Les chefs de la diplomatie de l’Union européenne (UE) ont appelé Belgrade et les Albanais du Kosovo à signer «immédiatement» la paix, convenant lors d’une réunion informelle à Eltville (ouest) d’exercer des «pressions maximales». Les Quinze «soutiennent avec insistance le plan de règlement de paix de Rambouillet et appellent les deux parties à le signer immédiatement», a déclaré au nom de la présidence de l’UE le ministre allemand des Affaires étrangères Joschka Fischer. Avec la reprise des pourparlers de paix lundi à Paris, «il ne s’agira plus de rouvrir les négociations mais de les conclure», a-t-il lancé, soulignant que le volet politique du plan ne saurait être séparé de son aspect militaire. Plusieurs ministres ont démenti publiquement des informations de sources diplomatiques, selon lesquelles les Quinze voulaient imposer un ultime délai pour une conclusion. «Les Quinze ont montré une volonté commune pour exercer une pression maximale, mais la façon dont elle s’exercera sera déterminée en temps utile», a ainsi déclaré le ministre français Hubert Védrine. M. Fischer et le secrétaire au Foreign Office Robin Cook ont eux aussi démenti tout délai. Selon des sources proches de la réunion, toutefois, les ministres sont tombés d’accord pour réclamer un délai «impératif», d’un maximum de quatre jours, qui porterait l’échéance «au plus tard à mercredi ou jeudi». Ces sources n’avaient pas été en mesure de préciser si les États-Unis avaient déjà été consultés. L’une de ces sources a qualifié par ailleurs la tonalité des discussions de «très sombre et pessimiste». Les chefs de la diplomatie des Quinze «s’attendent à ce que les Serbes ne signent pas» l’accord, a reconnu une autre source. Les Quinze ont par ailleurs débattu des relations avec la Turquie, dans la perspective du procès du leader rebelle kurde Abdullah Öcalan, et ont de nouveau réclamé «solennellement» la présence d’observateurs internationaux, dont Ankara ne veut pas. Les chefs de la diplomatie ont par ailleurs réservé un accord plutôt favorable à une proposition britannique de comité permanent de politique étrangère de l’UE, qui compléterait les structures actuelles en permettant une analyse et une réaction rapide aux crises, selon des sources diplomatiques. Toujours dans le cadre de la politique commune européenne de sécurité et de défense, qui doit entrer en vigueur ce printemps, la présidence allemande a de son côté proposé la constitution d’un «comité militaire» de l’UE. Cet «organisme permanent» viendrait appuyer des réunions régulières des ministres des Affaires étrangères et de la Défense et s’accompagnerait d’un centre d’analyse stratégique propre à l’UE et de ressources de recherche comme un institut d’études sur la sécurité, selon un document publié en marge de la réunion. Avant d’entamer les discussions, M. Fischer avait reçu une délégation de paysans, dont quelque 300 ont manifesté contre la réforme de la Politique agricole commune (PAC), cœur des entretiens de dimanche. Dans une atmosphère détendue, agriculteurs et ministre ont échangé un toast sous le soleil, levant un verre de Riesling au «succès des négociations» sur l’Agenda 2000.
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