Le délicat déplacement de Belfast pour des champions d’Europe allemands en proie au doute, les débuts de Kevin Keegan à la tête d’une sélection anglaise décimée par les blessures et un nouveau test pour les champions du monde français face à l’Ukraine constitueront les principaux chocs, samedi soir, de la quatrième journée des qualifications pour l’Euro 2000. En ce mois de mars, où traditionnellement les rendez-vous européens se multiplient, aussi bien au niveau des clubs que des équipes nationales, l’élite du football européen se livrera à une vaste revue d’effectifs avec pas moins de 34 rencontres au programme en l’espace de cinq jours. Par ailleurs, cinq rencontres impliquant des républiques de l’ancienne Yougoslavie ont été reportées en raison des frappes aériennes de l’Otan dans les Balkans. Groupe 1 : L’Italie, déjà en tête après deux matches, fera le plus difficile en allant jouer chez son principal rival, le Danemark, qui n’a plus le droit de perdre le moindre point s’il veut conserver une chance. Dino Zoff a rappelé à cette occasion le capitaine de la Juventus, Antonio Conte, qui n’a plus été titularisé depuis novembre 1997. Groupe 2 : Sans doute le groupe le plus ouvert des qualifications. La Grèce, déjà accrochée sur son terrain par la Slovénie, a épuisé son droit à l’erreur et doit impérativement battre la Norvège avant de se rendre chez les leaders lettons la semaine prochaine. Groupe 3 : Battus en Turquie (1-0), les champions d’Europe, toujours pas remis de leur piètre prestation au Mondial, vont devoir batailler ferme à Belfast pour ramener au moins le point du nul et se remettre en selle le mercredi suivant en recevant la Finlande. Mais l’ambiance n’est pas au beau fixe dans l’équipe vieillissante de Erich Ribbeck, où la tournée catastrophique aux États-Unis a laissé de profondes traces. Groupe 4 : La France recevra sur la pelouse de son sacre mondial son plus dangereux rival pour la qualification directe, l’Ukraine, qui reste sur trois victoires. Privés de leur stratège Zinedine Zidane, les Français testeront le pouvoir de frappe d’une formation ukrainienne ressemblant énormément au Dynamo Kiev, demi-finaliste de la Ligue des champions. Groupe 5 : Autre grosse écurie en difficulté (4 points en trois matches), l’Angleterre de Kevin Keegan jouera également gros contre une formation polonaise en plein renouveau, qui a notamment battu la Bulgarie à Sofia (3-0). Keegan pour ses débuts devra également faire face à une pluie de forfaits (Owen, Fowler, Sutton et Anderton), alors que l’autre leader, lui aussi invaincu du groupe, la Suède, creusera encore un peu plus l’écart en recevant le Luxembourg. Groupe 6 : À Valence, les Espagnols, après leur incroyable défaite à Chypre (2-3), pourront faire d’une pierre deux coups face à l’Autriche en se rachetant de l’affront et en écartant l’un des plus sérieux prétendants à la qualification. Groupe 7 : Les Roumains, en tête de leur groupe après leur victoire au Portugal, auront eux aussi l’occasion de creuser l’écart face à une formation slovaque qui pointe à la deuxième place malgré une sévère défaite à domicile devant ces mêmes Portugais (0-3). Groupe 8 : Ce groupe sera au repos forcé pour cause de guerre dans les Balkans. Groupe 9 : La République tchèque, qui fait un parcours sans faute (3 victoires en trois rencontres), devrait logiquement creuser un écart en accueillant la Lituanie alors que l’Écosse ne pourra jouer, son adversaire, la Bosnie-Herzégovine, ne pouvant effectuer le déplacement. Les Allemands le dos au mur L’Allemagne, championne d’Europe en titre, va jouer gros cette semaine contre l’Irlande du Nord et la Finlande en qualification pour l’Euro 2000, après un début de compétition mitigé et un climat dégradé autour de l’équipe nationale depuis sa Coupe du monde 1998 calamiteuse. La bagarre cette semaine entre deux sélectionnés n’est pas la marque de la sérénité dont a grand besoin l’équipe d’Allemagne, même si le sélectionneur allemand Erich Ribbeck a présenté l’affaire sous son meilleur aspect. Deux jours avant d’affronter l’Irlande du Nord à Belfast, Markus Babbel et Carsten Jancker, coéquipiers au Bayern Munich, se tapaient dessus jeudi à l’entraînement, un tacle trop appuyé de Babbel ayant fait sortir l’irascible Jancker de ses gonds. «Cela montre que cette équipe est vivante», a affirmé Erich Ribbeck, qui, résolument optimiste, y a vu une preuve de «l’engagement» et du «sérieux» avec lesquels ses hommes abordaient le match contre l’Irlande du Nord. La rage au ventre Engagement et sérieux ne seront pas de trop samedi à Belfast et quatre jours plus tard à Nuremberg contre les Finlandais. Les Allemands, triples champions du monde et d’Europe, ont quelques soucis à se faire pour leur qualification. Après leur défaite 0-1 en Turquie et leur victoire 3-1 en Moldavie, ils sont 4es du groupe 3. Rien d’alarmant en soi (il reste six matches pour se refaire) sinon qu’après un Mondial calamiteux, la Nationalmannschaft offre depuis un spectacle affligeant dont le clou fut en février une historique défaite contre les États-Unis (0-3). Lothar Matthaeus, le libero de 38 ans auquel Ribbeck s’accroche, pouvait donc bien estimer que «l’heure de vérité sonnait» contre les Irlandais et les Finlandais. L’orgueil de la nation en est devenu la «honte», ainsi que l’écrivait le quotidien populaire Bild au lendemain de la débâcle américaine. Depuis ces éditoriaux incendiaires, les joueurs ont «la rage au ventre», à en croire le capitaine Oliver Bierhoff. Bierhoff se souviendra qu’il leur avait marqué les trois buts de la victoire en 1997 (3-1), à Belfast déjà. Pourtant les âpres Irlandais ne sont guère rassurants pour les Allemands qui ne l’ont emporté qu’une fois dans leurs six derniers matches depuis 1982. Avec six points de plus dans une semaine, «nous serions très optimistes, avec quatre confiants, avec trois un petit peu moins», disait Ribbeck, qui devrait jouer le risque avec trois attaquants et sans meneur de jeu. L’option zéro point n’est pas envisagée. Pires, fier d’être marseillais Après un Mondial en demi-teinte, Robert Pires imaginait passer quelque temps sur le banc, pourtant Roger Lemerre devrait à nouveau faire appel samedi à l’ex-Messin transformé par son expérience marseillaise. Titulaire contre l’Islande, la Russie et l’Angleterre, Pires bénéficie en équipe de France d’un nouveau statut qui n’a rien à voir avec celui de doublure de Zinedine Zidane, dont il fut souvent affublé. «Depuis le Mondial et surtout depuis mon transfert à Marseille, les choses ont énormément changé, reconnaît-il. Je ne suis pas là pour remplacer “Zizou”. Au contraire, j’ai démontré que je pouvais jouer avec lui». «Cela dit, je peux également occuper la place de meneur de jeu sans perdre mes repères puisque c’est celle que j’occupe depuis le début de la saison à l’OM», ajoute-t-il. D’un naturel timide, malgré d’évidentes qualités offensives, Pires avait besoin de trouver un environnement et un mentor, capables de lui donner confiance. «Rolland Courbis a joué un grand rôle dans ma transformation depuis l’an dernier, souligne-t-il. Il m’a fait découvrir un poste dans lequel je me sens bien. Désormais, j’ai plus de responsabilités et cela me convient mieux». Beaucoup de ses proches l’avaient mis en garde contre une aventure phocéenne qui, selon eux, ne convenait pas à son tempérament. «Ils pensaient que je n’étais pas capable de sortir du cocon de Metz et maintenant, ils sont obligés de reconnaître qu’ils se sont trompés», sourit-il. Pas trop réfléchir En digne héritier d’Aimé Jacquet, Roger Lemerre a, lui aussi, continué de donner sa chance à l’attaquant des Bleus, le rappelant de manière régulière pour les rencontres décisives. «J’ai joué tout le match contre l’Islande, puis en Russie j’étais de nouveau titulaire et j’ai vu là un signe très fort, ce qui m’a totalement libéré», explique-t-il. Dans l’immense stade de Moscou, le Marseillais, associé à Zidane, offrit l’une de ses plus remarquables prestations sous le maillot frappé de l’étoile des champions du monde. Les Français s’imposèrent 3-2 sur la pelouse de la tête de série de leur poule, hypothéquant grandement les chances russes d’une qualification. «Après le Mondial, je m’attendais à être mis un peu à l’écart. Mais en fait, Roger Lemerre a tout de suite pensé à moi. Et je me dis que si je suis encore ici aujourd’hui, c’est qu’il y a une bonne raison». Ayant besoin d’espaces pour s’exprimer, le Marseillais envisage l’Ukraine comme un adversaire lui convenant mieux que l’Angleterre : sa prestation à Wembley n’avait pas été décisive et l’entrée à la pause de Christophe Dugarry avait fait basculer le match. «Je n’ai pas été nul à Wembley, au contraire. J’ai seulement joué la mauvaise mi-temps», affirme-t-il. «Si je joue à nouveau samedi, je ne vais pas me mettre de pression». «Quand je réfléchis trop avant un match, comme contre le Brésil au Tournoi de France (en 1997) ou contre le Danemark (pendant la Coupe du monde), je passe tout le temps à travers». Chevtchenko s’attaque aux champions du monde Nouvelle étoile du football européen, Andreï Chevtchenko, 23 ans, n’a peur de rien. Une semaine après avoir éliminé les champions d’Europe en titre, avec trois buts en deux matches contre le Real Madrid en Ligue des champions, le buteur ukrainien rêve de s’offrir les champions du monde, samedi soir au Stade de France. Ce survivant de Tchernobyl mord dans la vie comme un affamé. Evacué de Kiev vers la mer Noire à l’âge de 10 ans avec des milliers d’autres enfants après l’explosion de la centrale en avril 1986, le petit ramasseur de balles du Dynamo devait être repéré par Alexander Shpakov dans un sanatorium. Depuis, devenu titulaire et fer de lance du Dynamo, il n’a cessé de progresser à un rythme effréné. Ses performances dans un championnat ukrainien plutôt confidentiel passaient presque inaperçues. Mais Chevtchenko allait connaître la renommée internationale, le 5 novembre 1997, en inscrivant trois des quatre buts du Dynamo Kiev à Barcelone, en Ligue des champions. Le champion du monde français Christophe Dugarry, catalan l’espace d’une saison, s’en souvient encore. Van Basten de l’Est Chevtchenko a une morphologie relativement commune avec 1,83 m pour 73 kg. Mais l’encadrement de l’équipe ukrainienne ne cache pas qu’il possède des dons physiques exceptionnels : il serait largement en tête de la multitude de tests médico-sportifs pratiqués par son entraîneur Valeri Lobanovski. Avec son complice Sergueï Rebrov, son partenaire depuis six ans, il forme un redoutable duo : il balaie inlassablement tout le front de l’attaque avant de placer des accélérations mortelles. Avec six buts en 18 sélections, 16 en 25 matches de coupes d’Europe et 49 buts en 102 rencontres, il est monsieur «un demi-but par match». Son efficacité ne pouvait qu’attirer les plus grands clubs européens. Le Milan AC n’a pas hésité a investir plus de 130 millions de francs pour obtenir les services du «Van Basten de l’Est», comme le surnomme déjà la presse italienne. Chevtchenko en Lombardie, ce ne sera pourtant qu’à la fin de la saison. Car Andreï compte bien jouer à Kiev devant 100 000 inconditionnels la demi-finale de la Ligue des champions, contre le Bayern de Munich... en espérant aller plus loin. En fait, le défi lancé aux champions du monde, sur la pelouse de la dernière finale, c’est presque la cerise sur le gâteau.
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