Pour la première fois depuis la Deuxième Guerre mondiale, un nouveau conflit entre plusieurs pays frappe à nouveau au cœur de l’Europe : l’Otan bombarde depuis une semaine la Yougoslavie afin d’éviter une tragédie humanitaire au Kosovo, sans savoir quand l’opération finira. 19 pays, d’Amérique du Nord et d’Europe, membres de l’Alliance, ont pris la lourde décision politique de mener une action coercitive, la première de l’Otan depuis sa création il y a 50 ans (4 avril 1949), contre un pays souverain qui n’a au préalable ni menacé ni attaqué aucun autre État. Ces pays ne sont pas des va-t-en guerre. À peine les bombardements massifs entamés sur des cibles militaires serbes, certains comme l’Italie ou la Grèce appellent déjà, essentiellement pour des raisons de politique intérieure, à ce que la diplomatie reprenne ses droits sur l’action militaire. Mais à l’Otan, les «pays qui comptent vraiment sont les quatre Grands» – États-Unis, France, Grande-Bretagne, Allemagne – rappellent des diplomates. Seul l’un de ces pays pourrait provoquer un arrêt des bombardements. Belgrade d’ailleurs ne s’y est pas trompé. Jeudi dernier, les autorités yougoslaves ont annoncé une rupture des relations diplomatiques avec seulement 4 capitales, Washington, Paris, Londres et Bonn, sur les 19 impliquées. Traumatisés, surtout les Européens, par la guerre en Bosnie (1991-1995) qui les avait obligés à assister impuissants pendant quatre ans à la mort de milliers de personnes, les membres de l’Otan ont vu tous leurs efforts diplomatiques pendant près d’un an ruinés par l’intransigeance de Slobodan Milosevic. Le président yougoslave, déjà acteur principal dans la guerre en Bosnie, est resté de marbre, voire méprisant, devant les appels à la paix au Kosovo de la communauté internationale. Il a refusé un accord de paix mis au point en France et sa garantie par des troupes étrangères dirigées par l’Otan. «Il a été trop loin. Il nous a poussés à bout. Qu’on ait tort ou raison, nous n’avions plus le choix, il fallait recourir aux armes et à la guerre», résume un diplomate européen au siège de l’Otan. L’une des raisons principales qui ont conduit l’Alliance, dont la crédibilité était de plus en plus minée à force de menacer d’agir sans le faire, à s’ingérer militairement dans une affaire «interne» à un État des Balkans est d’éviter une tragédie humanitaire au centre de l’Europe, à la veille du XXIe. «La France et ses alliés ont dit non aux massacres, non à la purification ethnique, non à l’oppression, non à tout ce qui remet gravement en cause les valeurs sur lesquelles reposent notre humanisme, notre république, nos valeurs communes européennes», a dit jeudi le président français Jacques Chirac. Le rapport des forces dans le conflit est totalement inégal. Les pays de l’Otan sont cent fois mieux équipés que les forces serbes, même si la valeur de ces dernières est crainte depuis la Deuxième Guerre mondiale par les états-majors occidentaux. Il reste à savoir comment cette guerre pourra s’arrêter. Plus les bombardements se prolongent, plus le soutien au sein des Alliés à une opération de force pourrait s’éroder. À cet égard, la cohésion, apparemment sans faille jusqu’à présent entre les «quatre Grands», sera déterminante pour la suite des événements. «On sait toujours quand peut commencer une guerre, jamais quand elle peut s’arrêter», reconnaît un diplomate. Deux issues sont possibles : soit Slobodan Milosevic cède rapidement, ce qui ne semble pas être le cas, soit il s’enferme dans une attitude obstinée, voire suicidaire, vont jusqu’à craindre certains diplomates, obligeant l’Otan à poursuivre ses raids jusqu’à s’assurer d’une «dégradation suffisante» de sa capacité à réprimer la population au Kosovo. Dans cette hypothèse du pire, l’action militaire de l’Otan, dont un sommet est convoqué dans un mois à Washington pour célébrer le 50 anniversaire de l’organisation, pourrait prendre plusieurs semaines. Mais l’Otan ne compte pas seulement sur ses alliés occidentaux, la nouvelle donne politique héritée de la chute du bloc communiste a permis aux pays d’Europe centrale, anciens alliés de Moscou au sein du Pacte de Varsovie, de se ranger à des degrés divers aux côtés de l’Alliance. Trois de ces pays – Hongrie, République tchèque et Pologne – sont nouveaux membres de l’Otan, et paradoxalement les deux premiers figurent parmi les plus prudents. Plusieurs pays demeurent en outre soucieux de ne pas risquer des représailles du voisin serbe. Aucun pays de la région n’a en tout cas soutenu l’opposition farouche de Moscou aux frappes aériennes, et hormis les Serbes bosniaques, les habitants d’anciennes républiques yougoslaves – Slovénie, Croatie et Bosnie – soutiennent aussi les raids. Le gouvernement polonais «comprend et soutient la décision de l’emploi de la force», estimant que la responsabilité de la situation incombe entièrement au président yougoslave Slobodan Milosevic. La Pologne s’est déclarée prête à envoyer des soldats au Kosovo, mais uniquement dans le cadre d’une mission de «supervision d’un éventuel accord de paix». Plus prudente, la République tchèque, également nouveau membre de l’Otan, n’a ni approuvé ni condamné les raids, le gouvernement ayant déploré l’échec des négociations. Le président Vaclav Havel a jugé les raids aériens de l’Alliance «extrêmes mais nécessaires dans la situation donnée». La Hongrie, également nouveau membre de l’Otan et surtout seul pays de l’Alliance à partager une frontière avec la Yougoslavie, approuve ces raids mais s’inquiète pour les 400 000 Hongrois de souche qui vivent dans la région de Voïvodine, dans le nord de la Serbie. Budapest a autorisé l’Otan à utiliser ses bases aériennes et son espace aérien mais exclut toute participation active au conflit et a demandé à Belgrade de ne pas l’étendre hors de ses frontières. Dans les Balkans, la Roumanie voisine de Belgrade, candidate à l’Otan, s’est rangée sans équivoque à ses côtés, le président Emil Constantinescu jugeant les frappes «nécessaires et légitimes». Considérée jusque maintenant comme «l’allié traditionnel de Belgrade», la Roumanie juge que M. Milosevic est «l’exemple typique de dictateur prêt à détruire son peuple au nom de l’amour», selon le chef de la diplomatie Andrei Plesu. Également candidate à l’Otan, mais plus prudente, la Bulgarie est «solidaire de la communauté euro-atlantique», mais «ne participera pas à des actions militaires». Parmi les anciennes républiques yougoslaves, la Croatie «soutient» avec satisfaction l’action de l’Otan et lui aurait ouvert son espace aérien fermé au trafic civil depuis le début des raids.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Pour la première fois depuis la Deuxième Guerre mondiale, un nouveau conflit entre plusieurs pays frappe à nouveau au cœur de l’Europe : l’Otan bombarde depuis une semaine la Yougoslavie afin d’éviter une tragédie humanitaire au Kosovo, sans savoir quand l’opération finira. 19 pays, d’Amérique du Nord et d’Europe, membres de l’Alliance, ont pris la lourde décision politique de mener une action coercitive, la première de l’Otan depuis sa création il y a 50 ans (4 avril 1949), contre un pays souverain qui n’a au préalable ni menacé ni attaqué aucun autre État. Ces pays ne sont pas des va-t-en guerre. À peine les bombardements massifs entamés sur des cibles militaires serbes, certains comme l’Italie ou la Grèce appellent déjà, essentiellement pour des raisons de politique intérieure, à ce que la...