Talentueux c’est peu dire. Comment trouver les mots pour qualifier tous ces pianistes haut de gamme qui ont pris d’assaut les planches d’al-Bustan ? Le dernier en date est Martin Roscoe. Né en 1952 en Angleterre au Cheshire, il s’est taillé une réputation fracassante par ses tournées, ses performances avec les orchestres internationaux et une riche discographie pour les festivaliers d’al-Bustan, Martin Roscoe a concocté un programme baigné de notes romantiques. Des valses, des mazurkas et des polonaises de Beethoven, Brahms, Szymanowski et Chopin. En ouverture, une polonaise opuscule 89 de... Beethoven. Emportée, vigoureuse, empreinte d’une poésie bien romantique, cette œuvre est l’expression d’une existence à laquelle rien n’a manqué ni la passion ni l’idéal ni le doute ni la sereine certitude des moments de plénitude. La musique de Beethoven demeure dans toutes ses formes, un émouvant message humain qui ne faillit jamais à la mission que son auteur lui assigne et qu’il résume en ces termes: «Jaillie du cœur, puisse-t-elle de même aller au cœur!». S’égrènent en douce ensuite seize valses (op. 39) de Johann Brahms, expression la plus parfaite de tout ce que le mouvement peut donner d’élégant, de gracieux et de poétique. L’œuvre de Brahms joint le plus souvent avec bonheur le classicisme le plus sévère au romantique lyrique de la phrase et de ses développements. Son écriture est sans doute celle d’un maître accompli. Schumann ne s’y était pas trompé qui, après avoir entendu ses premières compositions pour le clavier, a écrit: «Et Brahms est venu, avec un sang nouveau; les héros et les grâces entouraient son berceau. Il commença par découvrir des régions magnifiques au piano...» De la terre des mazurkas, quatre danses op. 50-1-4 de Szymanowski, un des musiciens les plus connus hors des frontières de son pays. On retrouve un peu de Scriabine dans ses mazurkas qui font appel à la grande variation et à la fugue. Toujours de Karol Szymanowski pour terminer la première partie de ce programme, une polonaise bien dans l’esprit des rives de la Polska. Mais tout en s’inspirant des sources folkloriques, ce musicien n’en garde pas moins vivace le désir d’échapper aux traditions, ce qui explique peut-être l’aspect si multiple de son style. Après l’entracte, Chopin. Les deux polonaises op.26 qui ouvraient le bal de la haute société de Varsovie, danse de cortège et d’allure solennelle. Liszt disait que les plus nobles sentiments traditionnels de l’ancienne Pologne y sont présents. Impétueuses, torrentielles, lumineuses. Des quatorze valses de Chopin, Martin Roscoe a choisi trois (op. 64) mêlant grâce, mélancolie et quelques éblouissants moments de virtuosité. Et des cinquante et une mazurkas du prince du clavier, Roscoe a également retenu trois (op. 56). Danses populaires de la Pologne ces mazurkas empruntent leur rythme à la «mazoure», nom original de cette danse. Malicieusement, Schumann disait: «Ce sont des canons sous les fleurs…» Et pour terminer, la polonaise op. 53. Menaçante, forte, dramatique, héroïque tourbillonnante, brillante, intense, la polonaise de Chopin est toujours un ardent et vibrant hymne d’un brûlant nationalisme.
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