Les forces yougoslaves multipliaient les exactions et ont décidé hier de «vider» Pec, principale ville de l’ouest du Kosovo, dans le cadre d’une opération massive «d’épuration ethnique», selon l’Otan, accélérant l’exode de dizaines de milliers de civils. Alliée traditionnelle de Belgrade, la Russie a annoncé que son Premier ministre Evgueni Primakov irait rencontrer demain le président Slobodan Milosevic, la plus importante initiative diplomatique depuis le début des frappes de l’Otan, mercredi dernier. L’Alliance a indiqué de son côté concentrer désormais ses bombardements contre la police, les forces paramilitaires et l’armée yougoslaves pour tenter d’enrayer le «nettoyage ethnique» en cours d’intensification. Au cinquième jour des frappes, les alliés ont massivement bombardé dans la nuit de dimanche à lundi des cibles serbes dans la région de Pristina, chef-lieu du Kosovo, détruisant notamment le QG de la police spéciale serbe. Mais l’Otan se trouvait confrontée à la montée des critiques sur l’incapacité des raids de l’opération Force déterminée à empêcher la dégradation dramatique de la situation sur le terrain. À pied, en voiture, juchés sur des tracteurs, des charrettes, les Kosovars continuaient de fuir de plus en plus nombreux hier, principalement vers l’Albanie qui supporte le poids le plus lourd de l’exode, la Macédoine et le Monténégro. Le nombre exact des réfugiés était difficile à établir. Le Haut commissariat aux réfugiés (HCR) comme le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) ont refusé de commenter les chiffres annoncés, alors que les pays européens commençaient à se mobiliser pour venir en aide aux déplacés. Selon l’Otan, quelque 4 000 civils continuaient d’arriver chaque heure en Albanie, et 60 000 réfugiés sont déjà sur place. D’après Tirana, environ 100 000 réfugiés étaient en route lundi vers la frontière de l’Albanie. Le commissaire européen à l’Aide humanitaire, Emma Bonino, qui doit se rendre mercredi dans les Balkans, a affirmé qu’il y avait actuellement entre «80 000 et 100 000 réfugiés» du Kosovo en Albanie. Plus de 30 000 réfugiés sont aussi arrivés depuis samedi au Monténégro et 40 000 autres sont attendus, selon les autorités, créant une «situation chaotique». Entre 15 000 et 20 000 réfugiés étaient aussi en route vers la Macédoine, selon Skopje. À Kukes (nord de l’Albanie), un communiqué au ton désespéré de l’Armée de libération du Kosovo (UCK) a demandé aux Albanais de ne pas abandonner la province, et aux hommes de retourner se battre contre les Serbes. Le porte-parole de la Maison-Blanche, Joe Lockhart, a déclaré que l’offensive serbe «s’intensifiait progressivement». «Nous recevons des informations crédibles selon lesquelles des atrocités sont commises et, si l’on regarde ce qui se passe aux frontières, c’est la définition parfaite du nettoyage ethnique». Arkan et ses « Tigres » Selon l’Otan, «neuf villages entre Pristina et Pec sont en feu» et toute la ville de Pristina est un exemple de l’opération de purification ethnique en cours. La police serbe a aussi ordonné aux Albanais de quitter Pec, principale ville de l’Ouest du Kosovo avant lundi soir, sous peine d’«être massacrés», selon l’Otan. L’Alliance a précisé que tous les hommes avaient été embarqués dès dimanche pour une destination inconnue, rappelant ainsi le spectre des exécutions massives opérées par les Serbes durant la guerre en Bosnie. Ce souvenir est encore accentué par la présence au Kosovo d’«Arkan», le milicien serbe de sinistre réputation, accusé des pires exactions lors de la guerre en Bosnie et de du conflit serbo-croate en 1991. Arkan et ses Tigres sont «pleinement intégrés» au 52e corps d’armée yougoslave de Pristina, a affirmé le ministre britannique des Affaires étrangères Robin Cook. L’Otan a aussi annoncé que le principal conseiller d’Ibrahim Rugova – le dirigeant modéré des Albanais du Kosovo – dans les négociations de Rambouillet (France), Fehim Agami, avait été exécuté dimanche avec quatre autres personnalités, dont Baton Haxhiu, rédacteur en chef de Koha Ditore, principal quotidien du Kosovo. Devant cette situation de plus en plus chaotique, le Kremlin a annoncé l’envoi, mardi à Belgrade, de M. Primakov, et des ministres des Affaires étrangères Igor Ivanov et de la Défense Igor Sergueïev. M. Primakov doit se rendre ensuite en Allemagne, qui assure la présidence de l’Union européenne, pour rencontrer le chancelier Gerhard Schröder. Une délégation d’anciens ministres russes se trouve déjà à Belgrade et l’un de ses membres, l’ancien vice-Premier ministre Boris Nemtsov, a assuré que les autorités yougoslaves étaient «prêtes à négocier». Les États-Unis ont donné leur appui à la mission de Primakov, en estimant qu’elle pouvait être «utile». Face aux critiques sur l’inefficacité des raids, des diplomates de l’Otan ont affirmé que l’exode des réfugiés n’étaient «pas une conséquence des frappes aériennes» mais le résultat des décisions de Milosevic. Les responsables occidentaux refusent toutefois jusqu’à présent d’engager une opération terrestre au Kosovo, qui, selon l’Otan, devrait comprendre 200 000 militaires, avec des risques de pertes élevées. L’Otan a affirmé que ses avions avaient détruit au cours des derniers raids un avion de combat Mig 21, plusieurs hélicoptères serbes en stationnement, le QG de la police spéciale à Pristina et un radar antiaérien à Obrva. L’armée yougoslave a affirmé avoir abattu depuis le début des raids sept avions, trois hélicoptères et plus de 30 missiles de croisière.
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