Le ministère russe des Affaires étrangères a officiellement demandé hier le départ de Russie d’une diplomate américaine accusée d’espionnage, a annoncé l’agence Interfax citant des sources diplomatiques russes. Cette demande a été notifiée en début d’après-midi à un représentant de l’ambassade américaine à Moscou, convoqué au ministère, selon les mêmes sources. La décision d’expulser la diplomate apparaît comme un nouvel indice du rafraîchissement des relations entre Moscou et Washington, déjà mises à rude épreuve par toute une série de différends. L’affaire Cheri Leberknight, «prise en flagrant délit d’espionnage», selon Moscou, «s’inscrit dans une séquence», analyse un diplomate occidental y voyant également «un signe de représailles» contre les États-Unis. Cheri Leberknight, 33 ans, avait été brièvement interpellée lundi, le jour où a été rendue publique la mise en accusation aux États-Unis de Daniel King, un sous-officier de l’US Navy soupçonné d’avoir fourni des informations secrètes à la Russie. Le Service fédéral de sécurité (FSB, ex-KGB), qui a procédé à l’arrestation de la diplomate américaine à Moscou, a nié tout lien entre les affaires King et Leberknight. La proximité dans le temps de l’interpellation de la diplomate américaine et de l’arrestation du sous-officier de l’US Navy est «une pure coïncidence», selon le FSB. De part et d’autre, on essaie de minimiser l’influence de ces deux affaires d’espionnage sur les relations bilatérales. Le département d’État américain avait qualifié mardi de simple «incident» l’interpellation de la diplomate à Moscou. Le chef de la diplomatie Igor Ivanov a souhaité que l’incident n’ait «pas de conséquences négatives sur le développement» des relations russo-américaines. Mais la presse russe ne se montrait pas aussi optimiste hier. «La Russie et l’Occident foncent vers une nouvelle confrontation», affirmait le quotidien Izvestia. «L’irritation s’accumulait depuis longtemps. En Irak, en Bosnie, au Kosovo et dans beaucoup d’autres conflits régionaux, la Russie et l’Occident prenaient des positions opposées de plus en plus souvent», soulignait les Izvestia. Le Caucase, notamment, est actuellement au centre de désaccords entre la Russie et les États-Unis. En premier lieu, les États-Unis et l’Occident critiquent l’intervention des forces fédérales russes en Tchétchénie, au grand dam de Moscou qui refuse toute ingérence dans ce qu’elle considère comme une affaire intérieure, et s’étonne d’une telle attitude des Occidentaux après leur propre campagne de bombardements en Yougoslavie. Moscou vient d’autre part d’essuyer un revers important concernant l’acheminement du brut de la Caspienne en Méditerranée. Le nouvel oléoduc reliera, selon le projet soutenu par les États-Unis, Bakou à Ceyhan (Turquie) et traversera la Géorgie et non la Russie. La Géorgie et l’Azerbaïdjan, deux anciennes républiques soviétiques, ne font pas mystère de leur souhait de se rapprocher de l’Otan pour échapper à l’influence de Moscou. De quoi déplaire aux Russes qui voient déjà les Américains accroître leur zone d’influence, via l’Alliance atlantique, en Europe centrale et de l’Est. Depuis la crise du Kosovo, les relations entre l’Otan et la Russie, qui ont signé une charte de partenariat en 1997, sont au plus bas, limitées aux seules opérations communes de paix en Bosnie et au Kosovo. Les ministres russes de la Défense, Igor Sergueïev, et des Affaires étrangères, Igor Ivanov, ont décidé hier de ne pas se rendre à Bruxelles au mois de décembre pour les réunions du Conseil permanent Russie-Otan. Le souhait des Américains de modifier le traité antimissile balistique AMB de 1972 signé avec l’URSS a encore ajouté à la tension russo-américaine, Moscou refusant obstinément tout aménagement de cet accord qu’elle considère comme la pierre angulaire des négociations sur le désarmement entre les deux pays.
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