L’avènement du roi Abdallah II en Jordanie annonce une nouvelle génération de dirigeants dans un monde arabe dominé par les mêmes figures depuis plusieurs décennies. Le nouveau roi arrive au pouvoir à 37 ans dans une région où la moyenne d’âge des dirigeants tourne autour de soixante-dix ans. Sa formation dans les meilleures écoles occidentales contraste avec celle, souvent traditionnaliste, de ses pairs arabes. L’accession d’Abdallah II au trône jordanien «constitue le début d’une nouvelle génération de dirigeants au Proche-Orient que nous allons voir durant la prochaine décennie», n’a pas manqué de relever un haut responsable américain, Sandy Berger. M. Berger, conseiller du président américain Bill Clinton pour la sécurité nationale, a tenu ces propos après la disparition du roi Hussein. Les médias jordaniens n’ont cessé d’insister depuis la désignation, le 25 janvier, d’Abdallah comme prince héritier, sur sa maturité politique et son expérience militaire, pour répondre aux interrogations des médias étrangers sur le manque d’expérience politique du nouveau roi. Les autorités jordaniennes ont également mis en valeur les relations solides tissées par Abdallah, alors qu’il était commandant des forces spéciales jordaniennes, avec les princes héritiers et les prétendants aux trônes des monarchies arabes du Golfe. Dans ces pays, le roi Fahd d’Arabie séoudite, qui approche des 80 ans, amoindri par une embolie cérébrale, a cédé une partie de la gestion des affaires du royaume à son prince héritier, Abdallah Ben Abdel Aziz, 75 ans. Cheikh Zayed Ben Sultan al-Nahyane, le président des Émirats arabes unis, qui a subi ces derniers mois des examens médicaux aux États-Unis, a fêté ses 80 ans. Considéré comme l’artisan de l’État fédéral réunissant depuis 1972 sept émirats de la côte sud-ouest du Golfe, sa disparition éventuelle risque de relancer les frictions internes, notamment entre l’émirat d’Abou Dhabi, dont il est l’émir, et celle de Dubai. L’émir du Koweit, cheikh Jaber al-Ahmad al-Sabah, dont les déplacements sont rares à l’étranger, est apparu fatigué lors du dernier sommet du Conseil de coopération du Golfe (CCG) en décembre à Abou Dhabi. Il va sur ses 71 ans. Plus près de la Jordanie, le président syrien Hafez al-Assad, qui s’apprête à 69 ans à entamer un nouveau mandat de sept ans, ne semble pas au mieux de sa forme. Des rumeurs insistantes ont circulé l’année dernière sur ses ennuis de santé. Par ailleurs, l’état de santé du chef de l’Autorité palestinienne Yasser Arafat, qui va fêter bientôt ses 70 ans, a fait couler beaucoup d’encre en dépit des démentis répétés de responsables palestiniens affirmant qu’il n’est pas atteint de la maladie de Parkinson. Dans la plupart des monarchies héréditaires du Golfe et dans les pays aux régimes autoritaires, les successions n’ont pas été réglées. Certains pays comme le sultanat d’Oman, dirigé par le Sultan Qabous Ben Saïd, qui a écarté son père du pouvoir en 1970, n’ont même pas de successeur désigné. Même la Jordanie, qui projetait l’image d’une monarchie stable, a connu des changements de succession inattendus à la fin du long règne du roi Hussein. Le monarque défunt avait écarté de la succession son frère Hassan, qui était prince héritier depuis 34 ans, au profit d’Abdallah, son fils aîné, deux semaines avant sa mort.
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