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Actualités - Chronologie

Indonésie L'archipel aux 17000 îles est menacé d'éclatement

La désintégration de l’Indonésie en tant qu’État unitaire et centralisé, hypothèse d’école jusqu’alors invraisemblable et hérétique, est devenue en moins de quelques mois un sujet public de préoccupations et d’inquiétudes. Le ministre australien des Affaires étrangères, Alexander Downer, a été le premier à sonner l’alarme à ce niveau. «La dernière chose que nous puissions souhaiter», a-t-il déclaré avant de s’envoler pour Djakarta, «c’est la balkanisation de l’Indonésie». La même inquiétude, sous des formes plus diplomatiques, avait déjà été exprimée à Washington, notamment par le Pentagone, inquiet des risques d’une éventuelle déstabilisation régionale, mais aussi à Tokyo, Singapour ou Manille. Ce spectre de la désintégration de l’Indonésie est apparu au fur et à mesure que s’effondrait l’économie de ce pays de plus de 200 millions d’habitants, provoquant une montée de l’insécurité et de la criminalité encore aggravée par l’impuissance d’une armée mal équipée, peu nombreuse et, surtout, mal aimée de la population. Le 27 janvier, dans une volte-face prenant le pays et la communauté internationale à contre-pied, le gouvernement de Djakarta se déclarait prêt à accorder l’indépendance au Timor oriental, la colonie portugaise envahie et annexée il y a plus de 20 ans, mais jamais pacifiée depuis. Moins d’un mois plus tard, les chefs traditionnels de l’Irian Jaya (Papouasie occidentale) mettaient à profit l’organisation d’un solennel «dialogue national» organisé à Djakarta entre leur communauté et le pouvoir central pour demander leur indépendance. À Aceh, à l’autre extrémité de cet immense archipel qui s’étend sur plus de 5 000 km, des voix, de plus en plus nombreuses et de plus en plus déterminées, s’élèvent, dans une population qui ne supporte plus la présence et la répression brutale de l’armée, pour demander l’indépendance. Le gouverneur d’Aceh, comme son collègue de l’Irian Jaya, pourtant des fonctionnaires nommés par le gouvernement central, ont, de leur côté, déclaré qu’à défaut de l’indépendance, une large autonomie devait être accordée. Mais elle devra inclure, ont-ils souligné, le contrôle des fabuleuses richesses naturelles — notamment pétrolières et minières — de ces provinces dont les revenus vont, à ce jour, directement dans les caisses de l’État central. Aux Moluques, où la population était en majorité chrétienne lors de son intégration sanglante à l’Indonésie lors de l’indépendance, des violences inter-religieuses ont éclaté il y a un mois, faisant plus de 150 morts et rayant de la carte des villages entiers. La haine religieuse et ethnique a dressé les catholiques et les protestants contre les musulmans, ceux-ci étant maintenant légèrement plus nombreux en raison de la politique systématique de peuplement du gouvernement central. Cette semaine également, des affrontements ethniques, pour la troisième fois au moins depuis le début de l’année, ont secoué le Kalimantan occidental, l’une des provinces indonésiennes de Bornéo, opposant des indigènes Malays à des colons venus de Madura (Java). À l’est de Bornéo, les Dayaks de la lointaine région de Samarinda sont venus cette semaine jusqu’à Djakarta mettre en garde le ministre de la Forêt : des colons javanais employés par de grandes sociétés défrichent leur forêt sous la protection de l’armée pour planter des palmiers à huile. Ils se disent prêts à utiliser la force s’ils n’ont pas d’autres moyens pour s’y opposer. Des affrontements de ce type entre colons, appuyés par les autorités, et la population locale, qui s’estime marginalisée dans le développement de sa propre région, sont aussi signalés à Sumatra et aux Célèbes, ainsi que dans les îles de la petite Sonde. Même Bali ne fait pas exception : il y a moins de trois mois, les dignitaires de cette île dont la population est dans son écrasante majorité hindouiste, outrés par des propos des autorités centrales ressentis comme injurieux pour leur religion, ont déclaré qu’ils avaient toujours la possibilité de faire sécession. (AFP)
La désintégration de l’Indonésie en tant qu’État unitaire et centralisé, hypothèse d’école jusqu’alors invraisemblable et hérétique, est devenue en moins de quelques mois un sujet public de préoccupations et d’inquiétudes. Le ministre australien des Affaires étrangères, Alexander Downer, a été le premier à sonner l’alarme à ce niveau. «La dernière chose que nous puissions souhaiter», a-t-il déclaré avant de s’envoler pour Djakarta, «c’est la balkanisation de l’Indonésie». La même inquiétude, sous des formes plus diplomatiques, avait déjà été exprimée à Washington, notamment par le Pentagone, inquiet des risques d’une éventuelle déstabilisation régionale, mais aussi à Tokyo, Singapour ou Manille. Ce spectre de la désintégration de l’Indonésie est apparu au fur et à mesure que...