L’Otan est «déterminée» à intensifier ses raids aériens contre la Yougoslavie, rejetant un début d’ouverture du président Slobodan Milosevic et dénonçant l’escalade du «désastre humanitaire» actuellement en cours au Kosovo. Le président yougoslave s’est déclaré prêt mardi soir, après une médiation russe, à «commencer à réduire» ses forces au Kosovo si les raids de l’Otan cessaient, mais les alliés de l’Otan ont aussitôt rejeté cette proposition, la jugeant «très insuffisante». Le président américain Bill Clinton et le chancelier allemand Gerhard Schröder sont tombés d’accord, lors d’un entretien téléphonique, pour estimer que les propositions de Slobodan Milosevic «ne constituent pas une base pour une solution politique», a déclaré mardi la Maison-Blanche. De son côté, l’Otan s’est dite «déterminée» à continuer les raids en Yougoslavie après la mission du Premier ministre russe Evgueni Primakov à Belgrade, a indiqué un responsable de l’Otan sous couvert de l’anonymat. «Le président Milosevic a commencé cette campagne brutale: il est de sa responsabilité d’y mettre fin immédiatement et d’accepter une paix juste. Un fort consensus existe au sein de l’Otan pour la poursuite de nos opérations militaires», a affirmé Bill Clinton dans un communiqué. Après Belgrade, M. Primakov s’était rendu à Bonn pour rendre compte au chancelier Schröder, dont le pays préside actuellement l’Union européenne, de ses discussions avec M. Milosevic. Mais selon M. Schröder, qui s’exprimait peu après à la télévision allemande, «Slobodan Milosevic a rompu tous les accords qu’il avait conclus jusqu’à présent et c’est pour cela qu’il nous faut un signal très clair. Et ce signal ne peut être donné que par un retrait des troupes» (serbes du Kosovo)». Après sept jours de bombardements sur la Yougoslavie, l’Otan a fait état mardi d’«une escalade du désastre humanitaire» au Kosovo et autour de la province, avec un afflux croissant de réfugiés dans les pays voisins, notamment en Albanie. Le porte-parole de l’Alliance, Jamie Shea, a affirmé que cet exode avait été planifié à l’avance par Belgrade. «C’est quelque chose que nous n’avions pas vu depuis l’évacuation de Phnom Penh dans le milieu des années 70» par les Khmers rouges, avait ajouté M. Shea. Les États-Unis ont également affirmé qu’ils commençaient à voir au Kosovo des «indications d’un génocide potentiel». À New York, le secrétaire général de l’Onu, Kofi Annan, s’est dit «profondément indigné» par les informations de «nettoyage ethnique» mené par les forces serbes au Kosovo. Selon Hashim Thaci, représentant de l’UCK (Armée de libération du Kosovo), dans une déclaration à la chaîne allemande ZDF, 100 000 personnes ont été rassemblées mardi par les forces serbes dans le centre de Pristina, le chef-lieu du Kosovo. Par ailleurs, la Ligue démocratique du Kosovo (LDK), se référant à son vice-président Naim Jerliu, a ajouté que des groupes paramilitaires et des forces de police serbes tentaient de faire partir les habitants de la ville sous la menace. L’association américaine des droits de l’homme Human Rights Watch, basée à New York, a indiqué que des familles kosovars albanaises étaient rassemblées et expulsées par les forces de sécurité serbes à Pristina. En outre, selon l’Alliance, six localités du Kosovo, dont Pristina, ont été incendiées délibérément par les forces serbes. Ajoutant que de plus en plus de villes et villages du Kosovo sont détruits par les forces serbes, le général David Wilby, responsable militaire de l’Otan, a annoncé mardi qu’après six nuits consécutives de raids aériens, les alliés allaient intensifier leurs bombardements. «Il n’y pas eu de KO. Nous savions que le KO ne viendrait pas rapidement», a déclaré pour sa part le porte-parole du département de la Défense, Kenneth Bacon. «Nous en sommes au septième jour. Je pense qu’il faudra beaucoup plus de temps pour réduire ces forces autant que nous le jugeons souhaitable», a-t-il ajouté, confirmant que l’Otan concentrait depuis lundi soir ses attaques «sur les troupes terrestres (serbes) au Kosovo et hors du Kosovo». Malgré le scepticisme affiché par les Occidentaux sur les chances de réussite de sa mission, M. Primakov a annoncé après six heures d’entretiens à Belgrade avec M. Milosevic, que le président yougoslave était prêt à «réduire» la présence militaire serbe au Kosovo et à négocier «par voie politique» en cas d’arrêt des bombardements de l’Otan. À l’issue de cet entretien, il a affirmé que le président yougoslave souhaitait des «discussions constructives», «directes et immédiates», ajoutant que M. Milosevic s’est aussi dit prêt à «créer les conditions d’un retour de tous les réfugiés pacifiques» au Kosovo. «Le problème du Kosovo doit être réglé, mais il ne peut l’être que par des moyens politiques. Par conséquent, le problème peut être résolu, mais il ne peut pas l’être avec des milliers de tonnes de bombes», a déclaré pour sa part le chef de l’État yougoslave, dans un communiqué diffusé par la télévision officielle serbe. L’Armée de libération du Kosovo a immédiatement rejeté tout «compromis» avec Belgrade.
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