La démission de Dominique Strauss-Kahn, mis en cause dans l’affaire de la Mnef, est un coup rude porté à Lionel Jospin car le «diplomate de l’économie» était une pièce maîtresse sur l’échiquier politique du Premier ministre. Grand argentier apprécié des patrons – il est l’un des proches de Denis Kessler, vice-président du Medef – le ministre démissionnaire de l’Économie et des Finances, qui est âgé de 50 ans, est réputé pour être un esprit brillant, jonglant avec les langues étrangères, charmeur, «déconneur» même, selon le numéro deux du PS, Jean-Christophe Cambadélis. Jospiniste de la première heure, avec quelques éclipses pendant la courte «traversée du désert» de son patron au début des années 90, Dominique Strauss-Kahn fait partie de ce qu’on peut considérer comme la garde rapprochée du Premier ministre. Le groupe d’amis qu’il constitue avec Pierre Moscovici, le ministre délégué aux Affaires européennes, mais aussi avec trois autres «jospinistes» dont les noms ont été cités dans le dossier de la Mnef, Jean-Christophe Cambadélis, Jean-Marie Le Guen, le responsable de la fédération de Paris, et Manuel Valls, chargé de la communication à Matignon, a pris naissance en 1994, lors de l’éclatement du courant jospiniste et de la bataille contre Henri Emmanuelli au sein du PS. Depuis, les «mousquetaires» de Lionel Jospin n’ont jamais manqué une bataille, de la reconquête du PS à la présidentielle de 1995 et aux législatives de 1997. Chacun a été récompensé et l’économiste DSK à qui Lionel Jospin doit l’idée des emplois-jeunes et la théorisation des 35 heures, a logiquement hérité du paquebot de Bercy. Son nom était cité avec de plus en plus d’insistance ces dernières semaines comme celui du possible candidat de la gauche à la mairie de Paris, fief RPR depuis 1977 mais sérieusement ébranlé par les affaires autour du maire Jean Tiberi. Mais en donnant son feu vert à des poursuites contre Dominique Strauss-Kahn dans l’affaire de la Mnef, le parquet de Paris a mis fin le 29 octobre à un parcours sans nuages. Les deux premières années du gouvernement Jospin ont en effet été marquées par une amélioration sans précédent de la situation économique. L’entrée dans l’euro s’est faite sans heurts, la croissance est revenue, les privatisations ont repris de plus belle. Cette euphorie, sans cesse tempérée par un ministre soucieux de rappeler que le fort taux de chômage et le niveau des déficits publics n’autorisaient pas de grandes largesses fiscales, a conduit Lionel Jospin et Dominique Strauss-Kahn à pouvoir annoncer le retour au plein emploi avant 2010. À Bercy, Dominique Strauss-Kahn n’a jamais cherché à entrer en conflit avec le chef du gouvernement, à qui il espérait bien succéder à Matignon si Lionel Jospin était élu président en 2002. «Si un jour je dois jouer les premiers rôles, je les jouerai. Mais ce n’est pas le problème du moment. Aujourd’hui, mon seul souci, c’est de faire gagner Jospin. Je ne sais pas être “dedans” tout en m’opposant», avait-il déclaré en 1998. Les frictions ont davantage eu lieu avec Martine Aubry. Frictions traditionnelles entre un ministre de l’Économie et un ministre de l’Emploi mais nées aussi de la rivalité entre ces deux proches de Lionel Jospin. En retour, Lionel Jospin n’a jamais ménagé son soutien à son ministre de l’Économie, rejetant à ses côtés les procès en libéralisme intentés au gouvernement par l’aile gauche de la gauche. Décrit par ses proches ou par le premier secrétaire du Parti socialiste, François Hollande, comme un «réaliste», un «pragmatique» en économie, DSK est doté d’un solide bagage intellectuel pour faire face aux critiques. Il est né à Neuilly-sur-Seine en avril 1949, d’un père conseiller juridique et fiscal et d’une mère journaliste au quotidien socialiste Le Populaire. Après l’école à Agadir, le lycée à Monaco et l’université à Paris, DSK affiche une série impressionnante de diplômes: HEC (en 1971), une licence de droit public, sciences po, l’Institut de statistiques, le doctorat puis une agrégation de sciences économiques (en 1978). Il est assistant d’économie à l’université de Paris-X Nanterre, puis maître de conférences à Nancy-II et professeur d’économie à Paris-X, de 1975 à 1982. Il est aussi consultant à l’Onu, conseiller scientifique à l’Insee et travaille au Plan, de 1982 à 1986, comme chef de service du financement, puis comme commissaire général adjoint. Membre du comité directeur du Parti socialiste depuis 1983, secrétaire national aux études, Dominique Strauss-Kahn a été élu député pour la première fois en 1986. Il avait alors mené un dur combat contre la politique économique, notamment les privatisations, du gouvernement du RPR Jacques Chirac. Peu avant, il avait dirigé le groupe des experts de Lionel Jospin, alors premier secrétaire du PS. Député du Val-d’Oise et président de la commission des Finances de l’Assemblée nationale de 1988 à 1991, ministre de l’Industrie et du Commerce extérieur de 1991 à 1993, maire de Sarcelles de 1995 à 1997, il a exercé la profession d’avocat entre 1993 et 1996. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages : La Richesse des Français (1977), Économie de la famille et accumulation patrimoniale (1977), L’épargne et la retraite (1982). À la ville, DSK est le mari de la journaliste Anne Sinclair.
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