Une figure de proue du féminisme fait grand bruit actuellement aux États-Unis en volant au secours de l’homme américain, mal dans sa peau dans son rôle de mari comme dans celui de père. Il existe aujourd’hui une véritable «crise de la masculinité» en Amérique, estime Susan Faludi, dans un livre intitulé La trahison de l’homme américain, qui vient de sortir. La journaliste avait connu un immense succès en 1991 aux États-Unis pour Backlash : la guerre non déclarée contre les femmes américaines, considéré comme une somme incontournable sur la cause féministe. Huit ans plus tard, Susan Faludi se penche sur le sort des hommes. Après six années d’enquêtes, elle est parvenue à la conclusion que les Américains de la génération née après la guerre sont privés de repères et confrontés à une véritable crise d’identité. Selon elle, les modèles de conduite ou de valeurs transmis par la génération de leurs pères sont devenus caducs, en raison des formidables mutations économiques et culturelles enregistrées par la société américaine ces dernières décennies. «Là où ils s’attendaient à trouver une figure paternelle les tenant par la main, ils ont découvert des entreprises licenciant des hommes qui avaient été loyaux», cite comme exemple Susan Faludi. Le père, estime-t-elle, non seulement au sens propre mais entendu aussi comme figure protectrice ou qui montre la voie, a disparu. L’homme américain n’a désormais plus comme repère que ce que Susan Faludi appelle «la culture ornementale» pour définir sa place dans la société, à savoir seulement une apparence imposée par le consumérisme omnipuissant. «Il n’y a pas que les femmes à être bombardées par les messages culturels sur le comportement approprié» à avoir en fonction de son sexe. Mais la femme a appris avec le féminisme à se rebeller contre cette pression sociale. Pas l’homme. D’où son angoisse. Rires et larmes Thèse d’intellectuelle ou réalité ? Plusieurs phénomènes montrent qu’il existe un malaise véritable pour les hommes aux États-Unis, où le taux de divorce est le plus élevé du monde occidental. Les séminaires réservés aux hommes, où l’on se retrouve pour «partager rires et parfois larmes», se multiplient. Il y eut aussi la marche d’un million d’hommes noirs sur Washington, en 1995, mais aussi les rassemblements de masse des Promise Keepers, un autre mouvement exclusivement masculin, où chacun se promettait repentir et renouveau spirituel. Et puis, l’Amérique s’interroge sur ceux qu’elle ne sait plus apparemment élever : les garçons. Ces derniers se suicident plus que les filles et réussissent moins bien à l’école. Les ouvrages consacrés à l’éducation des adolescents envahissent les rayons des librairies. Dans ce qui peut paraître des truismes confondants, ces livres rappellent aux parents que le comportement d’un garçon est différent de celui d’une fille et qu’il faut par conséquent tenir compte de cette spécificité. Harvey Hornstein, psychologue à l’université Columbia de New York, estime que la société américaine est actuellement dans une «période de transition» où hommes et femmes redéfinissent leurs rapports. «Les changements dans le pays ont miné de nombreuses hypothèses que les hommes avaient sur eux-mêmes et sur ce qu’ils devaient faire pour réussir dans la vie». Ainsi, relève-t-il, certains hommes blancs ont eu du mal à s’adapter à la réalité issue de la lutte pour les droits civiques. Pour Susan Faludi, son livre représente «l’extension des principes du féminisme aux hommes. Il y aura probablement quelques ronchonnements de la part de celles pour lesquelles l’homme est pour toujours l’ennemi, mais c’est plutôt une vue minoritaire dans les cercles féministes. Le féminisme a vraiment le cœur bien plus ouvert».
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