Depuis un minuscule livre enluminé de 4 centimètres à une Bible hébraïque commentée en araméen de 63 kilos, en passant par des manuscrits de Leonard de Vinci, Voltaire, Erasme ou Napoléon, la bibliothèque du Vatican recèle des trésors que le pape entend faire protéger. Ce patrimoine inestimable constitué au cours des siècles court sur 15 000 mètres de couloirs où sont conservés, par 84 personnes seulement, 150 000 manuscrits ou gravures, 1 300 000 imprimés, dont la moitié antérieure au XVIIIe, et 8 000 incunables. «Les papes ont toujours eu des livres et l’histoire des volumes épouse celle de la papauté et de ses vicissitudes, à commencer par la dispersion de la bibliothèque après le transfert de la papauté à Avignon» (1309-1376), explique le directeur du département des imprimés, un Français, le père Louis Duval-Arnould. À l’époque, Benoît XIII s’enfuit à Peniscola en Catalogne avec une bonne partie des manuscrits, récupérés par le cardinal français Defoix qui les emmène à Toulouse où ils se perdent petit à petit. Colbert au XVIIe rachète ce qui reste pour les Archives nationales. La deuxième partie de la bibliothèque papale, rapatriée à Rome, est donnée par Paul V à son neveu Scipion Borghese. Dans la famille jusqu’à la fin du XIXe siècle, elle est rachetée par Léon XIII. Mais c’est le 208e pape, Nicolas V (1447-1455), qui pense réellement à constituer une bibliothèque pontificale. Officiellement fondée en 1475 par Sixte IV avec des locaux et du personnel spécialisé, elle est ouverte au public. Bible en grec Elle s’agrandit rapidement grâce à des «prises de guerre». La première grande bibliothèque annexée fut celle des Electeurs palatins de Heidelberg (Allemagne) foyer du calvinisme pendant la guerre de trente ans (XVIIe), prise par le catholique Maximilien qui embarque 6 000 manuscrits grecs, latins et allemands. Ce butin restera longtemps un motif de rancœur des protestants, et au XIXe siècle, le Vatican a restitué les manuscrits germaniques à l’université de Heidelberg. La deuxième collection acquise fut celle des ducs d’Urbino (nord de l’Italie). Le condottiere Frederic de Montefeltro accumula, grâce à ses revenus de guerre, des trésors exceptionnels dont des enluminures et une Bible rarissime. Le dernier des ducs au XVIIe en fit legs à la ville mais son suzerain, le pape, l’annexa. L’histoire de la troisième collection est celle de la reine Christine de Suède. Elle abdiqua à 18 ans, après s’être convertie, et passa sa vie à parcourir l’Europe pour acheter des manuscrits précieux. Elle meurt à Rome en 1689. Un cardinal hérite de la fabuleuse collection mais aussi des dettes. Le pape Alexandre VIII rachète le tout pour sa famille, les Ottoboni. Cinquante ans après sa mort, le pape Benoît XIV rachète la superbe bibliothèque. Enfin, les deux dernières grandes collections à entrer au Vatican furent celle en 1902 des Barberini et, dans les années 1920, celle de la famille Chigi, dont le palais abrite aujourd’hui le siège de la présidence du Conseil italien. Le plus ancien manuscrit est un rouleau de papyrus de la fin du IIe siècle, qui fait l’apologie en grec d’un certain Favorinus d’Arles, un don fait en 1935. Discrétion totale Le plus précieux est un codex du milieu du IIe siècle avec les deux épîtres de Saint Pierre offert par un riche Suisse protestant à Paul VI en 1969. Le plus important au plan chrétien est une Bible en grec du IV siècle. La grande salle de travail décorée de «Grotesque» et dominée par une imposante statue de Saint Thomas d’Aquin est aujourd’hui accessible uniquement aux chercheurs diplômés. Une salle bunker en sous-sol gardée par une porte blindée recèle les inestimables écrits conservés dans des coffres métalliques antifeu. «C’est une bibliothèque de conservation des fonds anciens, de recherche, car il y deux autres bibliothèques au Vatican, celle des appartements pontificaux et celle personnelle de Jean-Paul II», souligne le père Duval. Côté financement, c’est la discrétion la plus totale, même si un procès doit s’ouvrir bientôt aux États-Unis pour une sombre affaire de droits d’exploitation commerciaux avec une femme d’affaires américaine Elaine Peconi. Ce qui a poussé le pape à lancer un appel le 15 janvier à la défense de ces «biens précieux et inaliénables».
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Depuis un minuscule livre enluminé de 4 centimètres à une Bible hébraïque commentée en araméen de 63 kilos, en passant par des manuscrits de Leonard de Vinci, Voltaire, Erasme ou Napoléon, la bibliothèque du Vatican recèle des trésors que le pape entend faire protéger. Ce patrimoine inestimable constitué au cours des siècles court sur 15 000 mètres de couloirs où sont conservés, par 84 personnes seulement, 150 000 manuscrits ou gravures, 1 300 000 imprimés, dont la moitié antérieure au XVIIIe, et 8 000 incunables. «Les papes ont toujours eu des livres et l’histoire des volumes épouse celle de la papauté et de ses vicissitudes, à commencer par la dispersion de la bibliothèque après le transfert de la papauté à Avignon» (1309-1376), explique le directeur du département des imprimés, un Français, le père...