Cinq ans après sa naissance, l’Organisation mondiale du commerce a été bousculée par la société civile qui s’est exprimée dans la rue à Seattle et critiquée de l’intérieur parce qu’elle faisait la part trop belle à une poignée de pays influents. «La société civile aura donc été entendue pour la première fois dans un cycle de négociations multilatérales. Les seuls intérêts des transnationales ne prévaudront plus impunément comme ils l’ont fait dans les cycles précédents», estime la Coordination pour le contrôle citoyen de l’OMC. Méconnue à ses débuts du grand public, peu au fait des débats de spécialistes sur les subtilités du commerce international, l’OMC est devenue peu à peu la cible des opposants à la libéralisation des échanges et à la mondialisation en général. De fait, l’OMC est la première organisation commerciale internationale à disposer d’un véritable tribunal pouvant condamner des États et imposer des sanctions. Très vite, elle s’est occupée de dossiers dépassant largement le seul cadre du négoce, pour toucher à la santé, la sécurité alimentaire, la protection de l’environnement ou la survie des espèces menacées. La querelle sur le bœuf aux hormones, interdit d’importation en Europe, ou la condamnation des États-Unis pour avoir tenté de protéger les tortues de mer en empêchant des importations de crevettes ont suscité des inquiétudes. La conférence ministérielle de l’OMC, qui devait lancer un nouveau cycle de négociations commerciales multilatérales, était l’occasion rêvée de dénoncer les péchés réels ou imaginaires de l’institution et des excès de la mondialisation. Pendant quatre jours, Seattle est devenu une arche de Noé, regroupant des centaines d’ONG, des défenseurs des droits de l’homme, aux protecteurs du papillon Monarch, en passant par des groupes de pression plus traditionnels : syndicats, groupements d’industries ou mouvements patronaux. Parfaitement organisés, maîtrisant totalement l’Internet et «travaillant» les médias avec une grande efficacité, ces ONG ont mobilisé des dizaines de milliers de manifestants. Elles ont réussi à se faire entendre pour obliger les gouvernements et l’OMC à les prendre au sérieux et à les associer plus étroitement aux travaux. Pour Béatrice Marre, députée française (PS, socialiste), qui s’est fait une spécialité des questions de l’OMC, «Seattle a été le bouillonnement de la démocratie mondiale naissante». Elle souligne aussi que cela pose le problème de la représentativité de ces ONG, pas toujours transparentes, et celui de l’organisation du travail de l’OMC, «pour que la transparence ne soit pas synonyme de pagaille». Elle suggère aux gouvernements d’être à l’écoute des diverses expressions de la société civile, mais souligne néanmoins que ce sont eux qui ont le pouvoir légitime de négocier. Pour elle, l’Union européenne a eu une position forte lors de la conférence parce qu’elle était soutenue par la société civile. L’OMC a aussi été secouée de l’intérieur, de nombreux pays participants soulignant l’inadéquation de son fonctionnement. Les pays en développement, laissés pour compte dans le précédent cycle commercial, se sont révoltés pour la première fois publiquement à Seattle, contre le processus de négociation. Pour tenter de dégager des compromis, parce que l’OMC fonctionne par consensus, le directeur général a l’habitude de recevoir un groupe choisi de pays, une trentaine en général. Un procédé connu sous le nom de «green room». Les autres restent à la porte. L’Union européenne, qui a de l’expérience à revendre en matière de négociations difficiles, a proposé son aide au directeur général pour réformer les procédures.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Cinq ans après sa naissance, l’Organisation mondiale du commerce a été bousculée par la société civile qui s’est exprimée dans la rue à Seattle et critiquée de l’intérieur parce qu’elle faisait la part trop belle à une poignée de pays influents. «La société civile aura donc été entendue pour la première fois dans un cycle de négociations multilatérales. Les seuls intérêts des transnationales ne prévaudront plus impunément comme ils l’ont fait dans les cycles précédents», estime la Coordination pour le contrôle citoyen de l’OMC. Méconnue à ses débuts du grand public, peu au fait des débats de spécialistes sur les subtilités du commerce international, l’OMC est devenue peu à peu la cible des opposants à la libéralisation des échanges et à la mondialisation en général. De fait, l’OMC...