué. C’est un honneur pour moi d’être dans cette équipe, au côté de Mark et des Woodies. J’ai commencé par le football (australien). En Coupe Davis, le tennis devient un sport d’équipe. Cela signifie beaucoup pour moi. J’ai adoré les ambiances de vestiaire pendant cette compétition». Mark Woodforde (Aus/vainqueur de la Coupe Davis) : «Notre victoire en double a donné un dynamisme qui a permis à Mark de jouer un tennis formidable aujourd’hui. C’est un sentiment très fort de passer la ligne d’arrivée». Todd Woodbridge (Aus/vainqueur de la Coupe Davis) : «Quand j’avais 6 ou 7 ans, je regardais la Coupe Davis à la télévision. J’avais alors le rêve de gagner Wimbledon et la Coupe Davis. En général, les rêves restent des rêves. Les réaliser, c’est quelque chose de sidérant. Je n’ai pas encore réalisé. La Coupe Davis, c’est la tradition. Refuser de la disputer, ce serait un manque de respect au tennis, aux grands joueurs qui l’ont disputée à une époque où il y avait beaucoup moins d’argent en jeu». L’Acropolis de Nice chante en australien Les «Fanatics», un groupe d’un millier d’Australiens qui se déplacent avec leur équipe depuis le premier tour au Zimbabwe, ont chanté pour fêter leurs héros, vainqueurs de la Coupe Davis dimanche à l’Acropolis de Nice. «Go, aussies, Go». Pendant trois jours, ils se sont égosillés, tenant la dragée haute aux supporteurs français avant de l’emporter définitivement après l’ultime point de Mark Philippoussis. Ils ont pu applaudir à loisir le capitaine John Newcombe et l’entraîneur Tony Roche, portés en triomphe par leurs joueurs. Et se moquer a posteriori des banderoles françaises qui, le premier jour, annonçaient une confrontation entre «Petitpoussis et Grosjean». Sonnés, les Français, qui n’avaient pas ménagé leurs applaudissements, répondaient en acclamant un Cédric Pioline en larmes. Leurs encouragements, qui leur ont valu plusieurs rappels à l’ordre des arbitres, auront finalement été vains. De même que les peu fair-plays «ah? ah? ah?» d’anticipation avant les deuxièmes balles de service des Australiens. « Forget it France » Une semaine durant, des jeunes habillés de jaune et de vert ont investi Nice, fêtant par anticipation une victoire qu’il n’imaginait pas pouvoir leur échapper. «Cricket, OK ; Rugby, OK ; Tennis...», proclamait une banderole. Le soir, les bars étaient bondés et passé minuit, des gaillards des antipodes, un tantinet émêchés, improvisaient un football australien devant le Palais de justice, se plaquant avec allégresse sur la dalle de béton du parvis. «Nous sommes les plus grands sportifs du monde et nous allons le prouver», proclamait à qui voulait l’entendre un «fanatic» avant l’ultime match entre Mark Philippoussis et Cédric Pioline. Les Australiens, vainqueurs de la Coupe Davis, sont également champions du monde de rugby, de rugby à XIII, de netball, de cricket et de hockey-sur-gazon chez les dames. Pour encourager leurs favoris, les supporteurs français ont bien tenté d’entonner un I will survive de Gloria Gaynor au parfum d’un certain mois de juillet 1998. Mais le Waltzing Mathilda entonné lors de la première rencontre aura finalement été plus efficace. Forget it France («N’y compte-pas France»), prévenait d’ailleurs une banderole nargueuse tendue depuis vendredi dans l’Acropolis.
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