Couleurs douces, silhouette sage, la mode de cet été, telle que reflétée par les défilés des grands couturiers parisiens en janvier passé, fait preuve de réalisme. De volonté de vendre aussi. Elle reflète une nouvelle orientation qui correspond mieux avec la réalité actuelle. L’extravagance, le choc n’aident pas à dynamiser une industrie qui menace de s’étioler de plus en plus. On compte à quelques centaines les clientes de ces créations spectaculaires qui coûtent chacune une petite fortune. La réforme, donc, de sa conception s’impose. La création d’une industrie de luxe, pareille à celle de la haute couture puis celle du prêt-à-porter très haute gamme, venait renflouer les vaisseaux vacillants de quelques-unes des grandes et illustres griffes. Viennent ensuite les transfusions de sang neuf opérées par la désignation aux postes clefs de jeunes créateurs iconoclastes étrangers. Cet hiver, un nouveau pas vient d’être franchi. Un divorce ouvertement manifesté avec le show-business: ni grand spectacle, ni extravagances ou mise en scène, style superproduction «hollywood». Les présentations ont renoué avec l’ancienne tradition des défilés d’antan: des vêtements portables, silhouette sage, absence presque totale de mannequins-stars. À peine deux furtives apparitions de Naomi Campbell, de Kate Moss et celle de Laetitia Casta (en mariée parée, presque nue, de roses, chez Yves Saint-Laurent) pour démontrer qu’elles faisaient toujours partie (réduite) du rituel. Souci évident quasi-unanime de la part des créateurs: plaire et s’assurer les faveurs (et la clientèle) de dames assez fortunées pour assumer les prix de leurs modèles. Audiences restreintes, douces, côté invités. Couleurs tendres, poudrées pour cet été, et broderies discrètes. Unique concession: l’emploi de plumes: astrakan, autruche, coq, et faisan prêtent leur plumage pour rehausser des modèles discrets et surtout portables hors du podium: étoffes sophistiquées mais sagement interprétées, teintes poudrées, touches d’audace raffinées, fondues dans la perfection de l’ensemble. Même Galliano qui, ces dernières saisons chez Dior, revisait avec application ses manuels d’Histoire, démontrant à satiété ses multiples facettes de costumier, pour ce printemps il a sorti de ses carnets une superbe collection de tailleurs dont le succès commercial semble garanti d’avance. Christian Lacroix, le peintre baroque d’inspiration méridionale, a mis tout son talent à exploiter ses visions avec une discrétion infinie. Le résultat se traduit de manière optimale: tissus précieux, retravaillés, jeux de couleurs savants, formes étudiées comme une partition musicale. Jean-Paul Gaultier, l’insolent réformateur d’antan, a su quand même, à sa manière, créer la surprise. En hommage à Yves Saint-Laurent, dont il a été à ses débuts le poulain, il a interprété avec élégance, brio et talent le célébrissime smoking, devenu un des grands classiques de la profession. Parallèlement à ces présentations marquées par le souci de la perfection et de la discrétion, quelques amateurs inconditionnels des présentations «opera spectacle» n’ont pu se soustraire à leur penchant. Alexander McQueen, pour Givenchy, n’a pas pu se départir totalement de ses visions historiques du XVIIIe siècle. Il en a donc bâti une revue-rétrospective, intégrant au présent des vêtements inspirés du passé. Ainsi le mot d’ordre «portable» peut être respecté: en enlevant certains éléments de référence historique, ses créations peuvent, effectivement, être portées hors scène... Olivier Lapidus reste fidèle à sa vocation de géomètre. Sa collection, inspirée, selon ses propres propos, «à partir de la musique», est basée sur la couture informatique: les effets visuels créés par les sons sont reproduits sur les tissus précieux des robes du soir. Véritables kaléidoscopes lumineux, elles sont parfois ornées de plumes. Sa grande innovation, les applications de la science appliquée, mises à part un corselet et une jupe entièrement recouverts de plumes de faisan gris nuage.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Couleurs douces, silhouette sage, la mode de cet été, telle que reflétée par les défilés des grands couturiers parisiens en janvier passé, fait preuve de réalisme. De volonté de vendre aussi. Elle reflète une nouvelle orientation qui correspond mieux avec la réalité actuelle. L’extravagance, le choc n’aident pas à dynamiser une industrie qui menace de s’étioler de plus en plus. On compte à quelques centaines les clientes de ces créations spectaculaires qui coûtent chacune une petite fortune. La réforme, donc, de sa conception s’impose. La création d’une industrie de luxe, pareille à celle de la haute couture puis celle du prêt-à-porter très haute gamme, venait renflouer les vaisseaux vacillants de quelques-unes des grandes et illustres griffes. Viennent ensuite les transfusions de sang neuf opérées...