La Cour de justice de la République, qui a blanchi mardi les anciens ministres accusés dans le scandale du sang contaminé par le sida, n’a satisfait personne et a ravivé, en France, le malaise entre opinion publique et classe politique. Unanimes, les journaux français ont commenté négativement le procès, 15 ans après les faits, contre les trois anciens ministres socialistes, entre 1984 et 1986. Ils ont tiré à boulets rouges sur l’arrêt rendu mardi par cette cour, un tribunal spécial pour juger les politiques composé de neuf parlementaires et trois magistrats. Les juristes eux-mêmes, notamment Georges Vedel ou Olivier Duhamel, qui ont élaboré le texte de loi créant cette cour, se sont interrogés publiquement sur la nécessité de la réformer voire de la supprimer, en reconnaissant avoir fait une erreur. La cour a relaxé l’ancien Premier ministre Laurent Fabius, 52 ans, et son ministre des Affaires sociales Georgina Dufoix, 56 ans, et condamné symboliquement l’ancien secrétaire d’État à la Santé Edmond Hervé, 56 ans, en le dispensant de peine. Laurent Fabius, qui est président socialiste de l’Assemblée nationale, va désormais pouvoir reconquérir un espace politique longtemps hypothéqué par cette affaire. Plus de 4 000 transfusés, dont 1 300 hémophiles, ont été infectés avant la mise en place, le 1er août 1985, du dépistage obligatoire du virus du sida dans les dons de sang, soit trois à six fois plus que dans les pays voisins de la France. Plus de 600 d’entre eux sont morts à ce jour. L’arrêt de la cour affirme cependant que «le dépistage des dons de sang a été imposé et généralisé sans retard en France en comparaison avec le calendrier observé dans la plupart des autres pays du monde». Ce sont les victimes ou leurs parents qui ont réagi avec le plus de virulence contre ce jugement d’autant qu’ils n’avaient pas eu le droit de se porter parties civiles devant cette cour spéciale. Pour Libération (centre gauche), cet arrêt est une «décision de caractère politique aussitôt critiquée par les victimes, la classe politique et les juristes». Le Figaro (droite) relève qu’«à droite comme à gauche, des voix s’élèvent pour demander une réforme du tribunal». Pour le journal, «la France ferait bien de s’inspirer de ses voisins. Ni la Grande-Bretagne ni l’Italie ni l’Allemagne, par exemple, ne connaissent ces procédures d’exception pour les politiques». «Les victimes crient au scandale» et c’est «à juste titre» car «on les a bernées depuis le début», selon France-Soir (populaire). La CJR est un «monstre d’inéquité, un hochet de démagogie», selon le quotidien qui réclame «un même tribunal pour tous». La permanence de François Colcombet, l’un des parlementaires qui a siégé comme juge à la Cour de justice de la République, a été maculée de sang dans la nuit de mardi à mercredi par des inconnus, qui ont tracé les mots «vendu à Fabius». La ministre de la Justice, Élisabeth Guigou, a estimé mardi «légitime qu’un débat se développe à propos des questions qui ont été soulevées» lors de ce procès concernant la Cour spéciale de justice. Dans l’affaire du sang contaminé, il s’agit de la deuxième décision de justice après la condamnation en 1993 de Michel Garretta, ancien directeur du Centre national de transfusion sanguine, et de ses ex-adjoints. Dans une troisième procédure qui doit s’ouvrir dans quelques mois, 32 personnes sont poursuivies pour empoisonnement. Il s’agit pour la plupart des anciens conseillers des ministres.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La Cour de justice de la République, qui a blanchi mardi les anciens ministres accusés dans le scandale du sang contaminé par le sida, n’a satisfait personne et a ravivé, en France, le malaise entre opinion publique et classe politique. Unanimes, les journaux français ont commenté négativement le procès, 15 ans après les faits, contre les trois anciens ministres socialistes, entre 1984 et 1986. Ils ont tiré à boulets rouges sur l’arrêt rendu mardi par cette cour, un tribunal spécial pour juger les politiques composé de neuf parlementaires et trois magistrats. Les juristes eux-mêmes, notamment Georges Vedel ou Olivier Duhamel, qui ont élaboré le texte de loi créant cette cour, se sont interrogés publiquement sur la nécessité de la réformer voire de la supprimer, en reconnaissant avoir fait une erreur. La cour a...