À l’idée que l’opposition démocrate-chrétienne ait officiellement lancé dimanche, avec l’appui de l’extrême-droite, une pétition à travers toute l’Allemagne contre la double nationalité, Emine Demirbuken, turque et allemande, a la rage au ventre. Cette élégante jeune femme de 37 ans, aux yeux très noirs, fulmine d’autant plus qu’elle est elle-même membre de l’Union chrétienne-démocrate (CDU) et chargée de mission pour les étrangers dans l’arrondissement de Schöneberg à Berlin. «Je suis extrêmement déçue, blessée. C’est du populisme, de la démagogie. Les gens ne savent plus de quoi on parle», s’indigne-t-elle dans son bureau de la mairie de Schöneberg. Prenant au pied de la lettre certaines déclarations de la CDU et de son aile bavaroise ultra-conservatrice (CSU), nombre d’Allemands croient que double nationalité rime avec privilèges ou encore «plus de droits pour moins de devoirs». «On oublie de dire que le système des retraites ne sera plus finançable à compter de 2015 sans les étrangers, que ceux-ci représentent aussi une force économique, créent des emplois», s’emporte Mme Demirbuken. Le très conservateur ministre-président CSU de Bavière, Edmund Stoiber, a mis le feu aux poudres début janvier en se livrant à un raccourci douteux entre double nationalité et terrorisme. D’après lui, la double nationalité risque d’importer le problème kurde et avec lui la violence en Allemagne, sous-entendu le PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan). D’où l’idée de collecter des signatures contre le projet de réforme du Code de la nationalité du gouvernement social-démocrate/Verts de Gerhard Schröder. Intégration réussie Avec ses 435 000 immigrants, dont 180 000 Turcs, Berlin est particulièrement visée. «Dans ma famille, on ne parle plus que de cela», raconte Mme Demirbuken. Les parents d’Emine, arrivés en Allemagne dans les années 60 comme travailleurs immigrés, ne comprennent pas ce qui leur arrive. Symbole de ce qu’ils croyaient être une intégration réussie, Emine Demirbuken a étudié les lettres et sciences politiques, fait du journalisme et travaille depuis dix ans au service des étrangers à Schöneberg. «J’ai aujourd’hui le sentiment d’être rejetée, bafouée par les Allemands. De l’autre côté, ma famille plaisante sur le thème “maintenant, toi aussi tu es une terroriste”. Je suis sous la pression de tous les côtés». Emine Demirbuken se sent aussi turque qu’allemande: «Une partie de moi-même reste turque, avec l’attachement à la famille, à certaines valeurs méditerranéennes», dit-elle. «En ce qui concerne le travail, la discipline, mes amis me trouvent plus allemande que les Allemands», ajoute-t-elle en riant. «J’ai toujours dû travailler plus que les autres pour être acceptée là où je passais. Cela forge le caractère», dit-elle. Malgré toutes les certitudes, la confiance est ébranlée. «Depuis deux semaines, je songe à démissionner de mon parti», confie Mme Demirbuken. «Je me réjouirais s’il revenait plus à sa vocation chrétienne», ajoute-t-elle, elle-même musulmane.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats À l’idée que l’opposition démocrate-chrétienne ait officiellement lancé dimanche, avec l’appui de l’extrême-droite, une pétition à travers toute l’Allemagne contre la double nationalité, Emine Demirbuken, turque et allemande, a la rage au ventre. Cette élégante jeune femme de 37 ans, aux yeux très noirs, fulmine d’autant plus qu’elle est elle-même membre de l’Union chrétienne-démocrate (CDU) et chargée de mission pour les étrangers dans l’arrondissement de Schöneberg à Berlin. «Je suis extrêmement déçue, blessée. C’est du populisme, de la démagogie. Les gens ne savent plus de quoi on parle», s’indigne-t-elle dans son bureau de la mairie de Schöneberg. Prenant au pied de la lettre certaines déclarations de la CDU et de son aile bavaroise ultra-conservatrice (CSU), nombre...