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Société - Création d'un Observatoire de la paix civile permanente Pour que la Guerre de 1975-1990 soit la dernière (photos)

CONFERENCES ET SEMINAIRES
03/11/1999
Comment faire en sorte que la guerre de1975-1990 au Liban soit la dernière des guerres civiles ou, si l’on veut, des guerres internes de l’histoire du Liban ? Comment bâtir une mémoire collective nourrie de cette amère mais profitable expérience ? Une mémoire bâtie sur une véritable contrition nationale, un repentir sincère pour nos fautes Une mémoire capable de nous réveiller une fois pour toutes sur les implications de nos divisions internes et l’exploitation que peuvent en faire des parties étrangères, comme sur les avantages permanents de la solidarité ? Pour tenter de répondre à ces questions, la Fondation libanaise pour la paix civile permanente, «créée pour que les leçons de la guerre ne se perdent pas», a organisé un séminaire, en collaboration avec le centre des congrès d’Aya Napa ( Chypre) et la participation de 20 membres de la fondation, ,chercheurs et spécialistes. Ces derniers ont développé un «Observatoire permanent de la paix civile au Liban», et posé des indicateurs permettant de mesurer le progrès, le recul ou la stagnation des différents éléments du pacte d’entente nationale (voir ci-dessous). «Nous sommes tous concernés par de telles préoccupations, mais surtout les génération des Libanais nés après 1985, qui n’ont pas vécu les angoisses et les horreurs de la guerre», ont affirmé les congressistes dans le rapport final de leur congrès. «On peut craindre que sans un effort concerté et conscient, les leçons de la guerre interne ne parviennent pas à ces générations. Les deux décennies prochaines (2 000-2020) représentent donc une période cruciale pour édifier la culture du pacte d’entente et de coexistence dont ils doivent hériter, et que doivent perpétuer les enfants et les jeunes d’aujourd’hui», souligne encore le rapport. Le devoir des survivants Justifiant la création d’un tel observatoire, le coordonnateur des travaux de la Fondation, Antoine Messarra, affirme: «Nous qui sommes restés en vie après les années de guerre, avons des obligations à l’égard des générations montantes qui ne l’ont pas vécue .Ces obligations, nous les avons pour nos petits-enfants, pour que ce qui s’est produit ne se répète pas. Il nous faut édifier une mémoire collective libanaise commune. Malheureusement, de nombreux idéologues et chroniqueurs perpétuent, par leurs écrits et non plus par le canon, le pathos de la guerre . Nous avons rédigé une histoire du Liban, mais non pas une histoire des Libanais. En qualité de témoins et de chroniqueurs véritables qui pouvons disparaître dans quelques années, nous avons le devoir de créer et de répandre une culture de la contrition nationale qui soit suffisamment dissuasive. Il s’agit d’une science nouvelle au Liban, comme dans beaucoup de pays du monde, mais nulle autre n’est plus urgente aujourd’hui. Nous devons apprendre aux peuples du monde comment consolider la paix civile». Clivages cumulatifs Selon le coordonnateur de la Fondation, bien que toutes les données sont interdépendantes, les facteurs générateurs de conflits sont limités et définis. M. Messarra répertorie comme suit ces espaces de conflits potentiels: Clivages cumulatifs: pour le plus élémentaire bon sens comme pour la théorie des «clivages cumulatifs», il est clair que la corrélation et la mise en évidence des disparités confessionnelles, régionales, culturelles, sociales ou économiques, est toujours source de conflit . Confessionnalisme et politisation des disparités: de par la densité des valeurs qu’elles défendent et le caractère invariable, sinon intouchable, de leurs dogmes les religions sont exploitables politiquement. C’est ainsi que nous constatons que des politiciens et des hommes de religion exploitent la religion dans la compétition politique. Etroitesse de l’espace public: par espace public, nous entendons tout ce qui est commun dans le pacte d’entente nationale, c’est à dire l’intérêt public, la chose publique et tout ce qui s’élève au-dessus des affaires privées et des allégeances primaires (de base). Faiblesse de la mémoire collective: l’absence de cette mémoire ou sa faiblesse débouche sur une reproduction des expériences et de styles de conduite conflictuels coûteux pour le Liban et son environnement arabe. L’ébranlement de l’ordre régional arabe et l’absence d’un minimum de coordination arabe régionale: la stabilité interne au Liban est liée en partie par des facteurs externes qui l’influencent positivement ou négativement. L’utilisation des termes «paix civile» ne signifie pas que la guerre au Liban était seulement une guerre civile, mais qu’elle a été présentée et exploitée en cette qualité, et traitée régionalement et internationalement en tant que guerre civile, souligne le rapport des travaux du congrès de Chypre. «Jusqu’à 23 conflits locaux et régionaux ou internationaux peuvent être inventoriés dans la guerre libanaise», estime Antoine Seif, l’un des membres de la Fondation. «Cette guerre a été si éprouvante qu’il serait honteux de ne pas en tirer les leçons», assure pour sa part M. Béchara Menassa. «La politique doit être interprétée dans son sens large et ses prolongements culturels», affirme Fadia Kiwan, pour laquelle «la problématique de la paix civile permanente doit être comprise comme un effort pour dissocier dans la mesure du possible entre l’interne et le régional». Droit à la différence v/s idéologie de la différence Selon Antoine Messarra, «par paix civile permanente, il faut comprendre non seulement le refus de tout conflit armé entre Libanais, mais même l’appel direct ou indirect à un tel conflit, ou la justification d’un tel conflit, ou la propagation d’une culture qui considère cet affrontement comme inévitable en raison du caractère radical des divergences qui le nourrissent, et enfin la transformation du droit à la différence en une idéologie de la différence». «Entre également dans le cadre de la reproduction d’une guerre civile la mise en question de l’essence de l’édifice constitutionnel libanais, de ses pactes, de ses chances de succès dans la gestion d’une démocratie pluraliste», ajoute M. Messarra. Dans leur acception positive, les termes “paix civile permanente” signifient la popularisation d’une contrition nationale de sorte que la guerre de 1975-1990 soit la dernière guerre civile de l’histoire du Liban». Et M. Messarra de noter que «l’action en faveur de la consolidation de la paix civile permanente prend racine dans la simple, pragmatique et irrécusable expérience que la guerre interne au Liban est un mal absolu, quels qu’en soient les causes, objectifs ou justifications, dans la mesure où ce type de conflit dans le contexte international est source d’autres maux internes, régionaux et internationaux, et transforme la guerre interne en une “guerre pour les autres”, selon l’expression retenue par Ghassan Tuéni. Cette dernière expression a été mal comprise. Ce qui s’est produit au Liban n’est pas «la guerre des autres» — puisque des acteurs libanais en sont responsables —, mais une «guerre pour les autres». «En fait, beaucoup d’historiens, ces «professionnels de la mémoire», continuent de tenter de cerner ce qui s’est produit entre 1975 et 1990. Ce qui paraît évident, c’est que la gestion du conflit interne a rapidement échappé au contrôle de ses protagonistes. «Aujourd’hui, à l’heure ou les classiques «guerres entre les États» paraissent terminées, d’autres conflits font rage, par forces régionales interposées, et rendent d’autant plus nécessaire la création d’un observatoire permanent de la paix civile», conclut le rapport du congrès de Chypre.

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