Suisse du Moyen-Orient, berceau des civilisations, entre mer et montagne... Nombreux sont les arguments pour convaincre les touristes de venir visiter le Liban. La reconstruction attire déjà les hommes d’affaires, mais le secteur entier de l’hôtellerie demeure dans l’expectative. Quand le Liban va-t-il tenir ses promesses touristiques? On l’annonce pour bientôt, ce renouveau touristique qui aidera le pays à se relever. En attendant, certains optimistes se préparent alors que d’autres attendent. Les professionnels réclament un peu d’attention. Visite d’affaires et tourisme de loisirs La reconstruction attire déjà les foules. Les hommes d’affaires affluent du monde entier et représentent un créneau essentiel pour l’hôtellerie. Michel Chardigny, directeur de l’hôtel Albergo, déclare: «Notre clientèle est constituée à 70% d’hommes d’affaires européens et américains. La clientèle touristique pure n’existe pratiquement pas pour le moment, car il n’y a aucune infrastructure pour accueillir ces touristes. Mais elle va se développer». Kareen Ibrahimchah, directrice du marketing de l’hôtel Alexandre, approuve: «Le tourisme n’est pas encore maximal au Liban. Mais avec tous les nouveaux projets qui sont lancés, avec la reconstruction, beaucoup d’hommes d’affaires ont besoin d’hôtels de qualité. Ils représentent notre principale clientèle actuellement, en particulier, les Européens». L’optimisme étant cependant de mise au niveau touristique, les hôtels se mettent sur leur 31. Ainsi, le Riviera est en pleine rénovation générale. Nizar Alouf, le directeur, déclare: «Nous sommes très confiants en 1999 pour l’avenir hôtelier. Nous croyons en la sûreté du pays, l’État libanais a beaucoup changé. La seule inconnue demeure la situation régionale qui influence énormément le tourisme au Liban. Mais de plus en plus de gens viennent au Liban, et surtout de plus en plus d’Arabes». Daniel Hajjar, directeur du Sea Rock Rotana Hotel, approuve: «Dans les pays arabes, la promotion du pays est plus facile, car les Arabes l’aiment déjà beaucoup. Le mouvement se fait naturellement. Un pays comme le Liban devient de plus en plus arabe, et il a de plus en plus besoin des pays arabes. L’année dernière, 70000 Koweïtiens sont venus dans le pays, et cette année, Golf Air va avoir quatorze vols par semaine. Il faut s’attendre à une explosion de ce côté». Effectivement, la clientèle arabe est très forte, mais surtout concentrée du côté de la côte beyrouthine. Kareen Ibrahimchah constate: «Notre hôtel se situe en plein Achrafieh, près du cœur des affaires de la ville. En général, les gens du Golfe viennent aussi pour les loisirs. Ils préfèrent être au bord de la mer, près du Casino par exemple». La Cigale Hotel concilie ces deux aspects: «Notre clientèle est en majorité constituée de businessmen européens et arabes, déclare la direction. Ils viennent assister aux séminaires organisés par La Cigale. Nous recevons aussi des familles de Libanais vivant à l’étranger et qui apprécient notre confort et notre accueil. Le marché libanais est bien entendu tributaire de la situation politique et économique. Une certaine stabilité serait bénéfique pour tous les secteurs, bien que nous ayons remarqué une amélioration du mouvement touristique cette année». Une promotion insuffisante à l’étranger «Les touristes viendront aussi d’Europe, attirés par cette région encore vierge, remarque Daniel Hajjar. Mais pour cela, il faut que le Liban soit vendu à l’étranger par les organismes officiels, comme le ministère du Tourisme, et par les compagnies privées comme la nôtre ou comme les chaînes de télévision. Beaucoup a déjà été fait, cela fait plaisir de voir un stand libanais dans les foires internationales. Mais le Liban n’est pas la France ou les Caraïbes, il faut être réaliste, nous ne disposons que d’un budget très étroit». Ayant bien conscience de cet état de fait, Michel Chardigny décide d’agir à son échelle: «L’Albergo est un petit hôtel de très haute qualité qui s’adresse essentiellement aux étrangers. Pour le faire connaître, le bouche à oreille dans certains milieux concernés est peut-être la technique la plus efficace, parallèlement aux salons qui sont encore rares. Mais il demeure que tout le monde doit agir pour améliorer cette situation». «La politique de promotion du Liban est très timide. Nous avons des posters, nous participons à des foires, mais c’est une entreprise tellement professionnelle et de longue haleine qu’il faut la planifier et la raisonner, l’organiser comme n’importe quelle campagne de pub, indique Nizar Alouf. C’est une technique, il faut faire appel à des professionnels qui ne demandent pas mieux que de se donner pour la promotion de leur pays. Quel meilleur moyen d’enterrer la guerre? Nous avons fait des progrès au niveau de l’infrastructure, maintenant, il faut le faire savoir; c’est comme avoir une très belle maison, entièrement équipée, mais simplement attendre que les gens y viennent...». C’est pourquoi attirer les compagnies de tours organisés est indispensable, de l’avis de tous. Myriam Khoder, chargée des relations publiques du Century Park Hotel, précise: «Nous n’entrons pas dans les circuits organisés. Les touristes viennent des pays voisins pour visiter Baalbeck et repartent dormir ailleurs». À ce propos, Michel Chardigny confie: «D’importants tours opérators veulent s’implanter à Beyrouth pour organiser des séjours hauts de gamme dans le Moyen Orient. La demande est très forte en ce sens. L’un des tours leaders sur l’Asie, compte présenter sa brochure à partir du 1er juillet. Si un effort d’amélioration des infrastructures est fait, la Côte d’Azur est morte!». De plus, l’hôtellerie a besoin d’un soutien général du tourisme dans le pays. «Il nous faut une directive officielle de l’État disant “Aidez le tourisme”, réclame Nizar Alouf. Plus que des mots, nous avons besoin de soutien, chacun dans son domaine: au niveau des charges d’électricité et d’eau, de l’obtention des visas, de la circulation, de l’environnement... Tout contribuera à cet essor touristique. Les industriels ne vendent qu’un produit, mais nous, c’est le Liban que nous mettons en avant». «Effectivement, comme le font remarquer Kareen Ibrahimchah et Myriam Khoder, l’État a plutôt compliqué la donne en imposant la nouvelle taxe des 5%, et alourdissant les factures présentées par les hôteliers». Kareen Ibrahimchah indique par ailleurs: «Pour intéresser le touriste, il faut baisser le prix du billet d’avion qui est beaucoup trop élevé, et mettre en valeur les sites touristiques. Avant de promouvoir le Liban à l’étranger, il faut vraiment être préparé à l’intérieur». «Le Liban est encore une destination chère; de plus, les médias étrangers contribuent à instaurer un climat de méfiance qui fait hésiter les touristes», ajoute-t-on à La Cigale Hotel. Les points à travailler sont donc nombreux et variés. «Ce qui me fait mal, conclut Daniel Hajjar, c’est que tout le monde pense que le tourisme est l’avenir du Liban. Puisque tout le monde est d’accord, faisons quelque chose pour nous préparer. On ne peut pas dire cela et regarder ailleurs, même s’il y a encore beaucoup d’incertitudes. C’est un pari à long terme, mais si nous ne le tenons pas aujourd’hui, plus tard, il sera trop tard pour réagir. Soyons prêts au cas où ça marche».
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