Léonid Koutchma et Pétro Simonenko ont divisé l’Ukraine en deux, d’est en ouest. Ce clivage très marqué reflète les différences culturelles, linguistiques et religieuses entre les régions occidentales (nationalistes, ukrainophones et gréco-catholiques) et orientales (russophiles, russophones et orthodoxes) de cette ancienne république soviétique. À l’issue du premier scrutin le 31 octobre, M. Koutchma s’était très largement imposé dans les régions occidentales, bastion du nationalisme ukrainien, en y remportant entre 55 % et 70 % des voix. Ces régions, annexées par l’Urss en 1939-40 en vertu d’un pacte entre Hitler et Staline sur le partage de la Pologne, ont longtemps résisté au régime soviétique. Elles sont aujourd’hui restées russophobes et profondément anticommunistes. La population y parle l’ukrainien et est fidèle à l’Église gréco-catholique (catholiques de rite oriental). M. Koutchma, ancien apparatchik communiste qui maîtrise encore mal la langue ukrainienne, y est devenu le candidat de choix grâce à sa politique visant à dégager l’Ukraine de la traditionnelle influence russe et à renforcer les liens avec l’Occident. En revanche, M. Simonenko jouit d’un fort soutien dans l’est et le sud du pays. Ces régions industrialisées, majoritairement russophones et orthodoxes, étaient depuis le XVIIe siècle et jusqu’en 1991 sous la coupe de Moscou. La population y est donc sensible aux appels de M. Simonenko qui fustige régulièrement l’Otan et l’Occident et privilégie un rapprochement avec la Russie et le Bélarus. En outre, les mots d’ordre communistes lancés par M. Simonenko trouvent un large écho dans les milieux ouvriers de ces régions industrielles et houillères. Ainsi, les mineurs du Donbass soutiennent en bloc le PC, nostalgiques de l’époque soviétique où ils étaient considérés comme des «héros du travail» et recevaient des salaires trois à quatre fois plus élevés que la moyenne. Aujourd’hui, ces mêmes mineurs touchent des salaires de misère avec plusieurs mois de retard. Facteur aggravant : beaucoup de mines peu rentables sont menacées de fermeture dans le cadre de restructurations imposées par Kiev et le Fonds monétaire international (FMI). Enfin, la république autonome de Crimée (sud) a voté sans surprise en faveur du rapprochement avec Moscou prôné par M. Simonenko (38 % des suffrages au premier tour). Cette péninsule, donnée par la Russie à la république soviétique d’Ukraine en 1954, est peuplée essentiellement de Russes. Après l’indépendance de l’Ukraine en 1991, les autorités de Crimée avaient menacé à plusieurs reprises de faire sécession pour se rattacher à la Russie.
Léonid Koutchma et Pétro Simonenko ont divisé l’Ukraine en deux, d’est en ouest. Ce clivage très marqué reflète les différences culturelles, linguistiques et religieuses entre les régions occidentales (nationalistes, ukrainophones et gréco-catholiques) et orientales (russophiles, russophones et orthodoxes) de cette ancienne république soviétique. À l’issue du premier scrutin le 31 octobre, M. Koutchma s’était très largement imposé dans les régions occidentales, bastion du nationalisme ukrainien, en y remportant entre 55 % et 70 % des voix. Ces régions, annexées par l’Urss en 1939-40 en vertu d’un pacte entre Hitler et Staline sur le partage de la Pologne, ont longtemps résisté au régime soviétique. Elles sont aujourd’hui restées russophobes et profondément anticommunistes. La population y parle...
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