Acte douloureux, atroce pour l’entourage et lourd de conséquences, le suicide n’est pas un sujet qu’on aborde comme une anomalie banale. L’exploration même des causes qui, directement ou indirectement, motivent pareil geste, remplit la pensée d’appréhension, voire de réticence. Mais il est bon à savoir qu’on évalue à un taux très élevé la responsabilité des troubles mentaux dans toute tentative de se donner la mort. Perturbations de la personnalité, dépressions très graves peuvent conduire à ce geste extrême. Comme aussi d’autres états nevrotiques. Malheureusement, pour ceux qui assommés par des difficultés dépassant leurs forces ne sont plus à l’écoute que de leur désespoir, il n’existe ni diagnostic possible ni portrait-type indicateur. Mais les psychiatres et les spécialistes en médecine sociale insistent sur le fait que «toute tentative», sans exception, doit être prise au sérieux. Selon eux, il ne faut pas chercher à trouver une raison unique à un tel acte, servant de justification. Toute tentative, sans restriction, serait un message motivé par des mobiles que l’auteur lui-même ignore ou qu’il a même peur d’exprimer. Pour le médecin, il est capital de l’écouter, ce qui pourrait constituer un préventif efficace contre la récidive, torturante hantise autant pour le sujet lui-même que pour l’entourage. Solitude, mutations sociales, professionnelles ou familiales doivent aussi être prises en considération, autant que les troubles de la personnalité et les dépressions graves. Selon les statistiques, les personnes seules sont les plus touchées. Mais, en fait, comment peut-on expliquer cette action d’autodestruction? D’après les psychiatres, le suicide constitue «un geste de rupture». La tentative de se donner la mort est une manière d’alerter les autres mais aussi un moyen d’échapper à une situation qui piège sans que le sujet puisse l’affronter et la combattre. En fait, c’est le désir d’une autre vie qu’il recherche plutôt que l’anéantissement. Dans ce meurtre de soi-même, on distingue le suicide au sens strict, acte sanctionné par la mort, la tentative, acte incomplet en raison de la survie du sujet, la velléité de suicide et l’idée de suicide, représentations mentales de l’acte. Si le résultat de la velléité et de la tentative ont la même signification (acte non accompli) et ne diffèrent que par le résultat final, la plus grande prudence s’impose dans l’interprétation des intentions du sujet. Difficultés psychologiques secrètes La distinction entre conduite suicidaire réelle et conduite «pression», exercée en vue d’obtenir ce que la personne veut (conduite «chantage»), s’avère très difficile en pratique et parfois très dangereuse. D’où la nécessité absolue de faire appel, face à toute tentative d’autodestruction, au psychiatre, sans essayer de trouver des justifications apaisantes. Dans la majorité des sociétés, toute tentative de suicide est considérée a priori morbide et antisociale, tout en admettant que ceux qui ont recours à l’autodestruction ont, dans la majorité des cas, des difficultés psychologiques ignorées et très secrètes. Toute conduite suicidaire, qu’elle soit tentative ou même velléité à peine ébauchée, doit faire l’objet d’une consultation psychiatrique. Aussi bénigne soit-elle, cette conduite se révèle un cri d’alarme, une action désespérée envers une situation (extérieure ou intérieure) intolérable. Classer donc d’un côté les tentatives «sérieuses» et de l’autre celles dites «intéressées» serait un malentendu aux conséquences graves, souvent tragiques. Suicide et maladies mentales Une psychose, une névrose, comme un trouble de la personnalité sont des états pouvant se traduire par un suicide. La dépression mélancolique, la schizophrénie, l’anxiété obsessionnelle, la confusion mentale, le délire, peuvent conduire à pareil acte. Dans les états névrotiques, la tentation du suicide est rare. En revanche, le déséquilibre caractériel est responsable, semble-t-il, d’un grand nombre de conduites autodestructrices, à la fois impulsives et récidivantes. Le traitement idéal existe-t-il? Il n’est autre que la prévention! Au cours des siècles, philosophies, religions, morale, ont tenté de mesurer ou même de justifier le suicide en tant que conduite rationnelle. On constate aujourd’hui, à la lumière des connaissances actuelles, que l’attitude individuelle varie selon le milieu culturel et social auquel on appartient. Dans le monde occidental et les pays à structures développées, il reste de l’ordre psychiatrique et social. Tout acte ou tentative d’autodestruction est ipso facto considéré morbide et antisocial. Même si on reconnaît que la majorité des cas accusent des troubles psychologiques et le fait que l’acte n’est qu’un appel au secours, le suicide ne constitue pas moins un geste que religion, morale et société condamnent. On ne peut ignorer, cependant, que d’après les évaluations et différentes sources d’information, 80% des suicides relèvent d’un trouble psychiatrique. Les états psychotiques incriminés seraient, entre autres, la dépression mélancolique, la schizophrénie, les délires, la confusion mentale. Dans les états anxieux, obsessionnels, nevrotiques, la tentative de suicide est rare, la hantise étant plus forte que le désir de la mort. Chez l’hystérique, l’acte suicidaire peut revêtir l’apparence de chantage mais ce serait une grave erreur, selon les psychiatres, d’interpréter pareil geste comme de la simulation. Phénomène morbide Il existe néanmoins des cas où le comportement suicidaire constitue en soi une sorte de phénomène morbide isolé, un acte extraordinairement tentant. Il s’agit d’une tentation puissante, immédiate et irraisonnée, qui tire son origine d’un mal-être intérieur, d’un sentiment de malheur très profond. Il a déjà été dit, plus haut, que le plus efficace des traitements serait la prévention. Cela n’est possible cependant que si des signes prémonitoires d’une atteinte du domaine psychiatrique apparaissent. Mais la coopération de l’entourage proche du sujet est indispensable au médecin. Car ce qui est d’une importance capitale c’est de déceler la signification de l’acte suicidaire par rapport aux relations affectives du sujet avec les personnes de son milieu, mais aussi avec la société en général. Pour éviter tout développement douloureux et tragique, il est capital, lorsqu’il y a eu tentative de suicide, de prévoir et prévenir la récidive. Il va de soi qu’il est tout à fait inutile d’alerter le sujet à ce propos et d’adopter envers lui une autre attitude qu’un comportement naturel et détendu, parfaitement normal.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Acte douloureux, atroce pour l’entourage et lourd de conséquences, le suicide n’est pas un sujet qu’on aborde comme une anomalie banale. L’exploration même des causes qui, directement ou indirectement, motivent pareil geste, remplit la pensée d’appréhension, voire de réticence. Mais il est bon à savoir qu’on évalue à un taux très élevé la responsabilité des troubles mentaux dans toute tentative de se donner la mort. Perturbations de la personnalité, dépressions très graves peuvent conduire à ce geste extrême. Comme aussi d’autres états nevrotiques. Malheureusement, pour ceux qui assommés par des difficultés dépassant leurs forces ne sont plus à l’écoute que de leur désespoir, il n’existe ni diagnostic possible ni portrait-type indicateur. Mais les psychiatres et les spécialistes en médecine...