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Actualités - Biographies

Une vie sur le fil du rasoir (photo)

Hussein ibn Talal de Jordanie aura été durant 63 ans, dont 47 de règne, un survivant de l’Histoire et un avocat inlassable de la paix dans une région constamment en proie aux guerres ou aux tensions. Doyen des chefs d’État arabes en termes de longévité au pouvoir, Hussein, qui est né à Amman le 14 novembre 1935, n’a pas 17 ans lorsqu’il monte le 11 août 1952 sur le trône et assume tous les pouvoirs constitutionnels dès le 2 mai de l’année suivante. Il doit son accession prématurée au trône à la destitution de son père, Talal, pour incapacité mentale. Descendant du prophète Mahomet, il devient simultanément gardien des Lieux Saints de l’Islam. Ses ancêtres, gouverneurs de La Mecque, avaient été en 1917 à l’avant-garde de la révolte arabe contre l’empire ottoman. Son enfance et son adolescence ont le vernis du rêve : études à l’école islamique d’Amman et au Victoria College d’Alexandrie, puis à Harrow, en Grande-Bretagne, et à l’académie militaire de Sandhurst. Il y découvre trois passions: l’aviation, les voitures de sport et les femmes. Mais la tragédie guette. Le 20 juillet 1951, son grand-père, le roi Abdallah, est assassiné sous ses yeux devant la mosquée al-Aqsa à Jérusalem par un extrémiste palestinien qui lui reproche ses tentatives de rapprochement avec Israël. Les biographes officiels affirment que l’adolescent est miraculeusement sauvé par un badge – ou une médaille – placé sur son cœur qui détourne la balle qui lui est destinée. Le futur roi forge dans ce drame un des principes de sa philosophie de la vie et du pouvoir, un des fondements de son dévouement à la Jordanie, territoire semi-désertique devenu officiellement «royaume hachémite de Jordanie» à l’expiration du mandat britannique sur l’émirat de Transjordanie, en 1946. «En ce jour terrible (...), j’ai compris l’importance de la mort; quand vous devez mourir, vous mourez, car tel est le jugement de Dieu. Ce n’est qu’alors que j’ai découvert cette paix intérieure particulière offerte à ceux qui ne craignent pas la mort», écrit-il dans son autobiographie. Complots et tentatives d’assassinat La mort traversera sa route de nouveau lors d’une dizaine de tentatives d’assassinat ou de complots plus ou moins manigancés par des voisins méfiants qui voient en lui une «marionnette» des Occidentaux où des Palestiniens frustrés qui lui reprochent une entente «coupable» avec Israël. C’est, en avril 1957, une tentative de coup d’État d’officiers proches de l’Égypte et de la Syrie. Les forces bédouines restent fidèles au roi. Ce sont, en octobre 1958, des chasseurs syriens qui tentent d’abattre l’avion privé que le roi pilote lui-même pour se rendre en Suisse. «Je ne fus jamais aussi près de la mort», confiera-t-il. C’est l’épisode désastreux de la guerre des Six Jours, en 1967, au cours de laquelle Amman perd la Cisjordanie et Jérusalem-Est. C’est surtout le mois de «Septembre noir» de 1970. Deux cent mille Palestiniens sont venus rejoindre en 1967 en Jordanie ceux des leurs qui avaient été chassés par la création d’Israël en 1948. Formant un véritable État dans l’État, ils défient le pouvoir du roi. Hussein ordonne la répression sanglante des fedayine qui tentent de le renverser. Les combats à Amman font 3 440 morts - officiellement. Il faut attendre 1988, lorsque la Jordanie rompt tout lien formel avec la Cisjordanie, pour que la réconciliation éclipse ces années de défiance entre le roi et les fedayine de Yasser Arafat. Cette initiative permet d’impliquer l’OLP dans le processus de paix au Proche-Orient lancé en octobre par la conférence de Madrid 1991. Hussein, qui se tient à l’écart de la guerre israélo-arabe de 1973, esquisse dès cette époque sa vision d’un avenir de fraternité entre les peuples de la région. Une fraternité qui se traduit, au grand dam des Occidentaux, par un refus de participer en 1991 à l’intervention militaire internationale contre l’Irak après l’invasion du Koweït. Hussein avait ébauché en février 1958 une fédération arabe avec l’Irak qui avortera cinq mois plus tard en raison de l’assassinat de son cousin, le roi Fayçal d’Irak, à Bagdad. «La réalisation d’un rêve» L’année 1994 consacre la fin de l’état de guerre entre la Jordanie et Israël. «La réalisation d’un rêve», selon les propres mots du souverain, qui milite tout au long de son règne pour la paix au Proche-Orient en ménageant d’opportuns revirements d’alliance dans la région et en cultivant des relations amicales avec l’État hébreu. Une des dernières images du souverain est celle d’un homme amaigri et diminué par la chimiothérapie venu assister en octobre 1998 à la signature de l’accord de Wye Plantation qu’il a contribué avec Bill Clinton à faire signer par Yasser Arafat et Benjamin Netanyahu. Conscient de sa défaite face à la maladie, sa dernière initiative est de retourner dans son pays pour régler le problème de sa succession. Le 25 janvier, il désigne son fils aîné, Abdallah, 36 ans, comme prince héritier du royaume, aux dépens de son frère cadet, Hassan, qui était son successeur désigné depuis 34 ans. Hussein, qui s’est marié à quatre reprises, est le père de onze enfants, cinq garçons et six filles. Le prince héritier Abdallah est le fils de sa première épouse, la fille d’un officier britannique. Sa quatrième femme, Lisa Hallaby, une Américaine d’origine libanaise qu’il a épousée en 1978, est devenue la reine Noor, dont il a eu deux fils, Hamza et Hachem, et deux filles, Imane et Raya.
Hussein ibn Talal de Jordanie aura été durant 63 ans, dont 47 de règne, un survivant de l’Histoire et un avocat inlassable de la paix dans une région constamment en proie aux guerres ou aux tensions. Doyen des chefs d’État arabes en termes de longévité au pouvoir, Hussein, qui est né à Amman le 14 novembre 1935, n’a pas 17 ans lorsqu’il monte le 11 août 1952 sur le trône et assume tous les pouvoirs constitutionnels dès le 2 mai de l’année suivante. Il doit son accession prématurée au trône à la destitution de son père, Talal, pour incapacité mentale. Descendant du prophète Mahomet, il devient simultanément gardien des Lieux Saints de l’Islam. Ses ancêtres, gouverneurs de La Mecque, avaient été en 1917 à l’avant-garde de la révolte arabe contre l’empire ottoman. Son enfance et son adolescence ont...